Archive | janvier, 2011

Au Brésil, à l’heure où le bilan s’alourdit, l’urbanisation anarchique est dénoncé

16 Jan
Teresopolis (Brésil) Envoyé spécial
Boue et glissements de terrain ont fait plus de 500 morts. La progression des secours est difficile

Tout est figé en contrebas de la communauté de Bom Sucesso, sur la route joignant les deux villes de Nova Friburgo et Teresopolis, dans la région montagneuse au nord de l’Etat de Rio de Janeiro. Des voitures, des meubles, des arbres, des câbles électriques, s’entremêlent dans une montagne de boue rougeâtre. Cette zone est l’une des plus touchées par les pluies torrentielles du 11 janvier et les glissements de terrain qu’elles ont engendrés.

Ricardo est né ici. Après avoir passé plusieurs heures à aider les secours, il rejoint un petit groupe d’habitants sur le bord du chemin, certains sont pieds nus. Ils n’ont même pas eu le temps de sauver une paire de chaussures. Plus bas, les sauveteurs sont en train d’extraire deux nouveaux corps. Ricardo entame la discussion :  » Ils ont identifié la petite amie du gars de la station-service, celle aux cheveux bouclés. Son corps était en voie de décomposition, ils l’ont quand même reconnue. « 

Toute la région est en état de choc. Le bilan de 532 morts, qui en fait l’une des pires catastrophes naturelles qu’ait connue le pays, est provisoire, car les secours peinent à atteindre des zones isolées par les éboulements. Ceux-ci peuvent se reproduire : la pluie va encore tomber plusieurs jours. Constructions illégales

Chaque jour, des cadavres sortent de terre. A l’hôpital de campagne installé près de la mairie de Petropolis, le docteur Carlos Eduardo sait déjà que cette catastrophe ne s’effacera pas des mémoires :  » Nous avons reçu une mère de famille qui a perdu cinq enfants, elle allaitait encore le dernier. Elle est montée avec eux sur le toit de sa maison pour se protéger. Elle est la seule survivante. «  Dans cet amas de boue, de béton et de ferraille, les secours n’espèrent plus retrouver de rescapés. Restent des milliers de sans-abri.

Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, a promis des actions  » concrètes «  pour leur venir en aide. Et cette fois-ci, les règles devraient être bien établies avant de savoir où les habitations seront reconstruites. Car la polémique se fait jour, comme au mois d’avril 2010, après les inondations dans la ville de Rio de Janeiro.

 » Les municipalités ont la responsabilité du cadastre, rappelle le gouverneur de l’Etat de Rio, Sergio Cabral. Elles doivent se préoccuper des constructions irrégulières et se confronter à ce problème. «  Dans la ligne de mire, le maire de Teresopolis. Jorge Mario Sedlacek a admis que nombre des glissements de terrain s’étaient produits dans des zones occupées illégalement.

Concernant la responsabilité de cette catastrophe, les débats restent toutefois assez tièdes au Brésil. C’est de l’extérieur qu’est venue l’attaque la plus franche.  » Ce drame est inacceptable, s’est insurgée Debarati Guha-Sapir, une responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces personnes sont mortes, car il n’y a aucune volonté politique pour empêcher ces drames qui se répètent d’année en année. « 

L’Etat n’investit que très peu dans les systèmes de drainage des sols, d’infrastructures, d’assainissement ou encore d’études destinées à déterminer les zones à risque. Depuis 2004, le gouvernement fédéral a dépensé 169 millions d’euros dans la réalisation d’ouvrages préventifs contre plus de 2 milliards d’euros en mesures d’urgence. – (Intérim.)

© Le Monde
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La Tunisie respire après le départ de Ben Ali

16 Jan

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Tunis Envoyées spéciales
Président depuis vingt-trois ans, M. Ben Ali a fui en Arabie aoudite, chassé par une révolte contre l’arbitraire du régime et sa corruption

Vous réalisez ? On va avoir un président qu’on aura élu, nous ? «  Myriam Karoui, 37 ans, directrice de production à Nesma TV, n’en revient pas. Ce vendredi 14 janvier,  » c’est la naissance de la jeune Tunisie « , exulte Bilal Khefifi, 29 ans, ingénieur en informatique.

