Archive | juillet, 2010

NUITS D’AFRIQUE AVANT LES 25 ANS

29 Juil

Au cœur de juillet 2010, nous vivons la 24e édition du FINA (festival international Nuits d’Afrique), l’événement dont les retombées économiques sont parmi les plus diversifiées.  Pas seulement des États-Unis, mais aussi des autres provinces et de nombreux pays d’Europe et d’Afrique, les touristes viennent à Montréal de plus en plus nombreux vivre la fête la plus pétillante.  Ce festival est riche de talents exceptionnels en provenance des 57 pays africains (près d’un milliard d’habitants).  Il est la plateforme de présentation des artistes de l’immense diaspora négro-africaine et arabo-berbère, mais aussi des artistes des Antilles et des Caraïbes.

Nuits d’Afrique contribue de manière substantielle au rayonnement de nos marchés car tous ces visiteurs achètent beaucoup à Montréal.  Souvent, ces visiteurs reviennent régulièrement, ayant découvert de manière plus accessible à Montréal, en une période concentrée, le lieu où s’alimenter en musique africaine, l’occasion d’apprécier les artistes et leurs créations et de passer des vacances merveilleuses.  Sachant qu’une portion significative de ces artistes se produit dans les grands circuits des capitales culturelles (Londres, Paris, New-York, Chicago, Barcelone, Rio, Sao Paolo, Los Angeles, Tokyo, Dubaï…), les amateurs ont réalisé que ces vedettes de la scène sont accessibles à Montréal de façon plus conviviale.

Fort des ces résultats et de cette réalisation significative qui valorisent notre essor commercial mais aussi qui concourent de manière valable à la crédibilité de Montréal comme destination touristique de premier ordre, les Nuits d’Afrique sont en droit, enfin, d’espérer en bénéficier, afin obtenir un appui des pouvoirs publics à la hauteur de leurs  performances.

La soirée d’ouverture au National le 14 juillet, a mis en vedette le député provincial de Montréal, Emmanuel Dubourg, élu de la circonscription de Viau.  Il a, de manière éloquente, avec une grande intelligence et avec une sensibilité fine, exprimé cette problématique, en mettant en relief les liens unissant les communautés de la diaspora noire d’ici et Montréal.  Le Festival international nuits d’Afrique (FINA) est totalement à l’image de sa ville, fait de créativité, issu de la diversité et reconnu pour son dynamisme légendaire qui a fait ses preuves au fil de son évolution.  Prenons le pari que 2011, année du 25e, verra l’organisation du « Festival » obtenir enfin les moyens de réaliser son immense potentiel.  Il semble, dans cette perspective, que l’adjoint parlementaire du ministre des finances, le député montréalais Emmanuel Dubourg, puisse être choisi parrain par excellence pour les 25 ans.

À l’aube du quart de siècle, le FINA vibre de mille étoiles et l’équipe organisatrice est à l’œuvre plus que jamais.  Il est indispensable de dire combien Suzanne Rousseau la DG et Lamine Touré, Président et fondateur, vivent d’obstacles surmontés et de victoires en succès, depuis un quart de siècle.  La détermination extrême des Productions Nuits d’Afrique et le combat sans concession pour la culture est un investissement à très long terme.  Cette aventure est le fruit du travail d’une équipe talentueuse, dévouée, compétente qui fait corps avec l’événement le plus africain qui se consacre aux musiques et aux arts de la scène du « Vieux Continent source ».

Yves ALAVO

Une équipe performante

http://www.festivalnuitsdafrique.com/lefestival/equipe

Un festival qui aura 25 ans en 2011.

http://www.festivalnuitsdafrique.com/artistes

Des artistes engagés et talentueux. Volet 1.

ABDOULAYE KONÉ GUITARISTE HORS-PAIRS

PERCUSSIONISTE BRILLANT


Abdoulaye Koné est unique en son genre. Ce qui le caractérise, c’est son style émaillé.  « Maître Koné » est d’abord un génie de la guitare, il se classe parmi les tous premiers stylistes et les meilleurs solistes de la guitare dans les Amériques.  Technicien de génie, instrumentiste qui fait vibrer les cordes, qui les manie avec une dextérité inégalée, il est capable de jeu rapide.  Artiste à l’expression mélodique, il a la particularité du jeu inspiré et rythmique sans effort.  Tout paraît limpide, fluide et percutant dans son jeu.  Sur l’étendu du registre des gammes Abdoulaye Koné file avec une virtuosité cinglante.

Sa capacité à traduire sur le manche de la guitare, émotions, sensations et volumes sonores, son énergie vorace pour intégrer mille et une nuances rythmiques à sa gamme, ainsi que pour faire danser les notes, marquer les tempos et pour souligner les vibratos, en font un instrumentiste exceptionnel, aussi remarquable que l’est Miles Davis à la trompette.

Soliste, accompagnateur, leader ou membre de groupes, tous les aspects du jeu et les rigueurs des rôles ne briment jamais son talent si expressif et si explosif.  Abdoulaye Koné serait blanc au Québec/Canada, qu’il aurait été reconnu avec un certain relief et qu’il pourrait vivre aisément de son art.  Dommage que l’exclusion et l’immense rideau du profilage artistique sur tous les registres de nos arts à tous les niveaux, malgré les reconnaissances et les prix qu’il a eu, font en sorte que vivre comme artiste soit encore dix fois plus difficile quand on est NOIR ici.

Maître percussionniste est leader de percussions, meneur de jeu aux tambours, génie au djembé et virtuose aux drums, aux Sabbars.  La section rythmique structurante n’a aucun secret pour Abdoulaye Koné.  Il joue des deux mains comme certains pourraient le faire avec huit. Vitesse de transmission, adaptation motrice et sensorielle, lecture/interprétation et expression ne font qu’un seul jeu dans sa bulle complexe et anticipative.

Sur de nombreux registres, du classique héritage des Djelis, avec plusieurs codes interprétatifs et normatifs, des mélodies ancestrales en plusieurs langues, aux créations des siècles récents ou aux impros cadrées, en passant par les musiques modernes et les morceaux contemporains y compris avec ses propres adaptations et les créations qu’il concocte, Abdoulaye Koné vole au-dessus du ghotta artistique urbain, toutes traditions confondues.  Rare serait l’artiste et, surtout l’instrumentiste, aujourd’hui, capable de se mouvoir avec autant d’aisance, avec une abondance de virtuosité et de flexibilité entendue comme avec la polyvalence et avec les atouts de l’interdisciplinarité, comme Abdoulaye Koné le fait avec une créativité sublime qui lui confère un statut particulier au firmament de la musique.

Le FINA (Festival international Nuits d’Afrique) lui a donné carte blanche cette année (du 18 au 25 juillet 2010 au Club Balattou du boulevard Saint-Laurent), une initiative qui dit avec éloquence l’estime et la fraternité qu’éprouve le « Festival » envers cet artiste africain de chez nous.

Yves ALAVO

Chiwoniso, les racines et les rêves

Zimbabwe

Musicienne, mais surtout animatrice au sein de son propre milieu, Chiwoniso est chez elle sur scène.  Son concert débute sur les franges de la timidité.  Au fil des pièces, elle s’exprime avec une aisance qui étonne et se met progressivement à danser et à occuper l’espace scénique avec un enthousiasme qu’elle communique à la salle entière.

Les musiciens qui la suivent, qui produisent sa musique, concert après concert, réagissent et s’adaptent à toutes les modulations de l’instrument le « mbira », clavier métallique souple qu’elle a blotti dans un boîtier qui fait office de caisse de résonnance et confère à cette configuration un style unique, marque et touche spéciale des créations de Chiwoniso.  Lien entre elle et ses musiciens, entre elle et les spectateurs, entre elle et l’univers, cet instrument est devenu populaire grâce à Chiwoniso.

Le clou du show montréalais, cette fois, ce fut l’invité de la deuxième partie, le saxophoniste, jeune et talentueux danseur, Max Wild Tamba.  Il est apparu entouré d’une légende, mais, de prime abord, il a été si présent et exceptionnel sur scène : rayonnant d’une lumière qui illumine son visage, agile avec son instrument aux notes magiques et créateur/chorégraphe de danses jaillies de l’Afrique australe dans sa totalité.

La musique, la danse et les échanges, sous la férule de Chiwoniso, sont de plus en plus rythmés au point de faire bouger la salle entière, sous tous les angles.  Rien n’est laissé au hasard ; jeux de la basse, environnement découpé et envoûtant des percussions, solos successifs des instrumentistes.  L’ensemble crée une cadence tant maîtrisée qu’elle se vit comme une immense « impro » joyeuse et communicative.  Dans cette turbulence de mélodies et de danses fortes, Chiwoniso met sur la table son engagement, Chiwoniso parle de ses combats pour les droits de la personne dans un pays captif d’un dictateur sénile.

Yves ALAVO

Notes biographiques de Chiwoniso :

Chiwoniso naît en 1976 dans l’État de Washington.  Sa famille vit alors aux États-Unis car son père est étudiant en ethnomusicologie à Seattle.  Elle y passe les sept premières années de sa vie mais, même loin de son Zimbabwe d’origine, elle s’imprègne de la musique de « son pays ».  En effet, ses deux parents sont musiciens : son père joue du mbira (sorte de piano à pouces qu’elle adopte), sa mère chante.  Tous deux donnent des cours de musique chez eux et tous deux adorent écouter une grande variété de styles musicaux, de James Brown à Mozart, des Rolling Stones à Michael Jackson, de Bach à Aretha Franklin.

À quatre ans, Chiwoniso joue déjà du mbira et, à neuf ans, elle enregistre pour la première fois en studio sur l’album Tichazomuwona (Nous nous reverrons).  Deux ans plus tard, elle commence à jouer dans le groupe de son père avec son frère et sa soeur, Mhuri ya Maraire (La Famille Maraire), et dans un autre groupe paternel, Minanzi III.

En 1990 (14 ans), elle devient une figure importante de la scène zimbabwéenne, grâce à sa contribution au groupe de hip hop A Peace of Ebony, le plus célèbre des groupes de rap du Zimbabwe.

Chiwoniso sort en 1997 son premier album solo, Ancient Voices, Prix Découverte RFI en 1998.

À partir de 2005, elle se met au travail sur son deuxième album solo, Rebel Woman, sorti en 2008.  Ce disque a été enregistré au Zimbabwe, en Afrique du sud, en Angleterre et au Vermont.

L’œuvre rassemble plusieurs invités prestigieux et mêle de nombreux styles.  Chiwoniso y chante les luttes de ses concitoyens, pour trouver du travail, pour vivre simplement.  Elle chante également la sagesse des anciens, la nécessité d’agir en fonction des générations futures, la force de certaines femmes malgré les obstacles à leur émancipation.  Dans un Zimbabwe en plein bouleversement, son pays a encore plus besoin de cette voix convaincue et convaincante.  Le Zimbabwe compte sur cette voix chaude et puissante portée par des rythmes endiablés.

Hindi Zahra, briser les tabous, vivre libre


Pour l’ouverture officielle de la 24e édition du FINA, les organisateurs ont proposé sur la scène du National de la rue Ste-Catherine, Hindi Zahra.  Née en 1979 à Khouribga, une ville minière du Sud marocain, Hindi Zahra débarque à Paris en 1993, pour rejoindre son père.  Issue d’une famille berbère, elle grandit au son des divas égyptiennes, elle écoute la musique des grandes voix du raï et du châabi, du rock’n roll marocain, des mélodies traditionnelles, du blues sahélien.  À ce menu ajoutons un peu de folk africain, une pincée de groove et de reggae.  Ce sont ses oncles musiciens qui lui montrent le chemin.

C’est de cette légende que jaillit l’artiste que nous avons connu via les reportages des radios et des télés françaises.  Elle est accompagnée de musiciens chevronnés, un son impeccable, deux guitares, un clavier et une percussion, enracinés dans l’univers moderne des notes métissées, des rythmes issus des contreforts du Bandiagara aux flancs de l’Atlas et bercés par les vagues « goréennes ».  Les notes qu’elle utilise sont poussées par le souffle des plateaux éthiopiens ou alors percutées par les échos des forêts que traversent les fleuves Zambèze, Congo.  Elles sont aussi, souvent propulsées par l’Harmattan des steppes sahéliennes.

Zahra signifie, selon les interprétations « fleur » ou/et « chance ».  Elle est née pour vivre la passion pour les musiques, dans leur diversité.  Après avoir obtenu son baccalauréat en France, elle apprend son métier sur les scènes dites alternatives.  La chanson Oursoul, écrite en 2005, braque les projecteurs sur le thème qu’elle défend, la condition des jeunes filles forcées à se marier.  C’est la première marche vers le succès et vers une série de textes et de mélodies qui la font connaître : Beautiful Tango qui fait vite le tour d’Internet est repéré par The Wire, le mensuel culturel de référence en Grande-Bretagne.

De contrat en « exposures », cette visibilité que lui a donné la mélodie d’une publicité qu’elle a composée à partir du thème de Beautiful Tango, Hindi Zahra écrit de nombreux textes et compose des mélodies qui se retrouvent sur son premier album.  Il s’agit d’une œuvre personnelle remarquable qui donne la mesure de sa culture musicale.  Sa musique situe  son enracinement dans l’univers musical berbère, métissage né des transhumances des générations antérieures et actuelles sur les côtes méditerranéennes vers les sables du Sahara et sur les routes commerciales et intellectuelles qui ont constitué la gloire des empires africains.

