Archive | septembre, 2008
4 Sep

CONTEXTES CULTURELS COMMUNS EN 2008.

« Une nouvelle saison débute au MAI (Montréal, arts interculturels) sous le thème Traces faisant référence aux milliers de traces que laissent les artistes au MAI et qui enrichissent continuellement le patrimoine artistique montréalais. Ce thème est également en lien direct avec notre mandat interculturel qui suggère que chaque œuvre soit empreinte ou s’inspire d’une ou de plusieurs cultures; et par conséquent soit le reflet d’un vécu, d’un savoir-faire, d’un passé et d’un présent en constante évolution. Aussi ces milliers de traces, de parcours, de disciplines, de pratiques et de démarches artistiques se croisent, s’entremêlent et se complètent, pour créer de nouveaux langages, une nouvelle dynamique et une nouvelle scène artistique montréalaise ». En ces mots s’exprime Mme Régine Cadet[1] directrice artistique et directrice générale du MAI.

Après le théâtre en 2006-2007, le MAI propose cette saison une Série Danse de 5 spectacles inédits, avec 5 chorégraphes à différentes étapes de leurs carrières : Aboubacar Mané, Alexandra « Spicey » Landé, Reena Almoneda Chang, Hinda Essadiqi et Roger Sinha.
Tous ces artistes vivent et travaillent à Montréal, et contribuent à faire de notre ville une grande métropole de la danse à travers le monde. Influencés par des gestuelles plurielles ou par leurs échanges avec des artistes internationaux, ces chorégraphes déconstruisent et recombinent des cultures à travers le corps en mouvement.

A travers cette Série danse, l’objectif du MAI est de produire un impact significatif sur la discipline et de nous proposer une diversité de spectacles qui rendent compte de l’étendue des pratiques interculturelles contemporaines, incluant la danse afro-contemporaine, les danses urbaines, la danse afro-asiatique, la danse contemporaine inspirée du théâtre physique et la syntaxe entre danse contemporaine, ballet occidental, danse classique indienne et arts martiaux.

Enfin, les chorégraphes Aboubacar Mané, Alexandra Landé et Hinda Essadiqi bénéficient du Programme d’accompagnement du MAI, qui permet de les soutenir dans toutes les étapes de la création et de la diffusion, en leur apportant de nombreuses ressources, l’expertise d’une équipe et celle de professionnels du milieu.

Voici maintenant un rapide survol de la programmation complète pour les arts de la scène :

La saison a démarré en beauté avec Leaf to the Whirlwind (du 10 au 28 octobre 2007), en collaboration avec le Teesri Duniya Theatre, dont c’est la 26e saison. Chorégraphié par Aparna Sindhoor, ce spectacle a réunit, en plein automne, interprètes indiens et montréalais et a combiné le langage théâtral et une interprétation contemporaine du Bharatanatyam, une danse classique de l’Inde. Ce texte évoque la résistance des femmes dans les conflits armés. C’est le premier d’une série contre la guerre proposée par le Teesri Duniya Theatre.

Le chorégraphe Aboubacar Mané nous a présenté, du 14 au 18 novembre 2007, sa nouvelle création, Djahilya où il poursuit sa réflexion sur les conflits individuels et collectifs, déclenchés par la peur de l’Autre. Formé en Côte d’Ivoire, Aboubacar puise dans sa double culture mandingue et québécoise pour développer un langage chorégraphique qui s’inspire autant du ballet traditionnel africain que des nouveaux médias. Le chorégraphe Roger Sinha a accepté d’être le mentor d’Aboubacar, dans le cadre du Programme d’accompagnement du MAI.

Le Théâtre de l’Utopie revient au MAI, il monte (du 29 novembre au 15 décembre 2007) un texte issu du répertoire théâtral roumain, Le Père Léonida et la Réaction, d’Ion Luca Caragiale adapté et mis en scène par Cristina Iovita. Avec cette farce politique, Cristina propose une incursion dans l’imaginaire roumain et une mise en parallèle avec la situation politico-sociale actuelle au Québec.

La chorégraphe Alexandra “Spicey” Landé, présentera Restrospek (du 18 au 20 janvier 2008). C’est à la fois une réflexion sur l’identité du mouvement Hip Hop et sur le cheminement personnel de la chorégraphe. Présente sur la scène montréalaise depuis plus de 12 ans, Alexandra Landé insuffle aux danses urbaines un esprit nouveau de création, notamment en proposant des passerelles avec le théâtre. Avec ses 9 interprètes énergiques et talentueux, elle contribue à la reconnaissance du Hip Hop sur nos scènes professionnelles, objectif que le MAI partage. Notons, encore cette fois, que Veronica Melis, ancienne professeure à l’École Nationale de Théâtre, a accepté avec passion d’être le mentor d’Alexandra dans le cadre du Programme d’accompagnement du MAI.