Au numéro 3 de la rue Kemal-Atatürk, tout près de l’avenue Bourguiba, une cinquantaine de manifestants se sont réfugiés dans un appartement du deuxième étage pour échapper aux gourdins des miliciens, lâchés hors de contrôle dans les rues de la capitale. La nouvelle de la fuite du président Zine El-Abidine Ben Ali, les  » séquestrés  » de la rue Atatürk l’ont apprise, vers 18 heures, par un SMS. Une clameur de joie a jailli des poitrines.

C’est la première révolution dans le monde arabe. Ici, en Tunisie. Oui, vraiment, Myriam, Bilal et les autres n’en reviennent pas. Pendant un court instant de liesse, chacun se congratule, applaudit. On sort un drapeau tunisien.

Mais, bien vite, l’angoisse revient : Ben Ali parti, reste la police – de sinistre réputation. En attendant que le pays retrouve ses esprits et se dote d’un vrai gouvernement, elle s’en donne à coeur joie. Les ratissages vengeurs ont commencé, mais impossible de s’échapper. Le couvre-feu interdit toute sortie.

Dans l’appartement, les deux pièces, la minuscule cuisine et même le cabinet de toilette sont remplis de monde. Chacun chuchote dans son téléphone portable. Les nouvelles vont vite. Elles sont mauvaises. Les pillages et les exactions se multiplient. Certains sont le fait de la police, alliée à la pègre. Les forces de sécurité n’ont plus de chef. Et l’armée, déployée à travers le pays mais soucieuse, avant tout, d’éviter de nouveaux bains de sang, semble incapable d’empêcher les dérives.

Parmi les réfugiés de la rue Atatürk, tous ont en mémoire les scènes d’horreur vécues quelques instants plus tôt dans la rue. Une jeune fille à genoux est giflée et battue sauvagement par trois policiers. Un jeune est traîné par les cheveux et frappé. D’autres sont violemment projetés contre des murs. Ils sont en sang, mais leurs bourreaux s’acharnent.

Dans le petit appartement, l’atmosphère est tendue. Nadia, 18 ans, pull gris et jean noir, sanglote, recroquevillée contre le mur. Certains craquent. Ils veulent quitter, coûte que coûte, cet abri devenu un piège. Mais le piège est partout. Derrière les rideaux tirés montent de la rue les hurlements de douleur. Et le bruit des portes qu’on défonce. Pour ceux qui restent, une longue nuit commence.

Le premier rassemblement de la journée ne laissait pas imaginer une suite aussi chaotique. Regroupés devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), dès 9 heures le matin, les protestataires, quelques centaines, prennent ensuite le chemin de l’avenue Bourguiba. Ils sont rejoints au fil des heures, devant le ministère de l’intérieur, par des milliers de manifestants.

 » Ben Ali, assassin ! «  » Vingt ans de dégâts, Ben Ali dégage-toi ! «  » Il faut juger les Trabelsi – la belle-famille du président, accusée d’avoir fait main basse sur l’économie du pays de l’Etat – « , scande la foule, qui crie sa haine du chef de l’Etat et de son entourage.  » Chaque famille en Tunisie a été volée, insultée, humiliée par cette racaille, enrage une étudiante de 26 ans. Ce que dit Ben Ali, on n’y croit plus : c’est la parole d’un voleur. « 

 » Son gouvernement d’union nationale, c’est du rafistolage, s’énerve Lotfi Benmosbah, médecin, 51 ans. Parce qu’en Tunisie tant qu’il est là, c’est lui qui décide, pas le gouvernement, pas plus que le Parlement. «  Un peu plus loin, un employé de Tunis Air a les larmes aux yeux :  » Descendre dans la rue, c’est notre dernière chance. «   » On n’a jamais demandé la baisse du prix du lait, on veut notre dignité, c’est tout « , ajoute-t-il. Les ultimes concessions d’un régime aux abois n’ont pas convaincu.

Masseuses de hammam, avocats, aides-soignants, artistes, universitaires, employés, commerçants, ouvriers… On est venus seul, en bande ou en famille. Les femmes sont nombreuses. Grimpés sur les ficus, des jeunes brandissent le drapeau tunisien et chantent l’hymne national, martelant un couplet bien particulier :  » Ne vivront pas en Tunisie ceux qui l’ont trahie. «  Les plus audacieux se sont accrochés aux grilles des fenêtres du ministère de l’intérieur. Sur les trottoirs, on siffle, on applaudit, on plaisante. Des poètes amateurs improvisent sur la fin de règne.  » Un tel bonheur ! Je ne pensais pas que je connaîtrais ça dans ma vie « , rit Dadoucha, pédiatre. Plus de tirs à balles réelles, pas un mort de plus, a promis le président.