Hindi Zahra surprend par l’ampleur et l’espace des paroles, la place centrale du chant et des références aux œuvres négro-américaines : blues, jazz, folk et soul de l’Alabama, tons et musiques de Chicago dans la détresse et dans l’époque de la fureur, timbres à la Miles Davis,  Negro spirituals, Rythm’ and Blues, Rock’n’Roll et Funk à la lisière du Gospel parfois, le tout porté par une rythmique négro-africaine que bercent les mélodies Gnawa, Chaabi, avec un Raï urbain arrosé de coulis Flamenco et Manouche.  Tout pour déstabiliser un auditoire conquis d’avance qui n’a cessé d’applaudir de la première note au dernier rappel interminable.

Hindi Zahra a de la personnalité, sa présence sur scène révèle une artiste qui a plus de décennies en qualité d’expérience que les trois de son âge biologique.  Elle a du charme, celui qui touche et dont le souvenir est long, elle habite les cœurs, elle demeure en lien avec ses musiciens et transpire d’une féminité qui trahit son africanité profonde.

Yves ALAVO

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Témoins actuels : Personnalités originaires de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient

27 Juil

YOLANDE GEADAH

Nous rencontrons Yolande Geadah.  C’est une pionnière dans le secteur de l’éducation populaire.  Au confluent des engagements personnels, des responsabilités de génération et des choix pour opérer les changements nécessaires à l’évolution de notre société, Yolande Geadah, a, au cours des trente dernières années, maintenu le cap.  Animée par des convictions profondes en faveur des droits des plus démunis, militante des droits des femmes et pour plus de justice dans les relations internationales et dans les rapports entre les peuples, Yolande Geadah ne fait pas de concessions.

Au sein de structures légères, mais efficaces, d’organismes de coopération, de coalitions de défense des droits des femmes, de départements universitaires, puisque Yolande Geadah a étudié tout en travaillant.  Elle a une formation académique multidisciplinaire dont une scolarité de doctorat en sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal.  Elle développe, au fil des ans, une présence sociale originale. Elle œuvre en première ligne avec discrétion, elle a d’abord défriché des espaces sur le terrain des relations interculturelles, avec quelques autres, afin de créer de nouveaux rapports entre les principales composantes de notre société.

Elle est active, productive et créative, elle est franche à propos de sa motivation : C’est en arrivant au Québec, en 1967, que j’ai découvert pour la première fois les préjugés nombreux à l’endroit de l’Islam, des Arabes, et des femmes arabes en particulier.  J’étais révoltée par les images négatives concernant les peuples arabes et musulmans.  Je me suis donc engagée à fond, avec d’autres, dans l’éducation interculturelle, à travers des articles, des conférences, ainsi que l’organisation de soirées de poésie et de cinéma sur le monde arabe.

Un climat social et le débat qui s’est développé sur les questions de la laïcité et de la confessionalité des institutions scolaires, sur l’intrusion d’éléments à connotation religieuse dans les écoles, Yolande Geadah a choisi la réflexion et l’éducation : Quand le débat entourant le port du voile à l’école au Québec a surgi dans les médias en 1994, la confusion et les préjugés entourant l’Islam étaient à leur comble.  Entre l’insistance des uns sur le droit de porter le voile à l’école, et la xénophobie des autres, poussés par la peur, qui voulaient l’interdire, je trouvais que le débat manquait de nuance et de profondeur.  Je décidais donc d’écrire un essai pour clarifier les enjeux qui se cachent derrière le voile, devenu le symbole du mouvement intégriste.  Aujourd’hui, ici comme ailleurs, ce n’est pas le droit de porter le voile qui est menacé, mais plutôt le droit de refuser de le porter.  Je salue donc le courage de toutes les femmes musulmanes qui refusent de porter le voile, malgré les pressions sociales, tout en respectant le sentiment religieux qui anime les autres.  Avant d’être une menace pour l’Occident, l’intégrisme islamique est d’abord une menace pour les droits et libertés des femmes musulmanes, et des hommes aussi qui refusent cette vision étriquée et déformante de l’Islam.

Énergie fulgurante, Yolande Geadah a bâti, à force de conviction et de détermination, une somme de réalisations que nous considérons plutôt comme un palmarès : Co-fondatrice dans les années 1970 à Montréal du Cercle de la culture arabe, qui a été le premier groupe au Québec à organiser des soirées d’information, de poésie, de cinéma, et de conférences, pour faire connaître aux Québécois la culture et la civilisation arabe.  Puis, co-fondatrice du Centre d’études arabes pour le développement diffusant information, recherches et documentation

et fournissant le soutien à des projets de développement dans le monde arabe.

Ce dernier a été fusionné dernièrement à un organisme nommé Alternatives.  Actuellement, Yolande Geadah est chargée de programmes à l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).  Professionnellement, elle a aussi d’autres engagements : recherche et publications diverses sur les femmes dans la culture arabe et musulmane, coopération outre-mer auprès des femmes et des jeunes en milieu rural en Égypte, consultante auprès de diverses agences de développement international telles que l’Agence Canadienne de Développement International, le Programme des Nations Unies pour le Développement, le Fonds des Nations Unies pour la Population.  Spécialisée dans la formation sur l’analyse de genre et développement et le développement de stratégies visant à favoriser l’égalité entre les sexes, Yolande Geadah a participé à l’organisation de la Marche mondiale des femmes en l’an 2000 contre la pauvreté et la violence faite aux femmes.

En 1996, Yolande Geadah a publié son premier essai Femmes voilées, intégrismes démasqués qui a connu un franc succès.  Mis en nomination pour le Prix du Gouverneur général de 1997, ce livre a été retenu parmi les finalistes dans la catégorie essai.  Dans le contexte que nous connaissons, cet essai mérite d’être réédité; celles et ceux qui l’ont lu sont d’accord tellement sa lecture a ouvert des horizons de compréhension.

L’avenir des relations entre la majorité et sa communauté d’appartenance, une de ses communautés, car Yolande Geadah est une citoyenne complète membre à part entière de la société : Il est certain que l’attentat contre le World Trade Center du 11 septembre 2001 a projeté l’intégrisme islamique à l’avant-scène de l’actualité. Elle va plus loin : Nous avons tous et toutes été profondément bouleversés devant cet acte terroriste, qui a fait plus de 6000 victimes innocentes à New York.  Le fait que les auteurs présumés de cet attentat soient d’origine arabe et musulmane fragilise les relations entre la majorité et les communautés arabes ou musulmanes vivant ici.  D’où l’importance primordiale de notre engagement individuel et collectif pour influencer l’opinion publique et les politiques canadiennes dans le sens du respect du droit international.  Ce dernier est bafoué en ce moment par le déploiement militaire en Afghanistan, qui fera des milliers de victimes innocentes, avec peu de chance d’arrêter les vrais coupables.

Sur le fond, Yolande Geadah est lucide, vision éprouvée qui nécessite de tous le sens des responsabilités : Le danger, c’est que cette guerre inutile ne fera qu’exacerber davantage l’antagonisme des peuples de la région à l’endroit des puissances occidentales, ce qui alimentera le cycle infernal de la violence.  Je crois que nous avons plus que jamais, tous et chacun, la responsabilité de construire des ponts de solidarité entre la communauté d’accueil et notre communauté d’origine pour favoriser une paix durable.  Celle-ci doit être fondée sur la justice sociale qui exige une meilleure répartition des richesses et le respect des droits humains de tous.  Une vérité toute simple émerge des débris fumants du World Trade Center : nul ne peut prétendre à la sécurité, tant que d’autres peuples seront plongés dans l’insécurité totale !

YVES ALAVO

AFIFA MAANINOU

C’est d’entrée de jeu que cette femme, dévouée à la cause de la formation et de l’éducation de la jeunesse du Québec, mère de famille et engagée dans la politique scolaire, nous parle : Originaire du Maroc, je suis arrivée avec ma famille au Québec en janvier 1988.  Je me suis installée par hasard dans le quartier Côte-des-Neiges et j’y suis restée.  Engagée politiquement pour les droits de la personne dans mon pays d’origine, je me suis investie totalement dans l’action communautaire et scolaire.  En effet, elle est candidate et élue membre du Comité d’école et du Conseil d’orientation de l’école Pascal Baylon que fréquentaient ses filles.  Les démarches qu’elle coordonne aboutissent,  réclamations pratiques concernant la propreté, les besoins d’un gymnase pour les élèves, nécessité d’une nouvelle école (Simone-Monet-Chartrand) dans un quartier majoritairement peuplé de familles issues de l’immigration.  Plus sérieusement, Afifa Maaninou sait qu’il s’agit d’abord de la quête de dignité pour ces personnes, elle se présente aux élections scolaires de 1994 afin d’être à la fois représentante et actrice du changement.  Elle est élue.  Elle devient commissaire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Battante, femme de tête et de cœur, Afifa Maaninou aborde la vie avec une énergie exceptionnelle.  Elle est diplômée de l’Université Paris VIII en linguistique générale et en informatique de gestion, elle conserve de ses études la méthode scientifique, l’analyse sereine et la valeur ajoutée que lui procurent ses talents de conciliatrice réaliste et de diplomate idéaliste. Elle a travailler dans le secteur de l’informatique de gestion pendant douze ans.  Les résultats sont impressionnants : Forte du soutien des parents, j’utilisais mon nouveau rôle davantage pour les informer, les motiver et les maintenir mobilisés afin que le dossier épineux de la surpopulation dans les écoles à Côte-des-Neiges soit réglé définitivement et que leurs enfants aient de meilleures conditions de réussite.  Ce travail sur le terrain, en direct avec les parents, a donné fruit et d’autres nouvelles écoles ont été ouvertes dont l’école des Nations, l’école St-Kévin, un centre d’éducation des adultes et tout récemment l’annonce de la construction d’une nouvelle école primaire.

L’essentiel de l’action de Afifa Maaninou consiste à faire en sorte que les communautés ethnoculturelles puissent prendre part, leurs droits et devoirs partagés, à la vie normale de notre société.  Pour elle, il s’agit d’un échange et d’un enrichissement mutuels :  J’ai participé à la création d’un comité-femmes au Centre d’études arabes pour le développement (CEAD) où, de 1990 à 1992, j’ai été membre du conseil d’administration et du comité exécutif de cet organisme voué à favoriser l’intégration des membres des communautés arabes du Québec à la société montréalaise et à la promotion de la solidarité canado-arabe.  Poussée par le désir de m’associer à la communauté, j’ai siégé au comité pour les équipements collectifs du quartier Côte-des-Neiges ce qui a permis, notamment, à la suite de nombreuses interventions, la réalisation du projet de construction d’un complexe sportif dans le quartier.  J’ai également siégé comme coprésidente du Comité du Oui d’Outremont afin de soutenir les revendications et les aspirations du peuple québécois.

Membre du comité exécutif du Conseil scolaire de l’île de Montréal (CSIM), où elle siège à titre de présidente soit de l’une ou de l’autre de ces instances, Afifa Maaninou explique la genèse de son engagement et de ses motivations :

Depuis mon enfance, j’ai été sensibilisée par ma famille aux injustices sociales et à la lutte pour les droits à la dignité pour tous les humains.  Mon père, qui n’avait qu’un garçon et six filles, nous encourageait vivement à bien étudier, particulièrement nous les filles, et nous disait souvent : “ Mes chers enfants, j’insiste peut-être un peu trop sur les études, mais sachez que c’est le seul héritage que je vais vous laisser.  Je veux que vous soyez autonomes ”.  J’ai l’impression que j’ai été façonnée pour combattre l’injustice et l’exclusion partout où je me trouve.  Ce combat peut prendre plusieurs formes; des implications dans des mouvements progressistes œuvrant pour la paix, la justice sociale, l’émancipation des femmes ou le droit à l’éducation ; des revendications plus concrètes telles les nouvelles écoles pour les enfants de Côte-des-Neiges (CDN).

Le bilan de la commissaire scolaire Afifa Maaninou est comparable à un palmarès : Les rénovations, les agrandissements et l’ouverture de nouvelles écoles primaires dans le quartier Côte-des-Neiges, l’ouverture d’une école pour l’éducation des adultes, le gel de la taxe scolaire en 2000.  Immédiatement, Afifa Maaninou insiste pour souligner : Pour dire vrai, toutes ces réalisations n’ont pu se concrétiser que grâce au travail et au soutien de personnes qui généralement restent dans l’ombre.  C’est ce travail en équipe qu’il faut reconnaître ; sans lui, personne ne peut faire avancer quoi que ce soit.

L’avenir place l’éducation au cœur des défis de notre société, Afifa Maaninou le dit et croit, non seulement à l’éducation dans le respect des cultures, mais surtout l’abolition des frontières au sein de notre société : Dans mon implication, la dimension interculturelle a toujours été présente.  J’ai toujours travaillé avec toutes les communautés, je ne me suis jamais limitée à ma communauté.  Je pense que c’est la meilleure façon de connaître et de se faire connaître par les autres, de développer la compréhension mutuelle et la connaissance nécessaire afin de lutter contre les préjugés et la discrimination.  Le contexte dans lequel nous vivons depuis le mardi 11 septembre 2001 l’oblige à atterrir si l’on veut : Toutefois, depuis les événements survenus aux USA, un vent de méfiance s’élève vis-à-vis des Musulmans en général et des Arabes en particulier.  Je sens la nécessité de joindre ma voix à celle de toutes celles qui clament la paix et dénoncent la guerre, et d’expliquer aux autres Québécois ce qu’est la civilisation musulmane, ce qu’est la réalité du monde arabe et du monde musulman, les distinctions et les nuances entre ces divers univers, afin d’informer et de contrer la méconnaissance qui engendre l’intolérance et de développer ainsi la solidarité entre tous les peuples.  J’ai confiance que nous saurons tous ensemble construire un monde plus convivial.