Gustavo Cabili et Katia Makdissi-Warren présenteront Orient-Tango, une rencontre musicale entre l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient, plus particulièrement entre l’Argentine et le Liban/Québec. C’est une série de 3 concerts originaux où les 2 compositeurs s’associent pour nous offrir une musique contemporaine métissée. Violon, violoncelle, oud, percussions, voix, bandonéon, piano, contrebasse.

La première soirée est un rendez-vous de musique orientale, de musique improvisée et de jazz. La deuxième soirée nous transporte de Buenos Aires à Montréal, du tango à la musique contemporaine. Enfin, la soirée de clôture réunit les 2 ensembles pour fusionner toutes ces esthétiques musicales.

L’arbre nomade est le nouveau spectacle de la chorégraphe Reena Almoneda Chang
Ce spectacle explore les thèmes de l’immigration et de l’identité et s’appuie sur la création d’un rituel artistique. Le deuil, provoqué par la perte d’un membre de la famille, sert ici de métaphore pour la perte des racines culturelles, symbolisées par l’arbre solitaire et déraciné de sa terre natale. Cette œuvre unique est inspirée par plusieurs formes de danse et de mouvements contemporains, africains, indiens et asiatiques.

La compagnie Black Theatre Workshop présente au MAI comme chaque année sa production principale, Il s’agit cette saison (2007-2008) de Blood Claat écrit et interprété par Dibi.Young, qui examine de manière très crue, le passage difficile à la vie d’adulte d’une jeune fille de 15 ans à Kingston, Jamaïque.

L’absence / La auscencia est un projet international canado-mexicain où se croisent la danse, les arts visuels et de la vidéo. La chorégraphe Hinda Essadiqi s’associe aux danseurs Erin Flynn et Aladino Blanca, ainsi qu’à Francisco Candelas, artiste visuel et vidéaste mexicain qui présente son travail pour la première fois au Canada. La galerie du MAI servira de décor pour une installation chorégraphique intime et poétique, où 3 personnages évoluent à l’intérieur d’un appartement où se manifeste le poids de l’absent.

Éclats nocturnes, présenté dans le cadre du Festival Accès Asie, est un projet multidisciplinaire qui réunit 6 artistes qui s’inspirent et interprètent collectivement les œuvres de Khosro Berahmandi, peintre dont les toiles sont dédiées à la figure féminine. Sur scène, on retrouve Geneviève, la (chorégraphe et interprète), Shuni Tsou (flûtiste), Ziya Tabassian (percussionniste) et Nicolas Caloia (contrebassiste), ainsi qu’un film muet de Shahin Parhami. A son tour, Khosro leurs répond simultanément en créant directement sur scène.

Enfin, pour clôturer la saison en beauté, le MAI accueillera la compagnie Sinha Danse, pour un programme triple. Roger Sinha, chorégraphe et directeur artistique, nous dévoilera en première mondiale sa nouvelle création en collaboration avec Natasha Bakht, Thread. À partir d’haïkus créés par les chorégraphes, Thread, explore la dualité de l’occident et de l’orient, leurs dissonances, leurs ressemblances et leurs apports mutuels. Les pièces Loha et Still complèteront le programme. Une soirée sous le signe de la rencontre entre danse contemporaine, danse indienne et multimédia à ne pas rater. Un évènement qui aura lieu dans le cadre du mois du Patrimoine asiatique, au printemps 2008.

« De plus, le MAI présente cette année dans le cadre du Conseil des arts de Montréal (CAM) en tournée, deux spectacles. Celui du chorégraphe Gaétan Gingras, Manitowapan et Asa Nisi Masa de Ganesh Anandan et Alex Cattaneo. Ces artistes performeront chacun dans 6 Maisons de la Culture. Cette première collaboration avec le Conseil des Arts de Montréal nous permet d’étendre nos actions dans les arrondissements et ainsi de contribuer à augmenter la visibilité des artistes de la diversité à travers Montréal. Il me fait plaisir de souligner outre le CAM, la collaboration avec divers partenaires pour la mise en oeuvre de cette programmation : il s’agit du Mois de la Photo à Montréal, du Festival Accès Asie, du Studio 303, du Mois de l’histoire des noirs, des Journées de la Culture et de Diversité Artistique Montréal », de conclure Régine Cadet.

Yves Alavo

Le MAI est au 3680, rue Jeanne Mance, téléphone 514-982-1812.

Cette présentation illustre, sans autre démonstration, la composition et ce qui est notre vie culturelle organique, non dans les structures, mais bien dans son tissu réel. La lacune la plus flagrante, c’est l’absence de compétences et aussi le manque de volonté éditoriale et politique de la part des médias dominants qui ne couvrent que la culture officielle, capitaliste et conventionnelle. Le droit du public à l’information est ici servi grâce à cette chronique très originale.