Mais à 14 h 30, tout bascule. Des centaines, peut-être des milliers de jeunes surgissent soudain, à pied ou à Mobylette. Ils brandissent le portrait d’un jeune tué par la police la veille dans le grand Tunis, comme quinze autres personnes abattues ce jour-là. Aussitôt, la police charge et bombarde la foule de gaz lacrymogènes. C’est la panique. Par vagues, les manifestants se jettent en criant dans les rues adjacentes. Certains tentent de s’échapper en s’accrochant aux fenêtres, aux lampadaires. Beaucoup s’engouffrent dans des immeubles. Mais la police poursuit et traque sans relâche les fuyards, les contraignant à grimper les étages.

Rue Atatürk, le cinéaste Aladine Slim, dont l’appartement sert de bureau à sa société, Exit Production, n’a pas hésité à ouvrir sa porte. Les informations affluent grâce aux téléphones portables. Le premier ministre assume  » provisoirement «  la présidence ; des élections législatives seront organisées d’ici à six mois ; plusieurs villas des Trabelsi ont été mises à sac à Tunis et Hammamet ; on annonce même l’assassinat d’un des fils Trabelsi. Parmi les  » séquestrés  » de la rue Atatürk, certains entament des discussions passionnées, que les autres interrompent vite : la milice approche, il ne faut pas être repérés.

Plus rien ni personne ne protège les populations. Prévenu par téléphone de la situation, Etienne Chapon, diplomate de l’ambassade de France, n’hésite pas à se rendre sur les lieux pour tenter de négocier une sortie sans trop de casse. D’abord en vain. A 3 heures, il revient seul, n’écoutant que son courage.

La pègre a investi le quartier. Ils sont plus de cinquante, des bâtons ou des tiges de fer à la main, qui sèment la terreur dans les habitations alentour. Cette fois, ils sont massés devant le numéro 3 de la rue Atatürk. La police est avec eux. Il faut parlementer pour obtenir l’engagement de tous sortir en sécurité. Une fois dans la rue, la parole ne sera pas tenue et un terrible tri commence. Français d’un côté, Tunisiens de l’autre.

Les premiers sont entraînés vers l’ambassade de France. A l’aube, le sort du reste du groupe, une vingtaine de personnes, demeurait incertain. Dans la ville désertée, des milliers de chaussures abandonnées sur la chaussée étaient les seules traces de la formidable manifestation qui a fait tomber Ben Ali.

Isabelle Mandraud et Catherine Simon

© Le Monde
Dès sa prise de pouvoir en 1988, et jusqu’aux dernières heures avant sa chute, le président Ben Ali a bénéficié de l’indulgence de la classe politique française

 

Sur les images, Nicolas Sarkozy et Zine el-Abidine Ben Ali ne cessent de sourire. Carla Bruni porte une robe printanière. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, se tient légèrement en retrait. Cette dernière  » ne se souvient plus très bien aujourd’hui du voyage « , mais elle affirme qu’elle a pu  » évoquer quelques dossiers «  avec son homologue du gouvernement tunisien.

A l’époque, pourtant, lorsque M. Sarkozy se rend avec sept de ses ministres les 28, 29 et 30 avril 2008 en visite d’Etat auprès du président tunisien, les propos du président français frappent, c’est le moins que l’on puisse dire.  » Certains sont bien sévères avec la Tunisie, qui développe sur bien des points l’ouverture et la tolérance « , explique M. Sarkozy, avant d’affirmer que  » l’espace des libertés progresse « .

M. Sarkozy n’est pas le premier président français à afficher une telle indulgence à l’égard du régime tunisien. Tous ses prédécesseurs ont fait preuve avant lui, sinon de complaisance, au moins d’une prudence extrême à l’égard de cet ancien protectorat français.

En 1988, le président Ben Ali, fraîchement arrivé au pouvoir, est reçu en grande pompe à Paris par François Mitterrand, lors d’un dîner de gala réunissant 215 personnalités françaises. En 1991, le président socialiste, en visite à Tunis, déclare :  » La Tunisie est un pays accueillant et les Français qui aiment venir en Tunisie pour leurs vacances auraient bien tort de s’écarter de ce chemin. C’est un pays où l’on peut vivre dans des conditions de confort et d’agrément très grandes. «  En 1995, c’est le président Chirac qui rend hommage à Ben Ali, affirmant qu’il a engagé son pays  » sur la voie de la modernisation, de la démocratie et de la paix sociale « , évoquant l’ouverture du Parlement aux  » représentants de divers courants d’opinion «  et son  » audace économique et sociale « .