YVES ALAVO

AMEL BELHASSEN MAALAOUI

Il existe des personnes qui respirent l’équilibre et dont la vie dans son déroulement semble, sans cesse, produire pour eux et les leurs, à travers leurs engagements, un ensemble de situations, d’histoires de vies, de rencontres qui sont autant de sujets d’intérêt qui méritent d’être part de notre conscience historique, car ils ne font que la façonner.

Amel Belhassen se présente avec cette ligne directe et une lucidité qui parle plus de son esprit d’analyse  et de loyauté envers elle, vis-à-vis de ses convictions profondes : Je suis canadienne d’origine tunisienne et mère de deux enfants. Je suis chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal et donne actuellement un cours sur la condition de la femme immigrante. De par mon origine ethnoculturelle et mon statut d’immigrante, la question de l’immigration me passionne et la compréhension des conditions de vie des immigrants et immigrantes en pays d’accueil (le vécu des femmes, l’accès au marché du travail des immigrants et immigrantes, etc.) constitue mon principal axe de recherche dans le milieu académique ainsi que dans le milieu communautaire.

Son parcours académique est précis.  Entre le moment où elle obtient sa maîtrise en sociologie de l’Université de Tunis en 1983 et celui où elle obtient une autre maîtrise, cette fois de l’Université du Québec à Montréal en 1994, il y eu le départ du pays natal et la nouvelle vie au Québec dès 1984, comme boursière de l’Agence canadienne de développement international.  Le titre de son mémoire de maîtrise est éloquent sur ses intérêts : Le nouveau modèle industriel : le cas d’IBM Canada.  Les thèmes clés sont : la transformation du marché du travail au Canada, les modes de gestion des ressources humaines.  Ses choix sont orientés vers la sociologie économique, les politiques d’immigration internationale, Amel Belhassen prépare son doctorat.  De 1994 à 1998 : scolarité de doctorat en sociologie à l’université du Québec à Montréal.  Examen de synthèse passé avec succès.  Les sujets sont : les approches sociologiques de l’immigration (rôle de l’État, intégration au marché du travail, débats autour des traitements sociologiques de l’insertion socioprofessionnelle (les différents aspects de l’insertion, l’influence du marché du travail, etc.).

Amel Belhassen prépare donc la soutenance de sa thèse de doctorat dont le sujet porte sur les stratégies d’insertion des immigrants dans le marché du travail à Montréal.  Avant d’arriver au Québec, elle avait travaillé en Tunisie pour le Ministère du travail dont elle dirigeait le Service de la formation, depuis, ses activités professionnelles lui ont permis, à titre de chargée de cours ou de coordonnatrice d’équipe pour des projets d’envergure, de participer à différentes structures : Réseau québécois des chercheurs féministes, Institut de formation autochtone du Québec, Centre d’études arabes et de développement, Réseau des chercheures africaines de la diaspora, Rassemblement arabe à Montréal et Centre de recherches et d’études en sociologie et technologie de l’UQAM.

En phase avec les femmes immigrantes de toutes origines, mais surtout attentive au développement de ses compatriotes, Amel Belhassen fonde  en 1996, et copréside depuis ce temps, l’Association tunisienne des mères du Canada.  Elle explique : Notre association s’est donnée comme objectif d’aider, à travers les mères (mamans), les familles immigrantes à s’adapter à leur nouveau contexte d’accueil.  Nos actions et champs d’intervention couvrent plusieurs aspects de la vie quotidienne des familles immigrantes tels que:
la gestion de la diversité en milieu scolaire, la prévention de la violence faite aux femmes, le soutien aux femmes victimes de violence conjugale, l’insertion des femmes immigrantes sur le marché du travail.  Les activités de notre association ont suscité un grand intérêt dans le milieu.  Cet intérêt s’est manifesté par le grand nombre des mères et des personnalités publiques qui ont participé à nos activités ainsi que des organisations et des commanditaires arabes ou canadiens qui ont accepté d’être associés, sous diverses formes, à ces activités.

Amel Belhassen centre son action autour de sa mission qui est de construire des ponts dans une harmonie qui lui permet de dégager un axe entre sa vie de citoyenne, son engagement communautaire et son déploiement académique et professionnel.  Elle en parle avec passion : En plus de mon engagement au sein de ma communauté arabe, je suis active au sein de certains organismes québécois pour faire connaître nos conditions de travail et de vie dans la société d’accueil.  En ce sens, je collabore, à titre de membre du Réseau québécois des chercheures féministes, à une recherche sur les difficultés d’insertion des femmes chercheures d’origines diverses dans le milieu universitaire.  Prévue pour le mois de fevrier 2002, la publication de cette recherche vise à faire ressortir la précarité et la marginalisation des femmes chercheures venues d’ailleurs dans le milieu de la recherche universitaire.

Nous pouvons comprendre ce qui la motive : faire connaître  la culture arabe aux Canadiens et Québécois afin de les amener à changer les perceptions qu’ils se font de la femme arabe et de ne plus la considérer comme recluse, soumise à la domination de l’homme, etc.  Permettre aux femmes arabes de connaître la culture de la société d’accueil, et d’avoir une meilleure connaissance des institutions et des valeurs démocratiques afin de pouvoir vivre pleinement leur citoyenneté.

Elle poursuit un objectif concret dans sa détermination sereine de chercheure et de femme de terrain, contribue à la libération des femmes immigrantes dont certaines sont captives à cause des lois sur le parrainage : Bien que sa durée ait été ramenée à trois ans au Québec, le parrainage demeure inacceptable à bien des égards pour les conjointes parrainées. Le parrainage contribue à placer la femme immigrante dans une situation de vulnérabilité et la maintenir dans la dépendance à son mari (violence conjugale).  Nous allons soumettre des recommandations au gouvernement fédéral pour réformer la Loi sur l’immigration afin d’accorder aux épouses la résidence permanente sans qu’elles soient soumises aux règles du parrainage.

L’avenir des relations entre ses communautés d’appartenance et la majorité, Amel Belhassen le situe à un autre niveau : Cette intégration se fait dans le respect des spécificités de chaque groupe et ce, dans le but de développer des relations harmonieuses entre les divers groupes sociaux. Le type de relation que la majorité peut avoir avec un groupe minoritaire ne pourrait pas être déterminé par un événement précis. Rappelons que la communauté arabe vient d’une immigration assez ancienne et a su, au fil du temps, s’ouvrir sur la culture dominante, s’intégrer dans la société d’accueil en préservant ses spécificités culturelles.  Pour finir, nous dirons que dans un monde en évolution permanente, les peuples doivent apprendre à vivre ensemble et à relever des défis permettant le mieux être de l’être humain indépendamment de son appartenance ethnique, culturelle ou religieuse.

YVES ALAVO

DANIELLE DEBBAS

Partout au Canada et souvent à l’extérieur du pays, bien sûr dans tous les lieux de décision du Québec, les responsables des entreprises et des principaux ministères, les hommes comme les femmes dont l’action comptent sur la marche des affaires, devraient connaître Danielle Debbas.  Celles et ceux qui se situent dans la droite ligne de l’évolution de notre société savent de qui il s’agit.  Diplômée en communication de l’Université du Québec à Montréal il y a un quart de siècle, Danielle Debbas s’est engagée à fond, d’abord comme journaliste, dans la bataille pour l’équité en matière d’emploi pour les femmes et, de proche en proche, elle a, comme une goutte d’eau dont l’impact se répand en cercles concentriques, gagné toutes les structures, du local à l’international, à son idée : une plus grande présence féminine à des postes de commande.

Combat sans répit d’une femme qui met son énergie créatrice dans un rayon où audace et compétence rivalisent sur un seul front, l’accès à l’égalité et, pour cette cause, elle invente à sa manière le droit d’ingérence dans les affaires, au cœur du noyau dur du pouvoir.  Danielle Debbas défriche, à coups d’initiatives percutantes, les sentiers jusqu’ici  gardés et aménagés au profit des hommes et qui servaient de rampes de lancement vers les sommets des pouvoirs sociaux, économiques, culturels et politiques.

Journaliste à Radio-Canada, elle fonde dès 1978 le magazine Féminin Pluriel, le premier du genre, entièrement consacré à la cause féministe, magazine à grand tirage (50 000 exemplaires) qu’elle dirige et dont elle assure la responsabilité rédactionnelle.  Oeuvre titanesque quand on connaît la force foudroyante de l’exclusion dans le milieu des médias pour tout “corps étranger ” au sérail !  Dans une jungle où peu de personnalités féministes ont osé s’aventurer pour y développer des actions significatives et y inscrire la marque féminine, le monde “des affaires ”, Danielle Debbas devient chef de file et agit :  elle fonde l’organisme FRAPPE 1985-1991 (Femmes regroupées pour l’accessibilité aux pouvoirs politique et économique), un groupe de pression et d’influence (300 000 $ de budget annuel, 4 employées permanentes et 20 bénévoles) pour une participation des femmes à la direction des affaires tant dans le secteur privé que dans le secteur public.

Aux yeux des sceptiques et comme témoignage, plutôt que preuve de la capacité des femmes à organiser, gérer, mettre au monde, elle démontre par l’exemple, le talent  féminin supérieur pour faire des alliances et créer.  Coup sur coup, en 1989 et en 1990; Danielle Debbas conçoit : Femmes de sommet, pour préparer les femmes à occuper des postes de cadre supérieur (900 000$ de budget et 5 employées) et organise à Montréal le Sommet mondial des femmes pour commémorer le 50e anniversaire du droit de vote des Québécoises (2000 participantes venues de 57 pays, 1 500 000 $, 10 employées, 200 bénévoles).

Comment se nourrit sa motivation ? Pour  moi, j’ai besoin d’avoir une cause, je crois que je sers à quelque chose, que j’apporte quelque chose à la société, être utile socialement, alors je suis capable de déplacer des montagnes.  Je crois fermement à ce que je fais.

Elle ne manque pas de réalisme et d’humour quant à ses principales réalisations : Pour moi arrivée dans un pays comme femme étrangère, faire ce que j’ai fait, créer un journal Féminin Pluriel, puis organiser FRAPPE et le Sommet des femmes, fut une formidable réussite.  Moi qui étais la fille de mon père, le sœur de mon frère ou la mère de mon fils comme on dit au Moyen-Orient, j’ai réussi à me faire connaître et j’ai apprécié quand quelqu’un a demandé à mon père êtes-vous le père de Danielle Debbas ?

Que de chemin parcouru par la jeune fille du Caire qui réussissait en 1961 son baccalauréat français, option philosophie, élève du Pensionnat de la Mère-de-Dieu, devenue cofondatrice et vice-présidente du Regroupement des femmes entrepreneurs du Québec, vice-présidente du Conseil régional de la Fédération des femmes du Québec FFQ, vice-présidente du Regroupement des journalistes du Québec, membre du conseil d’administration de la Fédération des journalistes professionnels du Québec FPJQ, membre de l’Association internationale des journalistes de la presse féminine AIJPF. Danielle Debbas parle  plusieurs langues, un des atouts que Montréal doit à ses citoyens venus d’ailleurs au monde, le Français, l’Anglais, l’Italien, le Grec, l’Arabe et l’Espagnol.

Celle qui fut (1991-1998) membre du comité organisateur du Global Forum of Women de Dublin (Irlande), Taipeh (Taiwan), Miami (États-Unis) et Londres (Royaume Uni), voit l’avenir des échanges et des relations entre les composantes de notre société, principalement entre les Québécois originaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et les immigrants de souche plus ancienne : Ce qui se passe depuis le 11 septembre 2001 est inquiétant pour toutes les personnes reliées de près ou de loin à la civilisation arabe, au monde islamique.  Quelque part, les efforts faits  au cours des décennies passées pourraient être anéantis; car il y a un stigmate terrible jeté sur les personnes originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.  Les bombardements en Afghanistan créent plus, une certaine anarchie, et démontrent combien les différences culturelles sont immenses entre l’Amérique du Nord et le reste du monde.  Il se trouve qu’une solution réelle et équitable à la crise entre Israël et ses voisins aurait un impact direct et positif sur le climat actuel.

Ces dernières années, depuis 1994, Danielle Debbas a été plus dans l’administration, comme adjointe administrative et responsable des communications au bureau d’un élu fédéral et, de 1996 à 1999, elle fut commissaire à la Commission de l’Immigration et du statut de réfugié.

YVES ALAVO

LEÏLA IKHLEF

Plus d’un quart de siècle d’activités professionnelles, dont 24 années au Québec, l’essentiel comme secrétaire juridique dans des cabinets privés, mais aussi un long séjour au service du Centre communautaire juridique de Montréal, division jeunesse.  Leïla Ikhlef se consacre aux jeunes, par vocation, par idéal et avec une volonté de contribuer à leur développement, pour les aider à exister dans la société.  Portée par une jeunesse fondamentale, femme d’action et véritable trapéziste pour qui le risque en vaut souvent la chandelle quand il s’agit de s’engager pour changer les mentalités ou lorsqu’il est question de soutenir des jeunes en quête d’identité ou d’affirmer ses convictions sociales pour une société de droit, de justice et d’équité, Leila Ikhlef répond présente.