[1] Ancienne directrice administrative du MAI, Mme Cadet est une chorégraphe, la fondatrice et la directrice de la troupe de danse Ekspresyon.

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4 Sep

L’héritage de Oscar Peterson
BATTRE LA DISCRIMINATION, AGIR DANS LA DIGNITÉ POUR VIVRE LA DIVERSITÉ

C’est à son domicile de Mississauga, banlieue de Toronto, qu’Oscar Emmanuel Peterson est mort, dimanche 23 décembre2007, des suites de complications rénales, à l’âge de 82 ans. Il est une figure de l’art, pianiste exceptionnel, mais aussi un personnage public et une authentique légende sociale et politique, car très présent, pour longtemps, dans la pensée commune et l’imaginaire collectif.

Oscar Peterson a atteint en jazz une virtuosité dans l’expression et une maîtrise technique complexes, presque spirituelles, si rares, que la direction du Festival international de Jazz de Montréal, l’a choisi comme parrain et a instauré un prix qui porte son nom. Le pianiste virtuose et compositeur doué était un adepte de la perfection mise au service du jazz. Sa fécondité artistique, associée au développement de la musique, s’est matérialisée par les nombreux disques qu’il a conçus, permettant ainsi à un large public de le connaître et de l’apprécier depuis le début des années 1950.

Il cumulait des vertus rares, comme humain, comme intellectuel et comme artiste engagé. Monsieur Peterson était jaloux de sa dignité. Il fut, tout au long de sa carrière un passeur/médiateur de cette dignité portée auprès des siens d’abord, mais aussi présente dans ses rapports avec les institutions ainsi qu’avec les individus. Oscar E. Peterson compte, avec le pianiste Oliver Jones, Montréalais (nés tous deux dans le quartier Saint-Henri, proche de la Petite Bourgogne dans le Sud-ouest de Montréal), plus jeune, parmi les plus grands musiciens de jazz d’origine canadienne. L’homme, Oscar Peterson, pianiste, compositeur, chanteur et organiste, son nom peut ne pas l’afficher, Africain-Canadien, a construit une vie, une œuvre et a développé une influence qui transcendent, chez nous au Québec en particulier, la langue, la religion, la couleur de la peau et même le climat.

De la même manière que certains de ses compatriotes, que ses proches, que ses amis, que certains d’entre nous aussi, il a subi avec violence et avec amertume, la discrimination. Il a connu dans les années 60 et 70 et il a compris, il a réagit et il a agit, avec encore plus d’énergie pour la combattre et la vaincre par plus de travail et par plus d’ouverture d’esprit; la discrimination marquée par l’injustice, la discrimination marquée par l’humiliation et la discrimination exprimée avec l’arrogance souvent grossière et condescendante d’une société où elle fut et demeure, à certains égards, systémique et inscrite dans les pratiques tant sociales, légales qu’administratives. Il s’agit bien de notre société Montréalaise et de notre contexte Québécois.

Modèle vivant, source de fierté et d’inspiration pour de nombreuses générations de jeunes Noirs, mais aussi pour nous tous Montréalaises et Montréalais, tous uniques que nous sommes, Oscar Peterson a prêché avec humilité, par l’exemple. Un exemple qui met en lumière, au-delà du talent et des habiletés remarquables, la valeur du travail, la conscience professionnelle totale, une éthique de la franchise qui n’a d’égale que son refus constant de faire des compromis sur ses convictions, son sens et son engagement pour la justice, pour l’équité et le mérite. Il a aidé les meilleurs à faire mieux, les plus démunis à vivre dans une dignité plus grande et une fierté assumée, les autres, à apprécier d’abord les qualités humaines, la noblesse et l’immense potentiel que les artistes ou les personnalités issus de la diversité, surtout celles qui appartiennent comme lui au milieu des arts, au cercles de la culture et des médias, portent et cultivent pour le bénéfice de toute notre société.

Quand on considère qu’en 2008, les citoyennes et les citoyens issus dits « visibles » qui représentent près de 15% des personnes « actives » de la région métropolitaine de Montréal, sont celles qui ont le pourcentage le plus élevé de diplômés de niveau universitaire, sont aussi parmi celles qui sont sous-représentées au sein de la fonction publique municipale, celles qui sont les victimes désignées de l’exclusion et aussi celles qui sont particulièrement ciblées les premières dans l’exercice des coupes budgétaires effectué en novembre dernier pour confectionner le budget 2008. Cet état de fait, distinctivement Montréalais, contredit honteusement le palmarès superbe du géant de la musique que nous venons de perdre, un homme qui s’est battu toute sa vie pour plus de dignité humaine, plus de justice et d’équité dans nos systèmes administratifs et politiques et pour une véritable mise en valeur de la diversité dont nous sommes riches.

Yves ALAVO