Ces derniers jours, encore, la classe politique française a fait preuve d’une frilosité remarquée à condamner la répression opérée par le régime contre les milliers de manifestants. Mercredi 12 janvier, en conseil des ministres, puis jeudi matin lors du petit déjeuner de la majorité, M. Sarkozy a bien porté un jugement plus sévère sur le régime tunisien. Mais, rapporte l’un de ses ministres,  » il a rappelé que l’on ne sait pas forcément si un autre dirigeant serait mieux à même de préserver le pays contre les intégristes religieux « .

Si près de 600 000 Tunisiens vivent en France (40 % en Ile-de-France, 12 % dans la région lyonnaise et 8 % à Marseille), la France est également l’un des premiers investisseurs en Tunisie. 22 000 Français y sont installés. Près de 60 % sont des commerçants, des cadres supérieurs ou des chefs d’entreprise, 10 % des médecins, des avocats ou des enseignants et 30 % des employés, des exploitants agricoles ou des retraités.

Des hommes politiques français, comme le ministre Pierre Lellouche ou Bertrand Delanoë, sont nés en Tunisie et y conservent des attaches familiales ou des maisons. Le ministre de l’industrie et de l’économie numérique, Eric Besson, lui-même né au Maroc, a épousé Yasmine Tordjman, arrière-petite-fille de l’ancienne première dame de Tunisie, Wassila Bourguiba.

 » Jusqu’ici, dénonce le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, qui préside le groupe d’amitié franco-tunisien au Sénat, la France s’est abritée derrière le fait que le pays est le bon élève du Maghreb en matière d’éducation, de droit des femmes et d’enseignement du français pour expliquer que la Tunisie est un rempart contre l’islamisme et justifier son silence sur sa situation politique. « 

De nombreuses personnalités politiques, du monde des affaires et parfois de la presse ont été régulièrement invitées par le régime Ben Ali dans des campements de luxe du désert tunisien. Deux anciens ambassadeurs de France en Tunisie, l’amiral Lanxade (qui fut aussi le chef d’Etat-major des armées sous François Mitterrand) et Serge Degallaix (qui fut l’un des conseillers de Jean-Pierre Raffarin), sont devenus d’ardents promoteurs de la Tunisie.

L’agence de communication française Image 7, fondée par Anne Méaux, détient le contrat de l’ATCE, l’Agence tunisienne de communication extérieure, et organise des voyages afin de faire valoir les atouts du pays. Le vice-président d’Havas, Jacques Séguéla, était en octobre 2010 en Tunisie pour lancer son agence et passe pour avoir conseillé le président Ben Ali, ce qu’il dément au Monde.

Mais cette connivence va parfois plus loin. L’un des mémos de l’ambassade américaine en Tunisie, obtenus par le site WikiLeaks et révélés par Le Monde, a ainsi été titré  » The French Connection « . On y apprend que l’un des anciens ambassadeurs de France est vu  » comme l’ambassadeur de Ben Ali auprès du président de la République française et non le contraire « . Le mémo rapporte que cet ambassadeur aurait reçu du gouvernement tunisien une villa située dans une rue huppée de Tunis proche de la présidence, la résidence ayant été mise au nom de sa fille.

Enfin, la France a parfois fermé les yeux sur les agissements d’une partie de la famille Ben Ali. Entre la fin 2005 et le printemps 2006, trois yachts ont ainsi été volés dans des ports français, dont l’un appartenant à Bruno Roger, dirigeant de la banque d’affaires Lazard Frères, à Paris, et proche de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. L’enquête a permis de remonter aux convoyeurs des bateaux dont l’un a avoué qu’ils avaient été remis à des neveux du président Ben Ali.

De fait, les yachts ont été retrouvés à Sidi Bou Saïd, le Saint-Tropez tunisien. Les enquêteurs, par le biais d’écoutes, ont appris que Jean-Baptiste Andréani, l’assureur d’un des trois yachts (le Beru Ma), négociait avec Tunis pour obtenir le rapatriement du navire et que celui-ci était en contact avec le président Chirac et M. Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur.