Si elle a toujours travaillé dans un bureau pour assurer la survie des siens, la part de contribution à la dignité que procure l’exercice d’une profession, Leïla Ikhlef se place, un peu comme une travailleuse sociale à l’échelle d’un pays, aux avant-postes des initiatives d ‘échanges, des activités d’accueil, des interventions de sensibilisation et de soutien à l’intégration active.  Sportive dans la vie et dans l’âme, Madame Ikhlef consacre énergie, temps et force de conviction, rencontre les nouveaux arrivants, construit littéralement des ponts entre le noyau dur de notre société et tous les citoyens issus des communautés ethnoculturelles.

Leïla Ikhlef est sans équivoque là-dessus : La motivation de mes engagements, c’est ma communauté et la société dans laquelle je vis depuis maintenant 26 ans, qui me motivent dans mes actions et mes engagements sociaux et communautaires.  Pour moi, l’une ne va pas sans l’autre. À plusieurs reprises elle a, avec Les Promotions Pleine Lune Enr. organisé des spectacles, des concerts d’artistes de renommée mondiale ( deux fois Idir, Brahim Izri et Fellag, tous produits dans des salles de la prestigieuse Place des arts) qui sont les porte-étendards d’une culture fondatrice et universelle, la culture des inventeurs et des philosophes, des génies des mathématiques et des ingénieurs, des astronomes, la culture tamazight/berbère.

Au-delà du présent, dans la mire d’un passé proche et enceint d’angoisse, Leïla Ihklef conserve le regard au-dessus de la mêlée.  Ce passé proche dont certains événements sont pour elle un boomerang sur sa vie familiale.  En effet, elle a vécu de près, la terreur au sein de sa famille d’origine, son sang, sa soeur Fadila a été assassinée par des fous intégristes.  Désormais, elle est comme un sacrifice pour nos libertés, nos espérances.  La terreur meurtrière, Leïla Ikhlef sait de quoi elle se forme, elle en a une expérience, comme le peuple algérien l’a.  Victime innocente sur l’autel des intérêts égoïstes de mouvances armées de haine qui agissent sous la bannière pernicieuse d’une religion monothéiste dont le nom pourtant est PAIX.

Alors, elle s’exprime sur ce que reste au fond de son coeur, sa réalisation majeure : Un exemple se distingue parmi d’autres et qui m’a donné une satisfaction sans borne une fois réalisé, c’est celui où, par ma ténacité et ma persévérance, j’ai réussi à sauver quatre jeunes filles d’une même famille des mains de terroristes-islamistes.

Elle précise : J’ai rencontré leur frère qui vit au Canada et qui a sollicité mon aide afin que ses soeurs puissent obtenir le plus rapidement possible leurs documents d’immigration.  Effectivement, ses soeurs vivaient prostrées dans la terreur, ayant été kidnappées par les terroristes-islamistes.  Elles ont réussi, par je ne sais quel miracle, à leur échapper et prendre contact avec leur frère.  Aujourd’hui, elles vivent toutes ici au Canada.

L’avenir des relations entre la majorité et ses communautés d’appartenance est pour Leïla Ikhlef, assez simple : Si je fais abstraction de la conjoncture actuelle, je dirais que je suis confiante que le temps fera bien les choses.  Mais cela ne suffira pas.  Il faut que chacun de nous y mette du sien, afin que toutes les communautés puissent vivre harmonieusement dans cette magnifique terre d’accueil.

YVES ALAVO

JAWAD SKALLI

Jawad Skalli, études primaires et secondaires à Casablanca au Maroc, études de gestion à Montpellier en France et de sciences économiques à Rabat, au Maroc.  Au cœur de la vie économique et culturelle de son pays natal, il donne le meilleur de lui pour comprendre et faire comprendre aux siens que la dignité de la personne ne se monnaye pas.  Autour de lui sévit le système d’exploitation d’un régime monarchique aligné sur les mêmes références que  celles de l’ancienne nation colonisatrice.  Il fait carrière comme gestionnaire d’un groupe d’entreprises privées au Maroc (1973 à 1987) dans le domaine de l’édition et des arts graphiques.

Le cheminement de ce militant des droits de la personne est instructif à plus d’un titre, il en parle avec rigueur et franchise : J’ai été engagé dans l’action sociale et communautaire depuis ma toute première jeunesse. J’ai eu la chance de naître dans une période excitante
et motivante.  Mon enfance était marquée par la lutte de mon pays pour son indépendance et à l’âge de 10 ans, j’ai vécu ce grand élan d’enthousiasme et de mobilisation qui a accompagné l’avènement de cette indépendance.  Cet enthousiasme et cette passion de servir la communauté ne m’ont jamais quitté par la suite en dépit des désillusions et des déceptions d’une liberté et d’une indépendance confisquées par un pouvoir politique à la fois autoritaire, corrompu et incompétent.

Il y a quatorze ans, il est obligé de quitter le Maroc, Jawad Skalli reste fidèle à ses convictions : C’est tout naturellement qu’à mon arrivée au Québec en 1988, j’ai cherché à
m’impliquer dans des actions et dans des causes qui rejoignaient mes options fondamentales: justice sociale, droits et libertés, solidarité internationale et rapprochement interculturel.
Ce n’est jamais, nous le savons, la meilleure manière de devenir riche ou d’accéder, même dans une société qui prétend relayer les messages en faveur des droits humains, à des postes en vue ou simplement d’espérer gagner sa vie normalement.

Combattant pour la justice sociale, Jawad Skalli fait la dure expérience des sacrifices et des luttes contre l’édifice administratif, des embûches techniques et de tous les moyens que notre société a développé pour assurer la stabilité des intérêts économiques dominants et le statu quo d’un gris politico-social ambiant qui profite aux plus favorisés d’entre nous.  Il demeure pourtant philosophe : Au niveau des réalisations, nous vivons dans un monde où les grandes
victoires ne sont que l’accumulation des petites; je n’ai rien réalisé de spectaculaire, mais je pense avoir modestement contribué à faire avancer les causes et les communautés pour lesquelles je me suis engagé.  Ayant été l’un des animateurs principaux du défunt Centre d’études arabes pour le développement (CEAD) pendant une dizaine d’années, j’ai contribué à mieux faire connaître la culture, la civilisation et la réalité politique et socio-
économique du monde arabe au Québec et au Canada, J’ai posé quelques pierres dans la construction de ce pont de compréhension et de solidarité entre le monde arabe et le Québec que constituait cet organisme avant son assassinat.

Jawad Skalli consacre temps et énergie à l’éducation au civisme, à la prise de conscience des droits et devoirs que confère la citoyenneté; une forme urgente de partage avec les générations montantes et toutes les franges de notre société où le confort et l’abondance règnent.  Cette démarche généreuse, il la situe dans la droite ligne de son passé de victime des injustices :

Ancien détenu d’opinion, ancienne victime de torture dans mon pays d’origine, j’ai tenu à mettre mes témoignages et le fruit de ma réflexion sur cette situation au service de ceux et celles qui se battent pour tous les détenus d’opinion et contre toutes les formes de torture: J’ai donné des dizaines d’ateliers pour Amnistie Internationale (un bien modeste retour d’ascenseur à un organisme qui a tant fait pour moi et mes camarades de détention pendant les années de noirceur que nous avons vécues), et livré d’innombrables témoignages pour motiver la masse de jeunes et de moins jeunes qui se dévouent à la lutte pour la liberté.

Jawad, comme il est souvent appelé, est la personnification de la solidarité, un mimétisme de fond, une façon pour lui de faire corps avec une société à laquelle il s’identifie.  Il est entier et nous confie : Ayant été élevé dans une ambiance de lutte pour l’indépendance, j’ai éprouvé une empathie quasi spontanée avec les aspirations du peuple québécois.  Je me suis impliqué également dans ce dossier, une implication non partisane (je n’ai jamais été membre d’un parti politique) qui s’est exercée, entre autres, au sein du Conseil de la souveraineté dont j’ai été un membre du conseil d’administration jusqu’à sa disparition après le dernier échec référendaire.  En première ligne de l’action sociale et communautaire, Jawad Skalli est bénévole au profit de plusieurs initiatives, notamment : porte-parole d’Amnistie internationale dans la campagne pour l’élimination de la torture, membre du conseil d’administration des organismes,  Parole Arabe, organisme de représentation des communautés arabes à Montréal, le Regroupement des organismes du Montréal ethnique pour le logement (ROMEL) et Baobab Familial, un organisme d’aide aux familles défavorisées.

L’avenir, il le voit avec optimisme : Le monde à venir sera nécessairement un monde
qui aura appris à tirer fierté et richesse de sa diversité.  La  future définition du sous-développement sera l’homogénéité et celle du progrès sera la diversité.  J’ai suffisamment confiance en l’intelligence humaine pour croire que cette diversité sera de mieux en mieux vécue et que les épreuves telles que celles qui nous sont imposées par les récents événements de New York et Washington, si elles nous font traverser des moments de questionnements et de méfiance qui sont difficiles, s’éclipseront devant le sentiment grandissant de notre
appartenance conjointe à la même communauté en construction, au même projet d’avenir.

YVES ALAVO

JEAN KARAM

Depuis un quart de siècle, le professeur du Département des sciences sociales du Collège Ahuntsic, qui en a été le chef jusqu’en 2000, un véritable pionnier qui est arrivé au Québec il y a trente deus ans venant de Beyrouth (Liban), a placé son action sous le signe de la participation et du changement.  Jean Karam est un athlète, un coureur de fond dans le secteur de l’enseignement, il n’a cessé de prendre des initiatives en faveur des jeunes, au profit de toute notre société : Pour moi la citoyenneté est importante.  La citoyenneté dans le sens du rôle d’un être humain dans une société, peu importe la coloration ou la connotation qu’on veut lui donner.  Toute mon action au Collège a été motivée par cette préoccupation de la citoyenneté participante.  J’ai voulu informer le milieu sur ce qui se passe dans le monde.  Aider la communauté collégiale à s’ouvrir sur le monde.  Quand je suis arrivé en 1969, ce n’était pas évident.  Le Québec était plutôt fermé.  Je l’ai accepté comme tel et j’ai voulu pallier à ce manque que j’ai constaté. J’appelle ça un élément d’intégration, accepter une société et vouloir la changer.  Agir pour contribuer à ce changement, agir pour que le Québec s’ouvre sur l’extérieur.

Titulaire d’une maîtrise d’enseignement, maîtrise ès-Arts en islamologie obtenue avec mention Très bien de l’Université McGill de Montréal (1971), Jean Karam qui avait déjà un diplôme en littérature arabe de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, a déployé son avidité de savoir et ouvert son champ de compétence en décrochant une maîtrise ès-Sciences en sciences politiques en 1973 de l’Université de Montréal, complété sa scolarité en doctorat, toujours en sciences politiques à l’Université de Montréal en 1975 et par la suite il a fait des études en droit à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Montréal.  Ce pédagogue exceptionnel a toujours consacré l’essentiel de ses énergie à la formation, à l’enseignement des langues, il a enseigné la langue arabe de 1970 à 1986 à l’Institute of Islamic Studies et au Continuing Education de l’Université McGill.

Jean Karam est un professeur, un organisateur, un homme d’équipe qui participe, qui a développé un mode de contribution au perfectionnement de l’institution, dans ce cas le Collège Ahuntsic, dans laquelle il travaille.  Il  est actif dans le monde de la recherche et de l’éducation, mais souvent auprès d’organismes qui ont une vocation internationale : Membre du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), du bureau de direction de la Société canadienne de sciences politiques, du bureau de la section de Montréal de l’Institut canadien des affaires internationales.  Il a participé à la préparation de nombreux dossiers bibliographiques, études pour plusieurs institutions politiques canadiennes et québécoises, membre du Comité exécutif du Centre québécois des relations internationales et il a organisé pour les étudiants de nombreux voyages à New York (ONU, OEA), Bruxelles (CEE, OTAN), Paris (Francophonie, UNESCO), Washington (politique étrangère américaine).

Donnons la parole à Jean Karam, car pouvoir cerner l’action de ce castor de l’intelligence et de cet enseignant qui mise sur l’ouverture d’esprit pour les étudiants demanderait un espace considérable, tellement il a obtenu de résultats dans ce domaine avec une vision aussi novatrice.  Sur la signification de son action, il dit : Essentiellement j’ai été chef de département pendant 26 ans et je m’étais fixé de faire cohabiter cinq disciplines en harmonie, de veiller à ce que tout ce beau monde s’entendent entre eux malgré leurs horizons disciplinaires différents.  Également, je suis très fier d’avoir amené des étudiants à s’intéresser à la politique.  Parce que des jeunes ont suivi mes cours, ils se sont dirigés vers des études en politique ou encore ils se sont engagés dans l’action politique d’une façon ou d’une autre.

Comme enseignant, je crois que si l’on se donne la peine d’encadrer nos étudiants, on a une influence majeure sur eux.  Donc mon action la plus significative demeure celle que j’ai accomplie dans mon milieu.  Je peux aussi vous parler de « mon bébé » Le Forum étudiant qui est une simulation des travaux parlementaires à l’Assemblée Nationale du Québec.  C’est le 10e anniversaire cette année du Forum qui permet aux étudiants de niveau collégial de véritablement vivre la démocratie et ses limites.

Au cœur des enjeux de notre société, au milieu des jeunes qui sont, il le voit chaque année, ceux qui prennent le relais comme chefs de file de toutes les institutions, des mouvements sociaux, Jean Karam est en mouvement mais toujours passionné par l’expression de la démocratie. C’est appartenir à une culture du changement qu’être dans le monde de l’éducation, en première ligne avec la frange mouvante de la société que sont les jeunes de 17 à 23 ans et souvent aussi les jeunes  adultes ou les adultes qui fréquentent le cégep.

Jean Karam est précis sur l’avenir des relations intercommunautaires : Ce sont des relations très fragiles.  Un rien peut les remettre en cause.  Ça m’inquiète.  Il y a du ghettoisme qui se fait à Montréal.  Là-dessus je suis plutôt pessimiste.  Je n’ai pas la recette pour amener les immigrants à apprécier ce qu’il y a ici.  Ni pour amener les Québécois à reconnaître l’apport des autres cultures.  Ce n’est pas un sens unique.  C’est cet équilibre-là qui est difficile.  Au Québec on n’a pas trouvé la façon d’attirer les immigrants et de faire valoir ce qu’on a, la démocratie que l’on a.  Une démocratie avec ses limites, bien sûr, mais une démocratie qui a besoin de la participation de tous ses citoyens.  La tolérance légendaire des Québécois envers la diversité culturelle, ça ne peut pas être basé seulement sur le principe des deux solitudes et d’en ajouter une troisième, la solitude immigrante. Cette réponse qu’un Américain fait à un Canadien qui lui demande pourquoi il l’ignore : I don’t know and I dont care, n’est plus acceptable.  C’est un devoir citoyen de s’informer, c’est un devoir citoyen de se préoccuper de la réalité de l’autre.

YVES ALAVO

KHEIRA CHAKOR

Spécialiste de la biochimie, de la toxicologie et de la nutrition, Kheira Chakor a une formation académique remarquable : une maîtrise en sciences de la nutrition il y a 25 ans, dans le système universitaire français c’est un diplôme d’études approfondies (DEA) qu’elle a obtenu à l’Université Pierre et Marie Curie de Paris, trois ans plus tard un doctorat de troisième cycle, toujours en nutrition et dans la même université et enfin, un Doctorat d’État ès Sciences en Biochimie-Toxicologie à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, il y a dix ans, diplôme qui en Amérique du Nord est un Ph.D.

Kheira Chakor a enseigné  la biochimie des macromolécules à titre de Maître de conférence invitée à l’École supérieure de biotechnologie de Strasbourg, lieu de rencontre d’étudiants issus des différents pays d’Europe.  Ses sujets de recherche tant à Paris qu’à Strasbourg : le métabolisme cellulaire et moléculaire des mycotoxines, des toxines secrétées par des moisissures ou des champignons microcospiques qui se développent sur les arachides, les céréales.  Le sujet de recherche de son stage post-doctoral à l’Université du Québec à Montréal portait sur les agents anticancéreux et la multirésistance cellulaire.

Ce qui caractérise cette scientifique ce sont principalement  les intérêts multiples qu’elle a pour les arts, la culture, une curiosité sans cesse renouvelée qui fait qu’elle est en mesure de s’exprimer sur l’actualité, de développer des points de vue solides et documentés sur la dynamique sociale, les relations internationales.  Elle aime lire et découvrir, loin des éprouvettes du laboratoire et des équations ou des formules chimiques, l’histoire, la vie des peuples, la poésie, le théâtre, le cinéma.  Elle réalise que sa motivation la plus significative ma curiosité scientifique et culturelle… mon souci constant a toujours été, encore plus aujourd’hui, la promotion de la science dans ses multiples applications biotechnologiques (agroalimentaire, santé, pharmaceutique, environnement).  Les innovations et les prouesses de la science envahissent de plus en plus notre vie quotidienne.

Vulgariser et rendre le savoir accessible c’est l’obsession de cette enseignante amoureuse de la vie qui a un sens aigu de la solidarité.  Il y a dix, en arrivant à Montréal j’ai découvert et pratiqué le bénévolat au Centre d’Études Arabes et du Développement (CEAD) où j’ai été membre du conseil d’administration et pris part à l’organisation du festival de films Images du monde arabe.  Par la suite, j’ai aussi donné des conférences et tenu des stands d’information en nutrition et santé, pour le bénéfice de centres communautaires.  Je constate un véritable engouement pour de telles activités, preuve de la maturité et du degré de conscience de la population vis-à-vis de la prévention et de la promotion de la santé.  C’est à travers mes activités professionnelles que j’ai pu donner un sens à mon engagement social. Une autre application qui permet la vulgarisation du savoir, grâce aux articles que je rédige et aux conseils que je diffuse sur le site internet de mokasofa.com, je partage avec plus de personnes mes connaissances en nutrition.

Kheira Chakor est d’abord une scientifique, une universitaire avec tout ce que cela comporte, de nombreuses publications d’articles et de communications scientifiques, des charges de cours, des interventions à titre de conférencière, des articles dans des revues spécialisées et des liens avec les médias (radio, presse écrite); elle donne de la formation comme consultante auprès de coopérants.  En somme, tant de compétence et d’expérience qu’elle est prête à mettre au service de notre société.

Mais, dans un contexte d’exclusion réelle sur le marché du travail où les analyses des composantes mettent en relief la bipolarisation des conditions : d’une part les professionnels et diplômés universitaires membres de la majorité chez qui le taux de chômage frôlent les 10% et d’autres part les professionnels ayant les mêmes diplômes universitaires mais qui sont membres des communautés ethnoculturelles, leur taux de chômage est souvent plus proche des 50%.

Bien que dans son domaine Kheira Chakor soit une des spécialistes les plus qualifiées, après dix ans de vie au Québec, avec la maîtrise de trois langues en plus, elle fait l’expérience pénible de la permanence du provisoire.  Quand se mesure au particulier les effets dévastateurs de la discrimination, c’est collectivement que nous sommes interpellés afin que des injustices aussi flagrantes ne soient plus tolérées et que notre société puisse s’épanouir et bénéficier  de l’apport qualitatif exceptionnel, dans de nombreux secteurs d’activité, de personnes qui comme Kheira Chakor sont arrivées au Québec avec le précieux bagage d’une formation supérieure complète.

Dépassant la dure réalité de la lutte du quotidien, un peu à l’image de Sisyphe, Kheira Chakor parle de son attitude : La détermination et l’engagement sont nécessaires pour lutter et conquérir le droit à l’identité citoyenne… C’est en libérant son esprit qu’on sera le plus apte, le plus réceptif à faire sienne les valeurs qui semblent correspondre le plus à nos attentes…On doit savoir valoriser sa culture, partager ses connaissances et son savoir-faire, libérer sa créativité, accepter de changer ses comportements et ses habitudes pour mieux participer à la vie sociale.  Le principe de vie qui me guide est celui de la connaissance et du respect de l’autre, c’est dans cet esprit que s’inscrit la promotion de la science, éduquer afin que le savoir et la connaissance soient élevés au rang de valeurs.

Yves ALAVO

LILY TASSO

Lily Tasso est une témoin de notre temps, mais surtout une pionnière au véritable sens du terme.  Première souvent dans ses étapes de vie les plus significatives.  Issue d’une famille d’origine libanaise, c’est au Caire qu’elle est née. Brillantes études, avec ses parents, elle fait des séjours en Inde et dans plusieurs pays d’Europe et enfin, en 1954, le Canada, le Québec, l’établissement à Montréal. Jeune intellectuelle formée aux meilleures écoles, pétrie de culture profonde héritée de traditions plusieurs fois millénaires, Lily Tasso, avec sa curiosité remarquable, son intérêt profond pour l’âme humaine, son regard intelligent et interrogateur, ses méfiances légendaires et critiques en matière d’éthique ainsi que son sens inné de la rigueur, est née pour être journaliste.

Au début des années soixante, deux ans au Nouveau Journal et tout de suite dès 1963 elle est engagée au quotidien La Presse.  Fidèle dans sa pensée comme dans son action aux valeurs du respect, de la liberté, de la dignité, de la responsabilité et de l’égalité, Lily Tasso déploie à la Presse ses talents et réalise une œuvre hors-pair au cours de plus de trente années de reportages et de productions journalistiques.  Toutes les situations, presque tous les sujets Lily Tasso  les aborde et les traite sous un angle où les dimensions sociales et les aspects les plus humains sont valorisés.

Les milliers d’articles écrits par Lily Tasso pourraient faire l’objet d’une étude ou servir de sujet de thèse.  Elle a couvert l’actualité, dépassée l’immédiateté pour constamment mettre en relief et présenter une idée maîtresse : l’avancement de la situation des femmes et les droits des minorités.  Deux pôles essentiels à la compréhension de l’œuvre journalistique de Lily Tasso.  Elle a donc, dans cette même perspective, été la première à créer des rubriques et à donner la parole aux marginalisés, aux exclus, aux handicapés.

Première.  Lily Tasso a donné au journal La Presse une ouverture sur le réel total  au noyau de la diversité de la ville de Montréal, première à valoriser le visage cosmopolite de la métropole.  Première journaliste d’ici à tisser la fibre de l’interculturel, tissage et métissage, Lily Tasso l’a conjugué en rédigeant des pages hebdomadaires, en créant le premier calendrier interculturel illustré par des articles informatifs et des textes d’interviews sur presque toutes les communautés ethnoculturelles de Montréal.  Présente dans le quotidien de la rue Saint-Jacques, de manière moderne et dense : photos en couleurs, informations essentielles sur les pays d’origine et, par dessus tout, Lily Tasso a innové en donnant la parole aux personnalités les plus représentatives des principales communautés, comme à celles qui créent des ponts, et à celles qui font des liens entre les composantes humaines de notre ville.  À la fin des années 80 et au début des années 90, elle a systématisé cette approche au point de servir de modèle, même aux confrères anglophones, pourtant déjà largement accueillants, dans leurs médias, aux citoyennes et aux citoyens originaires d’ailleurs qui contribuent à la construction de notre société.

Secrétaire générale, puis présidente de l’Association internationale de la presse féminine et familiale (AIJPF), Lily Tasso est membre du Conseil de la langue française et du jury du prix de journalisme René Lévesque.  Elle a eu l’occasion de recevoir quelques distinctions, toutes méritées : Prix Judith Jasmin en 1982, mention dans la section des communications pour le Prix du rapprochement interculturel en 1991, Ordre des francophones d’Amérique en 1992 et Femme de mérite de la Fondation du YWCA de Montréal en 1997.

Quand on la questionne sur sa motivation, Lily Tasso est directe : Ignoti nulla cupido.  Cet aphorisme d’Ovide (on ne désire pas ce qu’on ne connaît pas), a souvent été ma devise tout au long de ma carrière.  Il a orienté mon action et mes choix dans mes engagements professionnels.  Faire connaître et aimer les “ autres ”, les inconnus, femmes et hommes de tout âge, d’ici ou venus d’ailleurs.

Regard franc et objectif sur son œuvre, Lily Tasso explique : Pour donner une voix à ceux et à celles qui n’en avaient pas, j’ai essayé de les écouter et de leur donner la parole dans mes reportages.  Je pense que mes articles publiés au cours de 1981, année internationale des personnes handicapées, ont eu beaucoup d’écho.  Par ailleurs, durant mes quelque dix dernières années à La Presse, de 1983 à 1992, je me suis penchée de manière très particulière sur l’intégration des communautés ethnoculturelles.

Comment voit-elle l’avenir des relations entre la majorité et les différentes communautés d’appartenance ?  Lily Tasso propose, comme elle l’a toujours fait, pas de critique stérile, ce n’est pas son style, elle déclare : Il faut inlassablement poursuivre la lutte contre les préjugés et encore davantage, à cause des événements tout récents qui engendrent la méfiance.  Initiatives originales, projets de toutes sortes émanant de nombreux organismes et soutenus par les autorités, pédagogie des médias, et surtout pédagogie innovatrice, persuasive et entraînante dans tous nos établissements d’enseignement.  Dans le but de viser à amener dans notre société un pluralisme profond et non de surface.

YVES ALAVO

MARZOUK BENALI

Parler de génie, quand il s’agit de Marzouk Benali, qui est titulaire d’un Doctorat en génie des procédés industriels, de l’Université de Technologie de Compiègne en France, qui cumule 16 années d’expérience comme chercheur aussi bien en milieu universitaire (enseignant et mentor) qu’en milieu industriel (recherche-développement, démonstration et déploiement), c’est un euphémisme.  Cet ingénieur en génie chimique, au départ, a gravi, à force de travail, d’études et de concours, toutes les marches vers le sommet dans son domaine en y ajoutant des spécialisations administratives (gestion de projets, planification et contrôle de projets).

Chemin réussi avec brio, un brio rare qui situe le surdoué qu’il est dans une classe à part.  En effet, la feuille de route de Marzouk Benali est impressionnante : Professeur associé au Département de génie chimique de l’École Polytechnique de Montréal et chercheur scientifique principal du Ministère des Ressources naturelles du Canada au CANMET/ Laboratoire de recherche en diversification énergétique.  L’enseignement, la recherche, les liens constants avec les milieux industriels.  Marzouk Benali est un créateur précieux dans cette science des technologies avancées (en matière énergétique dont des applications à l’agroalimentaire, le séchage appliqué au secteur pharmaceutique), sciences qui ont un impact dynamique sur l’environnement.

Ses inventions existent, elles sont matérialisées par des brevets aux États-Unis et au Canada à titre d’inventeur principal ou de coïnventeur (2 brevets et 4 demandes de brevets en cours d’évaluation).   Cinq secteurs de déploiement sont ses favoris et constituent les terrains fertiles de son expérience en recherche et développement : les technologies avancées de séchage, l’hydrodynamique et le transfert de chaleur et de matière dans les systèmes dispersés, l’ingénierie des procédés, l’ingénierie des biomatériaux et agri-environnement et la combustion industrielle.