In fine, faute de pouvoir faire éteindre les poursuites visant les neveux du chef de l’Etat, Tunis a obtenu, en liaison avec l’Elysée, de les faire juger dans leur pays. Seuls les comparses ont donc été présentés devant un tribunal français. En Tunisie, le procès n’a jamais eu lieu. p

Raphaëlle Bacqué et Jean-Pierre Tuquoi

© Le Monde

Tunisie : Ben Ali a quitté le pays, remplacé par le premier ministre

14 Jan

Le premier ministre Mohammed Ghanouchi, nouveau président tunisien par intérim, vendredi 14 janvier.

Le premier ministre Mohammed Ghannouchi a remplacé Ben Ali, qui a quitté le pays après une nouvelle journée de manifestations. L’Elysée n’a pas confirmé sa venue à Paris. Suivez la situation en direct sur LeMonde.fr.

La journée qui a fait vaciller le pouvoir tunisien

Incertitude sur le sort des Trabelsi après la mise à sac de leurs maisons

Pour les Etats-Unis, « le peuple tunisien a le droit de choisir ses dirigeants »

L’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco explique sa démission

 

WikiLeaks : les américains pointent le régime « sclérosé » de la Tunisie

14 Jan

La Tunisie n’a pas grand-chose à se reprocher en matière de droits de l’homme. Il y a bien eu « quelques problèmes », mais le gouvernement y remédie, puisque « des dizaines » d’officiers de police ont été jugés pour « corruption ou autres délits ». Malheureusement, « certaines ambassades », à Tunis, et « des organisations de défense des droits de l’homme » ont pris prétexte de la lutte antiterroriste menée par le gouvernement pour multiplier les critiques. Ça n’est pas une « attitude amicale »… Le télégramme américain qui résume la rencontre, au printemps 2008 à Tunis, entre le président Zine El-Abidine Ben Ali et le sous-secrétaire d’Etat américain chargé des affaires du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, David Welch, ne dit rien de la réponse du diplomate.

Mais d’autres mémos, obtenus par WikiLeaks et révélés par Le Monde, permettent de se faire une idée précise du régime tunisien vu par les diplomates américains. Dans un câble daté de juin 2008, sous le titre « Ce qui est à vous est à moi », l’ambassade décrit la corruption organisée par l’entourage familial du chef de l’Etat– « la Famille » – qualifié de « quasi-mafia ».

Plus d’une dizaine d’exemples sont cités. Ici, c’est l’épouse du président qui se voit accorder gratuitement par l’Etat un terrain, qui sera viabilisé tout aussi gratuitement, pour construire un établissement scolaire privé, revendu depuis. Là c’est un gendre qui récupère « un immense manoir tape-à-l’œil » construit sur un terrain exproprié par l’Etat, officiellement pour les besoins de l’Agence de l’eau.

Plus loin, c’est un autre gendre qui acquiert 17 % de la Banque du Sud à la veille de sa privatisation, et qui revendra ses actions « avec un confortable bénéfice » à un consortium bancaire hispano-marocain, lui assurant ainsi le contrôle majoritaire qu’elle souhaitait…

« LE PRÉSIDENT PREND DE L’ÂGE »

A l’été 2009, un autre mémo élargit le champ de vision et, non sans avoir salué la robuste croissance économique (5 % en moyenne depuis dix ans) et le statut avancé de la femme, recense les « gros problèmes » du pays. « Le président Ben Ali prend de l’âge, son régime est sclérosé, et il n’y a pas de successeur avéré, peut-on lire. Beaucoup de Tunisiens sont frustrés par le manque de liberté politique et en colère contre la corruption de la famille de la première dame, le taux de chômage élevé et les disparités régionales. L’extrémisme reste une menace. Confronté à ces problèmes, le gouvernement n’accepte ni critique ni conseil, qu’il vienne de l’intérieur ou de l’extérieur. A l’inverse, il ne cherche qu’à imposer un contrôle plus strict, souvent en s’appuyant sur la police. Résultat : la Tunisie est à la peine et notre relation [avec elle] également. »

Pour les diplomates, travailler en Tunisie est devenu très difficile. Les contrôles,« mis en place par le ministre des affaires étrangères », les contraignent à avoir une permission écrite avant tout contact avec un officiel. Une demande de réunion doit être accompagnée d’une note diplomatique. « Beaucoup restent sans réponse », précise un mémo.