Auteur de renommée internationale, il a écrit des dizaines d’articles spécialisés, rapports techniques et académiques de haut niveau et des contributions significatives publiés dans des revues sur les cinq continents dont la plupart ont des comités de lecture.  Conférencier ou consultant invité au Brésil, en Corée, aux États-Unis, en France, à Hong Kong, au Mexique.  Il est aussi demandé comme examinateur externe pour les thèses de doctorats, les mémoires de maîtrise de l’École Polytechnique de Montréal et de l’Université McGill.  Assez souvent, Marzouk Benali est invité à titre d’évaluateur pour des revues, dont plusieurs de calibre international, ainsi que pour des programmes subventionnaires (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche, Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada).

Au moment où nos responsables politiques ménagent les intérêts des multinationales aux dépens de l’avenir de notre espèce, Marzouk Benali nous situe la motivation du chercheur et du scientifique : Ma principale motivation sur un plan professionnel est d’être un acteur proactif qui me permettrait de participer à contrer le déséquilibre entre l’activité humaine et la capacité de régénération de la Terre.  Comme ingénieur et chercheur scientifique, j’ai non seulement le pouvoir, mais aussi le devoir de développer des technologies qui répondent aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.  C’est cette démarche qui m’anime et continuera de m’animer.

Les réalisations qui donnent un sens à son engagement et à sa détermination, Marzouk Benali en parle de manière claire : Mes principales réalisations professionnelles sont d’abord d’aider la petite et moyenne entreprise québécoise à intégrer la culture de recherche et développement afin d’améliorer continuellement la qualité de ses produits et d’en développer des nouveaux.  Ensuite de développer et mettre sur le marché canadien de nouveaux procédés industriels de chauffage/ventilation, de transformation de résidus alimentaires et agro-alimentaires dont l’efficacité énergétique est accrue ainsi que des technologies de traitement des rejets liquides contaminés par des substances toxiques ; ce qui a pour conséquence de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre et à protéger l’environnement pour les générations de demain.

Les réalisations communautaires de Marzouk Benali ouvrent un espace d’équilibre pour cet être intelligent et d’une sensibilité riche, plein de compassion qui comprend les dynamiques à l’œuvre dans nos vies : Sensibiliser la majorité qu’est la société d’accueil sur la diversité culturelle de mon pays d’origine qu’est l’Algérie.  Sensibiliser et faire comprendre à la majorité l’histoire de la langue amazighe (berbère), première langue qui a été parlée et écrite en Afrique du Nord depuis au moins 3000 ans.  Sensibiliser, en partenariat direct avec les écoles, la division de la protection de la jeunesse et la Ville de Montréal, les jeunes de ma communauté d’appartenance sur leurs devoirs et leurs droits afin de faciliter leur intégration dans les écoles québécoises.

L’avenir des relations entre les différentes communautés d’appartenance et la majorité, Marzouk Benali en parle avec la rigueur du scientifique, mais aussi avec le jugement de l’homme de culture qu’il est : Ma communauté d’appartenance devra renforcer le partage des valeurs de la majorité qu’est la société d’accueil et sa participation proactive au sein de cette dernière afin qu’elle puisse être entièrement citoyenne au sein de cette majorité et non pas citoyenne entièrement à part de cette majorité.

YVES ALAVO

MARIE-THÉRÈSE CHICHA

Marie-Thérèse Chicha est professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et spécialiste en équité salariale, équité en emploi et gestion de la diversité.  Elle a un doctorat en Sciences économiques de l’Université McGill, elle est membre du Centre interuniversitaire Immigrations et Métropole, du Centre d’études ethniques de l’Université de Montréal et du Conseil des Relations interculturelles et de l’Immigration du Québec. Chercheure invitée au Centre d’études de l’emploi (CNRS) et membre du Groupe d’études sur les discriminations (GT Rapport au droit et discriminations), elle a séjourné à Paris, de janvier à juillet 2000.

Au moment où se lèvent dans de nombreuses institutions des spécialistes spontanés dans le domaine, Marie-Thérèse Chicha travaille sur la problématique de l’équité en emploi et de la gestion de la diversité depuis une vingtaine d’année. Ses motivations prennent racine au plus profond des valeurs que ses parents lui ont insufflé, elle est trop discrète pour en parler, et s’explique : Les motivations de mes choix dans le domaine professionnel sont d’abord la difficulté d’accepter la souffrance et l’oppression qui naissent de l’inégalité. En tant qu’économiste, je m’intéresse aux inégalités sur le marché du travail.  Une partie majeure de la vie de chaque être humain est absorbée par le travail.  À travers celui-ci chacun devrait donc pouvoir développer son potentiel,  se sentir valorisé et  recevoir un revenu décent.  Or plusieurs groupes – les femmes, les minorités ethniques et raciales, les personnes handicapées, les bénéficiaires d’aide sociale – sont dans une situation où un tel objectif est difficile à atteindre.

Marie-Thérèse Chicha est parvenue, au fil de ses travaux de recherche et de ses interventions sur le terrain, à se tailler une niche particulière, comme économiste et personne sensible aux inégalités sociales, militante pragmatique des droits des minorités, intellectuelle brillante porteuse d’une vision qui valorise les dimensions sociales dans la compréhension et l’analyse des processus économiques.  En matière de recherches dans ce domaine,  elle a notamment dirigé en 1998 une enquête en profondeur sur les programmes d’accès à l’égalité au Québec. Ses travaux et publications portent également sur la  situation des jeunes appartenant aux minorités visibles sur le marché du travail et sur la formation en entreprise comme moyen de parvenir à l’équité en emploi, mais encore sur l’impact des transformations économiques sur les programmes d’équité en emploi pour les femmes et les membres des minorités visibles.

Dans The Gazette du 26 octobre 2001, était publiée une étude récente sur les réalités du marché de l’emploi dans la région métropolitaine de Montréal.  Cette étude met en relief  l’indécente condition que doivent subir les diplômés universitaires Noirs, à formation égale ou supérieure, ils vivent un taux de chômage de près de 30% contre moins de 10% pour leurs compatriotes Blancs.  Où est l’égalité ? titre le quotidien anglophone.  Marie-Thérèse Chicha : Mes recherches visent à mieux comprendre ces situations et à élaborer des mesures permettant de les améliorer.  En même temps, ce qui me motive à poursuivre c’est le défi intellectuel que cela pose.  Les théories économiques dominantes appréhendent très mal les phénomènes d’inégalité et de discrimination et il est nécessaire d’élaborer de nouvelles approches conceptuelles pour les analyser avec rigueur.  La possibilité de concilier ainsi curiosité intellectuelle et recherche de la justice est pour moi une source importante de motivation et de persévérance.

C’est un septennat de développement et de reconnaissance progressive de sa notoriété que Marie-Thérèse Chicha vit depuis 1995.  Au cours de cette année, Madame Chicha a présidé le comité d’experts qui a dirigé les consultations auprès des partenaires socio-économiques et préparé l’analyse et les recommandations qui ont conduit à l’adoption de la Loi sur l’équité salariale du Québec. Elle a été également directrice de la recherche au Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme. Elle a agi comme  témoin-expert auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec ainsi que du Comité permanent de la Chambre des Communes  sur les droits de la personne. En tant que spécialiste de l’équité salariale,  elle a été invitée comme conférencière en France (Ministère de l’emploi et de la solidarité ; Délégation aux droits des femmes de la Ville de Rennes ) au Portugal (Conseil du statut de la femme), aux États-Unis (Governor’s Commission on Women de l’État du Vermont), au Danemark (Ministère du travail).

Sur les réalisations qui donnent un sens à son engagement et à sa détermination, Marie-Thérèse Chicha va plus en profondeur : Les réalisations les plus significatives, celles qui me donnent le plus de satisfaction, sont intangibles.  C’est la découverte par certains étudiants des phénomènes d’inégalité sur le marché du travail grâce aux travaux qu’ils font dans le cadre de mes cours ou d’un mémoire que je dirige, et la passion que cela fait naître chez certains d’entre eux pour ces questions.  Également, le fait que par mes écrits je puisse sensibiliser certains lecteurs ou intervenants à la situation difficile que vivent certains groupes sur le marché du travail et les amener à ajuster (même un tout petit peu) leurs interventions en conséquence. Auteure de nombreux articles dans diverses revues et livres, elle a à son actif quelques livres, notamment : Discrimination systémique. Fondements et méthodologie des programmes d’accès à l’égalité en emploi (Éditions Yvon Blais 1989) ; L’équité salariale: mise en oeuvre et enjeux (Éditions Yvon Blais 1997) ; Le système de comptes du travail total de Statistique Canada (avec Dr L.O.Stone, 1997).

Prête pour de nouveaux défis, Marie-Thérèse Chicha conjugue la vie quotidienne en parfaite symbiose avec ce qui fait la spécificité québécoise, mais son héritage lui donne un avantage considérable, elle en est consciente en toute modestie.  L’avenir des relations entre la majorité ou la société en général et ses communautés d’appartenance, elle le voit ainsi : Ma communauté d’appartenance est québécoise.  En ce qui me concerne cela traduit donc le fait qu’il n’y a pas de frontières entre ma communauté d’origine et celle où je vis aujourd’hui. Il est difficile de se prononcer sur l’ensemble de la communauté.  On peut constater que de plus en plus de membres de la communauté libanaise contribuent de façon dynamique et souvent novatrice au développement culturel, social ou économique du Québec.  Ils auront très probablement un effet d’entraînement sur les autres en leur servant de modèles, en leur montrant qu’ils peuvent réussir à part entière.  Le problème c’est que souvent ces personnes se fondent dans la majorité, sont très discrètes et par conséquent la jonction avec leur communauté d’origine n’est pas évidente.

YVES ALAVO

NABIL G. SEIDAH

Le Dr. Nabil Georges Seidah, qui obtenait il y a trente-deux ans son baccalauréat en sciences, spécialisation en Chimie à l’Université du Caire en Égypte, son pays natal, est aujourd’hui détenteur d’un doctorat en chimie physique (1973) de l’Université Georgetown de Washington D.C., et directeur du laboratoire de biochimie endocrinienne de l’Institut de Recherches Cliniques de Montréal (IRCM).  Nabil Georges Seidah s’est joint au département de chimie de l’Université de Montréal en 1974, avant de venir en 1975 à l’IRCM pour appliquer ses connaissances fondamentales de chimie et de mathématiques avancées à la biologie. Il y a travaillé en étroite collaboration avec le Dr. Michel Chrétien dans le Groupe de recherche sur la biosynthèse des hormones et des neuropeptides.

Chercheur de réputation mondiale, scientifique de haut niveau parmi les plus brillants sur le continent nord américain, concepteur et auteur le plus souvent cité depuis le début des années 80 (il a 469  publications à son actif jusqu’en octobre 2001), il a remporté, choisi par ses pairs, le Prix Léo-Parizeau de l’ACFAS au cours de l’automne 2001.  Il est le co-découvreur de la bêta-endorphine humaine en 1976 et il a concentré ses travaux sur la biosynthèse de cette importante molécule, démontrant en particulier les sites exacts de clivage de son précurseur, la pro-opio-mélano-cortine (POMC).  Pour cette partie de sa jeune carrière, il a reçu le prix du Clarke Institute of Psychiatry de Toronto en 1977.  En 1991, il a été élu membre de la Société Royale du Canada et, en 1994, il se voyait octroyer le Prix de Distinction de la Fondation Manning de Calgary.  De plus, en 1997 il devenait Officier de l’Ordre du Québec, Membre de l’Ordre du Canada en 1999, et était désigné, conjointement avec le Dr. Michel Chrétien, comme récipiendaire de 1999 de la Médaille d’honneur de la Fondation de recherche en santé de la Rx&D, aussi connue sous le nom Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada.  Il a reçu la bourse de Scientifique émérite du CRM en 1995.

Nabil Seidah a été le premier à développer, en collaboration avec le Dr. Margaret Dayhoff, (vers 1976) des programmes d’ordinateur pour identifier des protéines à partir de séquences partielles en acides aminés.  Nabil Seidah est l’un des scientifiques les plus complets, un vrai phénomène du génie scientifique de sa génération.  Formé d’abord en mathématique pure, il est passé à la chimie physique puis à la chimie des protéines et plus récemment à la biologie moléculaire de haut voltige.  Au cours de sa fulgurante carrière, il a apporté de nombreuses contributions, dont la découverte de nouvelles protéines hypophysaires, notamment une protéine homéo-box ; mais la plus importante découverte fut celle des convertases des prohormones et des proneuropeptides.

Il a consacré plus de deux décennies de sa vie à comprendre et à décortiquer le mécanisme de fabrication des hormones.  Il a découvert, au bout de cette longue marche d’abnégation et de détermination, le secret qui ouvre désormais à toute l’humanité, la voie royale d’une approche thérapeutique totalement révolutionnaire : un seul ciseau (un enzyme) permet de découper un millier d’hormones, il existerait donc mille fois moins d’enzymes ciseaux que d’hormones.

Durant quatre ans, de manière concrète, le professeur Seidah se rend à l’abattoir de Sainte-Hyacinthe.  Au bout de 20 000 têtes de porcs dont l’hypophyse est extraite, gelée afin d’en isoler l’enzyme, il réalise que cette quantité est trop faible pour être purifiée, un exemple vécu qui montre où l’engagement constant et l’éthique de la profession peuvent conduire.

Parlant de sa motivation, Nabil Seidah précise : Je suis d’abord un scientifique intéressé au mécanisme de la vie.  Ma motivation est de comprendre comment une cellule fonctionne et communique avec ses voisins.  Mon engagement scientifique est principalement dirigé vers des objectifs scientifiques.  J’espère que cela aboutira au développement de nouvelles thérapies qui permettront de contrôler et de combattre certaines pathologies qui affligent notre société et l’humanité en général.