PRIVILÉGIER LA DISCRÉTION

Maintenir des contacts avec les militants de la société civile est une gageure. Et les Tunisiens invités à des réceptions par l’ambassade font l’objet d’intimidations par des policiers en civil postés à proximité.

Quelle devrait être la politique de l’administration Obama en Tunisie ? Poursuivre les contacts avec l’opposition et la société civile. Continuer à critiquer « l’absence de démocratie et le peu de respect pour les droits de l’homme », le faire « de façon très claire, le plus souvent possible, et à très haut niveau », mais, à rebours de l’administration Bush, en privilégiant la discrétion.

Les Etats-Unis, ajoute le télégramme, devraient aussi demander aux pays européens d’intensifier leurs efforts pour « persuader le gouvernement tunisien d’accélérer les réformes politiques ».

L’Allemagne et la Grande-Bretagne sont acquis à cette idée, mais « des pays-clés comme la France et l’Italie hésitent à faire pression » sur la Tunisie.

Jean-Pierre Tuquoi

Naviguez dans les mémos diplomatiques

Le Monde.fr et linkfluence vous proposent un outil de consultation des mémos diplomatiques américains obtenus par WikiLeaks. Avant d’être publiés, ces mémos ont été sélectionnés et édités par les rédactions du Monde, du Guardian, d’El Pais, du Spiegel et du New York Times. Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles du Monde sur les documents de WikiLeaks en consultant notre séquence spéciale.

Article paru dans l’édition du 08.12.10

Après les émeutes de Sidi Bouzid, suivez en direct la situation en Tunisie LEMONDE.FR |

14 Jan
uivez en direct la situation en Tunisie
18h02
Le Monde.fr:

Air France suspend tous ses vols vers la Tunisie

18h01
[Commentaire de la part de Sami ]

Déclaration très importante à venir sur TV7 (bandeau d’information en bas)

17h59
Le Monde.fr:

L’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco explique sa démission http://lemde.fr/hLDel5

17h58
Le Monde.fr:

Dans une déclaration commune depuis Paris, plusieurs partis tunisiens d’opposition demandent le départ de Ben Ali.

17h56
[Commentaire de la part de Habib ]

Vu les circonstances, on se fiche bien de la note de Fitch !

17h55
[Commentaire de la part de Tunisien Fier ]

Attention, la dernière vidéo du post de 17h53 date d’hier.

17h55
Le Monde.fr:

Plusieurs sources confirment à l’AFP et Reuters la fermeture de l’aéroport. Les blindés encerclent le site. Un vol d’Air France en partance de Paris a regagné la capitale française en raison de cette fermeture.

17h53
Le Monde.fr:
17h49
Le Monde.fr:

L’agence de notation Fitch envisage d’abaisser la note de la Tunisie.

Les Tunisiens dans les rues après le discours de Ben Ali

14 Jan

Ben Ali annonce le limogeage de son gouvernement

Un manifestant jette une pierre en direction des forces de l'ordre, à Tunis, vendredi.

Un manifestant jette une pierre en direction des forces de l’ordre, à Tunis, vendredi.AFP/FETHI BELAID

Le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a décidé vendredi 14 janvier de limoger son gouvernement et d’appeler à des législatives anticipées dans six mois, a annoncé le premier ministre Mohamed Ghannouchi.

Cité par l’agence officielle TAP, M. Ghannouchi a indiqué que le président Ben Ali a décidé « dans le cadre de mesures [d’apaisement] annoncées jeudi, de limoger le gouvernement et d’appeler à des élections législatives anticipées dans six mois ». Il a ajouté avoir été chargé de former le nouveau gouvernement.

TREIZE MORTS À TUNIS

Malgré sa promesse de quitter le pouvoir à l’issue de son mandat en 2014,annoncée la veille au soir à la télévision, Ben Ali doit affronter depuis jeudi soir des manifestations hostiles au pouvoir qui se poursuivent vendredi dans le centre de Tunis ainsi que dans plusieurs villes de province (Suivez en direct la situation).

Selon des sources médicales, treize civils auraient été tués par des tirs des forces de l’ordre, jeudi soir à Tunis et sa banlieue. « Les corps de trois personnes atteintes par balles ont été transportés à l’hôpital du Kram, près de Tunis, et dix autres ont été emmenés à l’hôpital Charles-Nicole à Tunis », a précisé cette source.