C’est alors que le Dr. Seidah a décidé de prendre une année sabbatique (1987-1988) à l’Institut Pasteur de Paris, où il a appris toutes les plus nouvelles techniques de biologie moléculaire, notamment la technique du clonage des enzymes.  À peine 12 mois après son retour, le Dr. Seidah a réussi à percer l’énigme des convertases qui durait depuis plus de 20 ans.  Cette découverte a été reçue avec beaucoup d’enthousiasme par les milieux scientifiques et la revue américaine Science en a discuté dans ses pages éditoriales du 10 mai 1991.  Une des phrases importantes de cet article était: Biologists will be greatly aided in their quest to understand brain function and the developmental pathways that the embryo follows — two of life’s most fundamental mysteries… One of them might play a role in the maturation of viruses, including those that cause AIDS and influenza, and might therefore be a target for antiviral drugs.

Les convertases constituent une nouvelle famille d’enzymes endoprotéolytiques qui clivent de grosses protéines inertes en substances biologiquement actives.  Des six convertases identifiées depuis 1989, quatre ont été découvertes par Nabil Seidah.  Or, elles sont non seulement actives dans le clivage des prohormones et des proneuropeptides, mais aussi dans l’activation de toutes les neurotropines connues (NGF, BDNF, NT3, NT4), de plusieurs facteurs de croissance comme les PDGFs, l’EGF etc., et enfin du Gp160, la protéine d’enveloppe du VIH dont le clivage est essentiel pour rendre le virus infectieux.  Sa plus récente prouesse scientifique est la preuve définitive que les convertases de Nabil Seidah sont impliquées dans la maladie d’Alzheimer.  Les convertases sont devenues l’un des grands sujets d’actualité de la recherche, Nabil G. Seidah a été président du comité organisateur du 1st International Symposium on Proteases, qui a eu lieu en juin 2000 au Château Montebello, au Québec.  Les convertases attirent l’attention en raison de leur importance en biologie du développement, en neurosciences et fort probablement en cancer, en athérosclérose, dans le SIDA et la maladie dégénérative du cerveau.  Leur découverte permet la mise au point de nouveaux protocoles thérapeutiques pour combattre ces maladies terribles.

À propos de l’avenir, le scientifique déclare : L’échange d’information et sa vulgarisation permettrait au grand public de mieux comprendre et d’apprécier l’impact de la science sur sa vie et sur son bien-être.  Les progrès scientifiques sont un long processus qui, après plusieurs années d’efforts et de déception, mènent au but principal qui est d’améliorer
notre qualité de vie et celle des espèces qui nous entourent.

YVES ALAVO

NADINE LTAIF

C’est dans ce regard, celui qu’elle porte avec feu et tendresse qu’il est possible de trouver la question perpétuelle de la poétesse, maîtresse de la parole et chirurgienne du silence. Nadine Ltaif écrit dans Élégies du Levant (Noroît, 1995) Végétation luxuriante/ je suis et j’ai toujours été/ étrangère/  dans ce pays/ et ailleurs.  Nulle part est mon origine/ je l’ai cherché dans les mythes.  Je ne trouverai pas d’écho/ et personne ne m’offrira de miroir/ sauf ma mère/ d’où je dérive.

La brillante étudiante qui obtint une maîtrise ès Arts en études françaises de l’Université de Montréal à 25 ans a quatre œuvres de poésie  qui jalonnent les quatorze dernières années : Les métamorphoses d’Ishtar, Guernica, Montréal, 1987, 70p.  Entre les fleuves, Guernica, Montréal, 1991, 51p (finaliste pour le prix Nelligan 1991).  Le livre des dunes, Le Noroît, 1999, 75p.  Nadine Ltaif s’exprime depuis treize années dans l’univers de l’enseignement du français, elle traduit aussi des textes d’auteurs de l’arabe vers le français, fait de la recherche et possède à son palmarès la réalisation d’un vidéo pour l’ONF  “ L’égalité entre les hommes et les femmes est-elle acquise? ” un document de 37 minutes.  Elle démocratise cette forme d’expression parfois secrète et souvent mystérieuse, qu’est la poésie, pour le plus grand nombre.  Tables rondes, colloques, participations à des lectures publiques, mais aussi des entrevues à la radio et surtout, comme une vocation active de vulgarisation, de mise en rythmes et d’interprétation plurielle, des poèmes, des articles, des nouvelles qui permettent de mettre la littérature à la portée des autres.

Nadine Ltaif, qui siège sur des jury du Conseil des arts du Canada; situe l’acte d’écrire Je peux dire que pour moi l’écriture est un acte singulier qui n’est pas représentatif d’une communauté. La poétesse va plus loin, malgré sa sobriété légendaire, elle a le don suprême d’être précise dans le choix des mots car elle manie le Verbe avec la dextérité et l’incomparable économie que de rares virtuoses possèdent.  En effet, lu dans Le livre des dunes six vers éloquents au point d’avoir l’écho du non dit : Cruel le silence des séparations/ car il n’y a pas de mots/ pour exprimer les silences.  Elles allaient, ivres de leur présence/ aveuglées de lumière, funambules/ au-dessus de l’impossible.

Il y a un contrat de vie dont la teneur est profonde : Nous aspirons par contre à une meilleure compréhension des autres.  C’est une fenêtre ouverte entre soi et le monde.  Partager un espace, c’est aussi partager l’identité des autres cultures. Elle s’explique : Au Liban j’étais aussi chrétienne que musulmane, car mes meilleures copines l’étaient.  Ici j’ai pu connaître la culture asiatique, la religion bouddhiste, la religion hindou et les cultures amérindiennes.  Je partage ma vie avec un Québécois et pour mon fils je souhaite qu’il comprenne les notions de partage et d’ouverture.

Tout est langage dit l’auteure dans Élégies du Levant.  Seule la générosité dans toute son ampleur ouvre des espaces non explorés dans l’univers intime et  sur la courbe d’espérance du vécu de notre collectivité.

Nadine Ltaif aspire à : Quand je pourrai écrire un chant/ une voix seule/ telle l’unique/ l’éternelle voix d’alto/ dans la Passion selon saint Mathieu/ s’élèvera/ s’ouvrira un passage/ dans la souffrance.  De la prison de la souffrance/ elle sortira/ et réussira/ par son exercice/ à trouver le timbre de la liberté.  Présent, l’infini bénéfice d’une présence sans cesse nouvelle et tonique : Je souhaite que le lecteur trouve écho à son espoir comme à son désespoir, et qu’en lisant, il ne se sente plus seul.

YVES ALAVO

Santé et Environnement

26 Juil

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Coupe du monde, Finale (Espagne 1 – Hollande 0)

20 Juil

L’Espagne a enlevé de haute lutte et avec une subtilité exquise et beaucoup d’abnégation son premier titre de champion du monde (comme nous l’avons prévu) en battant les Pays-Bas, dimanche 11 juillet 2010 à Johannesburg (Afrique du Sud), sur un but d’Andres Iniesta, à la 116e minute, en prolongations (1-0).  Comme le veut la tradition dans le ghota du football international, les sélectionnés espagnols vont arborer, au-dessus des armoiries nationales flanquées côté cœur sur leurs maillots, l’étoile qui symbolise chaque victoire suprême en Coupe du monde.  Le trophée de la FIFA est en Espagne depuis lundi dernier 13 juillet 2010, portés par les valeureux co-équipiers de Casillas, capitaine ému de la glorieuse ROJA.

 Depuis plus de trois ans une équipe nationale était au labeur, un collectif en pleine expansion sous les paramètres sportif, psychologique, technique de jeu, de dynamique de groupe, de la confection d’un esprit et d’une motivation ancrés dans l’âme presque civique de la fierté castillane.

 Les étapes, toutes publiques et éprouvées, ont permis tant à la fédération ibérique qu’aux principaux clubs concernés, de développer une relation faite de confiance, de concertation et de s’associer autour d’un objectif commun inscrit dans un plan d’action dont le succès est facteur de la durée.  En effet, c’est sur deux plans quinquennaux que s’est forgée la Roja que nous connaissons depuis 2008 et que se sont greffés les résultats si exceptionnels marqués du sceau de la régularité et d’une créativité aux contours humains et presque chevaleresques.  «Pour cette Coupe du monde, nous sommes ensemble depuis 50 jours sans aucun incident, ils peuvent être fiers d’êtres des footballeurs professionnels.  Cela a une valeur incalculable pour l’Espagne», lance Del Bosque, entraîneur/sélectionneur national de l’Espagne.

 La Roja vient de réussir un doublé significatif, deux ans après sa victoire à l’Euro 2008, une performance déjà réalisée par l’Allemagne (1972-74) et par la France (dans l’autre sens en 1998-2000).  Favorite de la compétition pour les observateurs avertis, la Roja est allée au bout de son projet.  En effet, tous les sélectionnés porteurs du maillot national ont produit un match fait d’un football de haut niveau technique et tactique, soutenu par un mental à toute épreuve.  Les Espagnols ont gagné tous leurs matchs éliminatoires sur le score de 1-0, preuve qu’à chaque niveau leurs adversaires avaient conscience qu’ils partageaient la surface de jeu avec des joueurs aguerris et d’une compétence vraiment transversale, c’est-à-dire : des artistes du ballon rond, des experts tactiques, mais d’abord des athlètes responsables et préparés minutieusement physiquement, physiologiquement et psychologiquement.

 Les joueurs des Pays-Bas, les « Oranje », ont subi leur première défaite, en finale, après une série victorieuse de 26 matchs consécutifs.  La plus grande déception qu’ils auront à porter sur plusieurs générations, c’est que cette défaite en finale de la Coupe du monde est leur troisième revers après ceux de 1974 (face à l’Allemagne) et de 78 (face à l’Argentine).

 La victoire ibérique n’en est pas moins méritée et méritoire surtout qu’elle s’est dégagée au terme d’un marathon physiquement éprouvant après une finale laborieuse à l’image d’un David Villa (auteur de 5 buts dans les phases précédentes), cette fois très discret.  Les protégés de Vicente Del Bosque ont longtemps été incapables de conclure une demi douzaine de démonstrations, de « routines » ou d’enchaînements exécutés tels des katas qui échouaient sur le mur ou dans les crampons rugueux d’un duo Van Bommel – De Jong à la hauteur de leur mauvaise prestation orientée vers la démolition de l’adversaire plutôt que vers la confection du jeu. 

 Souvent, les Néerlandais n’avaient qu’une agressivité rarement maîtrisée à proposer face à la supériorité technique/tactique des Espagnols.  Sergio Ramos voyait son coup de tête repoussé avec autorité par le gardien hollandais Stekelenburg (4e minute), puis, encore Sergio Ramos, ratait son tir après une incursion dans la surface orange (10e), avant que David Villa ne place son « coup de patte » sur coup-franc du mauvais côté du poteau des buts néerlandais (11e).  Plusieurs fois, montés sur les rares coup de pied de coin, les espagnols spécialistes de la « cabeza » ou du coup de tête (Piqué, Puyol, Ramos), ont envoyé dans le ciel les ballons avec lesquels ils étaient entré en contact, poussés et gênés par des adversaires qui ne leur donnaient pas le moindre pouce dans ces duels aériens.

 LES « ORANJE » VIOLENTS

 Dès le milieu de la première période du temps réglementaire, les cartons jaunes dont un qui a viré au rouge en fin de jeu, se sont succédés à un rythme inédit et à un point tel qu’un record (pour cette compétition) vient d’être battu.  L’arbitre britannique Webb aurait été mieux avisé de sévir sur les premières fautes extrêmes des bataves, un vicieux coup de crampon de De Jong en pleine poitrine de Xavi Alonso ainsi que trois tacles appuyés des défenseurs hollandais contre les chevilles des attaquants espagnols n’ont jamais été sanctionnés.   Il a fallu attendre la 45e minute pour voir Arjen Robben inquiéter Iker Casillas d’une frappe de balle solide.  Le même Arjen Robben risque de ruminer longtemps ses deux duels perdus face au portier espagnol.  A la 61e minute, l’ailier du Bayern file seul au but suite à une ouverture magistrale de Sneijder, sa frappe est détournée par « San Iker ».  Vingt minutes plus tard, scenario identique, résultat similaire pour le malchanceux Robben.

 Au cours de la deuxième mi-temps des « réglementaires », Villa est contré par chance par Heitinga après un centre de Navas (69e), Ramos s’envole et frappe de la tête dans les 6 mètres et envoie le ballon au dessus d’un but pourtant ouvert (76e).  Cette finale devenait vraiment intense, ondes de tensions soutenues tout au long des deux périodes (2 fois 15 minutes) des prolongations.  Fabregas (94e, 103e), Iniesta (98e) ou Navas étaient ainsi à un crochet de délivrer la marée rouge des supporters.  C’est la couleur que le défenseur néerlandais Heitinga a vu à la 108e minute, après un deuxième carton jaune qui signifiait un retour immédiat aux vestiaires.

 INIESTA, HÉROS MODERNE

 Cette infériorité numérique venait, avec justice, sanctionner l’équipe des Pays-Bas, joueurs destructeurs plus que bâtisseurs.  Dans les dernières minutes, la décomposition de la défense batave ouvre de nouveaux espaces aux limiers espagnols.  Quatre minutes avant la fatale séance des tirs aux buts, Andrès Iniesta endosse le rôle du héros national et moderne : à la 116e minute plus exactement, le milieu « barcelonais » trouvait enfin le fond des filets hollandais. 

La Roja est sacrée championne du monde.  Impérial triomphe dont chaque grammes des 3 761 d’or de la Coupe du monde FIFA est mérité, hommage intemporel aux ancêtres Tamazighs dont la fierté coule à flot dans les veines de ces hispaniques nouveaux dont le poète Antonio Machado a dit qu’un pont de douceur les relie à la mère Afrique.  N’est-ce pas en cette terre qu’Iker Casillas (capitaine de la Roja), qui a laissé couler des larmes de joie au coup de sifflet final, a soulevé la première Coupe du monde de l’Espagne, après sa première finale.  Totale expression d’un don total d’une « Seleccion » au pinacle du sport le plus populaire sur la planète.

 Dans quatre ans, le Brésil, nation la plus capée en ce sport, terre métissée et temple resplendissant du football, sera le théâtre parfait pour la grand’ messe du ballon rond.  À ce rendez-vous en 2014, les retrouvailles entre folle créativité, magie du jeu et talents des athlètes, pourraient offrir un spectacle duquel les hôtes brésiliens mais aussi les titulaires actuels et nouveaux du trophée, ainsi que d’autres prétendants, rêvent déjà de sortir vainqueur de la joute finale.

Yves ALAVO

 

Quelques chiffres :

La XIXe Coupe du monde s’est achevée, dimanche 11 juillet 2010, au Soccer City de Johannesburg, sur le sacre de l’Espagne, le premier de son histoire. D’autres chiffres symbolisent cette première édition sur le continent africain. (Photos Presse-Sports)

 Cette première Coupe du monde sur le continent africain a fait le plein. Les stades sud-africains ont accueilli plus de 3 millions de spectateurs lors des 64 matches disputés – soit une moyenne de 50.000 spectateurs par match.

  Avec 145 buts inscrits en 64 matches disputés – soit une moyenne de 2,27 buts par rencontre -, ce XIXe Mondial est l’un des moins prolifiques de l’histoire. Seule l’édition 1990, en Italie, avait été plus pauvre en buts (2,21 buts par match). Bref, on est bien loin du record du Mondial 1954 en Suisse : 5,38 buts par match.

 Cette XIXe Coupe du monde a été plus sage que la précédente. Avec 17 cartons rouges récoltés et 254 jaunes écopés, les mondialistes 2010 ont été plus disciplinés que leurs prédécesseurs en 2006 (307 jaunes et 28 rouges).

 Pays-Bas – Espagne (0-1 a.p.) : 100% européenne, la finale de ce Mondial sud-africain le fut. Dans toute l’histoire de la Coupe du monde – c’est-à-dire en dix-neuf éditions -, c’est la huitième finale opposant deux sélections du Vieux- Continent. Les sept précédentes étaient Italie – Tchécoslovaquie (2-1 a.p.) en 1934, Italie – Hongrie (4-2) en 1938, RFA – Hongrie (3-2) en 1954, Angleterre – RFA (4-2 a.p.) en 1966, RFA – Pays-Bas (2-1) en 1974, Italie – RFA (3-1) en 1982 et Italie – France (1-1 a.p. 5-3 aux tab) en 2006.

 L’Espagnol David Villa, le Néerlandais Wesley Sneidjer, l’Uruguayen Diego Forlan et l’Allemand Thomas Müller ont tous les quatre marqué à cinq reprises lors de cette XIXe Coupe du monde. Mais grâce à ses trois passes décisives, c’est l’attaquant du Bayern Munich qui termine en tête du classement des buteurs.

 Quatrième du groupe F, l’Italie, championne du monde en 2006, fut le quatrième tenant du titre de l’histoire à rentrer à la maison à l’issue du premier tour après l’Italie (1950), le Brésil (1966) et la France (2002).

 Troisième du groupe A, l’Afrique du Sud n’a pas réussi à se hisser en huitièmes de finale. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde que le pays organisateur se fait éliminer au premier tour.

ZAL IDRISSA SISSOKHO : VIRTUOSE DE LA KORA

19 Juil

Ecrit par Yves ALAVO
09-02-2008

Zal Idrissa Sissokho est devenu depuis 2007, après la mort à l’âge de 80 ans du Djeli Boubacar Diabaté, LE spécialiste de la harpe-luth africaine, de la kora, instrument-témoin de la civilisation mandingue, Zal Idrissa Sissoko est devenu le plus en vue sur le continent canadien et l’héritier de fait et de droit en la matière.

Porteur et responsable de la conservation autant que de la diffusion du patrimoine social, historique, musicologique et des codes traditionnels, héritage des communautés, nations et cultures qui ont traversé et marqué de leur sceau des ères entières de civilisation en Afrique subsaharienne surtout, le Djeli (dans ce cas le Korafola) est à la fois sociologue, musicien, historien et ambassadeur légitime. Homme de culture et œuvrant en solitaire ou membre d’un collectif voué à une mission de défense et de promotion des valeurs traditionnelles, il est, par essence, agent de communication sociale.

Détenteur des douze clefs du mandingue, le griot, ou Djeli (jali), passé maître dans l’art de la parole, conservateur des « secrets plusieurs fois séculaires », il est le noyau le plus expressif (scientifique et pédagogue) de la dynamique globale de la « mémoire » au sein de la société et interprète privilégié du répertoire classique. Nous pouvons ainsi mieux situer la trajectoire de formation et d’apprentissage, mais encore l’éthique de création et d’interprétation, en un mot la place qu’occupe Zal Idrissa Sissokho dans la lignée historique et culturelle qui est la sienne : dépositaire de l’histoire impériale, mais aussi déclencheur des émotions par sa maîtrise de l’instrument de musique qu’est la KORA, libérateur des forces affectives et, fonction, chantre et musicien hors-pair.

Habité d’une force métaphysique et artisan appartenant au clan des gens de parole, conseiller inséparable des rois, le djeli, selon Ousmane Huchard Sow, Ph. D, anthropologue, muséologue et musicologue de grande renommée, exerce « à côté de ses tâches de maître de cérémonie à la cour royale, des fonctions de précepteur des princes. Le jali était aussi l’homme courageux, maître de la parole, qui était là pendant les expéditions dangereuses et sur les champs de bataille avec son instrument de musique, pour raviver l’ardeur guerrière des troupes et faire retrouver à certains leur courage défaillant… Seul le jali jouissait du privilège de pouvoir parler franchement et sans détour au roi, souvent avec habileté grâce à sa grande maîtrise du verbe, à des images poétiques et des mélodies sensibles. »

Ambassadeur, médiateur, tel est aujourd’hui, au sein de notre vie sociale et culturelle canadienne, québécoise et montréalaise, Zal Idrissa Sissokho. Pour lui, « l’artiste peut faire passer des messages parce qu’il a une tribune lors des spectacles. Parce qu’il parle de manière sensible, il a la possibilité de toucher les gens et de les faire réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux. Contrairement au politicien qui a un intérêt partisan, l’artiste est libre d’offrir son opinion aux spectateurs, par ses paroles et sa musique. »

Interrogé sur son sens de la communauté et son engagement social et communautaire, il reste discret.  Nous l’avions souvent vu offrir temps, talent et se retrousser les manches, motiver les jeunes, mais encore prendre part gracieusement à des spectacles qui aident les jeunes de la rue, contribuent à amasser des fonds pour des œuvres de coopération et permettent aux décrocheurs de retrouver les bancs de l’école. L’ayant eu à l’usure, il finit par admettre : « Je participe à des spectacles bénéfices dont les causes touchent au domaine humanitaire, tels les jeunes musiciens du monde, les artistes contre la faim. Comme artiste professionnel originaire du Sénégal, il est naturel pour moi de m’impliquer, de donner de mon temps. Je le fais pas seulement comme artiste, mais comme citoyen du monde. »

DIGNITÉ

Une dizaine d’années de participation à notre vie culturelle lui ont permis de collaborer avec plusieurs artistes, professionnels comme lui : « Toutes les collaborations m’ont marqué. Mais principalement celle avec Dan Bigras pour le show du refuge. Cet homme investit beaucoup de lui-même pour donner de la dignité aux démunis, à ceux qui sont dans le besoin. Et c’est tout à son honneur.  Les causes qu’il défend sont aussi les miennes. L’inégalité sociale vient me chercher dans le plus profond de moi-même. Le monde irait mieux si tous les humains sur cette terre avaient quelque chose à se mettre sous la dent. »

Le Festival international de Jazz de Montréal, Les Francofolies, le festival Mémoire et racines de Joliette, le festival international Nuits d’Afrique, le festival des musiques du monde en plus de jouer à Fès au Maroc au Festival des musiques sacrées, à Pratto en Italie pour le Festival Musiques du monde et de nombreuses tournées dans l’Ouest canadien, des concerts au Québec et en Ontario, deux séjours importants comme musicien à Las Vegas au cœur de la production spectaculaire « O » du Cirque du Soleil, une année 2008 soulignée par sa participation au Conseil des arts de Montréal en tournée, avec son orchestre Buntalo en plus d’une douzaine de concerts dans le réseau des maisons ou centres culturels sur l’île de Montréal.

Du tonus à en revendre, une mélodie qui stimule, des notes qui perlent et vous habitent, telle est la puissance et la grâce des créations de Zal Idrissa Sissokho : rythme, sons ancestraux et cadences actuelles, notes magiques qui tantôt coulent, tantôt explosent, mariées aux autres accents de la savane, des rivages africains et, désormais, de nos saisons nordiques. La musique de Zal, comme il se fait appeler par ses fans, est celle d’un artiste complet, solide, sérieux et sympathique. Énergie calme et assurance professionnelle, il vit, deux fois plutôt qu’une, la joie profonde que confère la paternité ajoutée au soutien de sa conjointe, artiste elle aussi et mère comblée.

Zal  Idrissa Sissokho est engagé dans une dynamique de combat pour plus de justice, pour une société qui puisse profiter au mieux des atouts que lui procure la diversité et milite, surtout, avec Diversité artistique Montréal et ses partenaires que sont Musique Multi-Montréal, pour enfin faire émerger une production culturelle représentative de la diversité du milieu professionnel. Il est encore plus précis : « Beaucoup de projets me travaillent particulièrement celui de faire un documentaire portant sur la réalité de ce que les immigrants, mais surtout les Africains, vivent en Occident. En ce moment, les médias montrent une image inexacte des deux continents : une Afrique pauvre, toujours plus pauvre et un Occident où tout le monde est riche. Moi, pour avoir vécu aux deux endroits, je veux montrer que ce n’est pas la vérité vraie. Pour la reconnaissance des artistes de la diversité, il faudrait une plus grande accessibilité aux salles de spectacle, une plus grande présence à la télé et à la radio. Ce serait beaucoup plus facile pour nous de se faire connaître. »

Un CD Silaba, avec quelques titres qui sauront vous amuser :  « spagne silaba ,,, Sénégal,,,  Sanou merci », lancé à la mi-février 2008, un calendrier qui se meuble au fil des mois, une reconnaissance méritée qui ouvre une nouvelle zone d’enrichissement du patrimoine canadien, une notoriété croissante qui plante ses racines dans le sanctuaire de la diversité culturelle authentique, autant d’atouts qui constituent les meilleurs augures d’un avenir ouvert et fastueux pour le virtuose canadien de la kora.

Yves Alavo

Féliciations pour votre nomination « diplômés d’honneur 2010 de la FAS

13 Juil

Monsieur Alavo,

 Je voudrais vous féliciter chaleureusement de votre nomination en tant que diplômé d’honneur ayant réussi professionnellement et contribué de façon exemplaire à l’avancement de la société. Cet hommage vous a été décerné par la Faculté des arts et des sciences lors des cérémonies de la collation des grades.

 C’est toujours avec un plaisir renouvelé que je constate à quel point nos diplômés font honneur à l’Université de Montréal, tant par leurs réalisations professionnelles que par leur apport à l’épanouissement de notre société. En devenant des références incontournables dans votre champ d’expertise, vous participez à la renommée de notre établissement qui figure en tête de liste des grandes universités du Canada et parmi les 100 meilleures au monde. Votre réussite professionnelle constitue une excellente source d’inspiration pour nos jeunes diplômés.

 Félicitations pour cette nomination! L’Université de Montréal est très fière de vous compter parmi ses diplômés dont la carrière est marquée par l’excellence!

 Donat J. Taddeo,

Vice-recteur – Développement et

relations avec les diplômés

Université de Montréal

« CASA AFRICA »

6 Juil

C’est en ce lieu ouvert sur le monde

Oasis sur les rives du Saint-Laurent

Maison mère et vase de la culture.

Constellation culturelle de la diversité

Miroir fidèle du cœur originel

Espace Touba, cœur battant et polyrythmique

Résidence pour les événements collectifs : expos, colloques et défilés.

Large concentration de la beauté et de la diversité

Village cordial et autel de l’artisanat et des créations esthétiques

Espace Akwaba, boutique magique et typique

L’âme interculturelle s’y déploie : textiles, épices, bijoux, arts visuels,

Produits naturels sur l’écran de la création.

Musiques diverses sur l’île de Montréal

Explosive au cours des rythmes intérieurs.

Espace Cauris, livres et théâtre de toutes les passions

Conjugaison de la sensualité : gnamakou, bissap et poésie.

Maison de l’Afrique aux accents universels

Maison des affaires et cité des arts

Espace Kari Sy Bilé, découvertes et racines ancestrales

Vivante, dynamique, multi médiatique

Maison africaine enracinée en terre d’Amérique

Identité nègre pour féconder l’Univers

À Montréal, Maison de l’Afrique Mandingo.

par Yves Alavo