Deux autres personnes ont péri par des tirs de la police à Kairouan, jeudi soir, au moment même où le président Ben Ali annonçait avoir ordonné de cesser le recours aux armes face aux manifestants.

LES BLINDÉS DEVANT LE MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

Des blindés avenue Mohamed V, à Tunis, vendredi.

Des blindés avenue Mohamed V, à Tunis, vendredi.AFP/FETHI BELAID

Dans la matinée, une grande manifestation dans le centre de Tunis a été dispersée par la police à coups de bombe lacrymogène. « Non à Ben Ali », « Soulèvement continu, non à Ben Ali », non aux Trabelsi [la belle-famille du président] qui ont pillé le pays », ont crié les manifestants.

Des blindés de l’armée se sont déployés devant le ministère de l’intérieur, alors que des unités antiémeutes pourchassaient des jeunes manifestants dans les escaliers d’immeubles résidentiels et dans un centre commercial, où ils se sont repliés. L’atmosphère dans l’avenue Habib-Bourguiba était irrespirable à cause des nombreux tirs de gaz lacrymogènes alors que des renforts de police arrivaient.

La police a dispersé les manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes.

La police a dispersé les manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes.AFP/FETHI BELAID

La marche, qui avait commencé avant midi avec quelques centaines de manifestants, a grossi à plusieurs milliers de personnes avec l’arrivée de plusieurs autres cortèges. A la mi-journée, l’agence de presse Reuters estimait à 5 000 le nombre de manifestants, notamment de nombreux avocats.

GRÈVE PROGRAMMÉE

Malgré les concessions du président Ben Ali jeudi soir, une grève de deux heures restait programmée vendredi dans la région de Tunis à l’appel du syndicat unique et des internautes et étudiants se sont aussi mobilisés pour le maintien de rassemblements dans la journée. Les avocats sont également en première ligne dans les manifestations.

Sidi Bouzid (sud-ouest), d’où est parti le mouvement de contestation, 3 000 personnes ont défilé aux cris de « Ben Ali dehors ». A Regueb, une localité proche, 700 personnes aussi ont lancé des slogans hostiles au chef de l’Etat et ont dressé des tentes Place 7 novembre (date de l’arrivée au pouvoir de M. Ben Ali en 1987) qu’ils ont rebaptisées le lieu « Place des martyrs ». A Kairouan (centre), des marcheurs ont crié « Ben Ali dehors », de même qu’à Gafsa, dans le sud-ouest.

Les sites Internet qui étaient bloqués en Tunisie étaient de nouveau accessibles jeudi soir, peu après la promesse du président de garantir « la liberté totale » de l’information et de l’accès au Web. « Il ne suffit pas de déverrouiller Dailymotion et de Youtube pour tourner la page, trop de sang a coulé », a lancé l’animateur d’une émission matinale sur Radio Mosaïque, une radio privée.

 

Les résidences de la famille Trabelsi à Tunis mises à sac

Vindicte populaire à Gammarth, banlieue résidentielle chic du nord de Tunis. Depuis le début d’après-midi, plusieurs centaines d’émeutiers s’en prennent aux domiciles de la famille Trabelsi, du nom de Leïla Trabelsi, le femme du chef de l’Etat tunisien.

Armés d’une liste de noms, ces émeutiers, âgés de 16 à 17 ans, font le tour des résidences de cette banlieue résidentielle chic du nord de Tunis, proche du palais de Carthage, et attaquent systématiquement les maisons qui appartiennent à la famille Trabelsi, délaissant les autres, y compris de plus luxueuses encore.

« UNE MISE A SAC ORGANISÉE »

« C’est une mise à sac organisée. Les insurgés font sortir les habitants des maisons, sortent la Mercedes du garage, pillent, saccagent, puis mettent le feu, témoigne un journaliste tunisien qui préfère garder l’anonymat. Je n’ai jamais vu de telles scènes, » décrit un journaliste tunisien, qui préfère garder l’anonymat.

A 15h45, les émeutiers en étaient au saccage de leur quatrième maison. A chaque fois, il s’agit de propriétés de neveux de la présidente, haïe en Tunisie, car son nom symbolise l’accaparement des richesses du pays et la corruption.

 

 

 

Côte d’Ivoire : les forces de l’ONU attaquées par le camp Gbagbo

13 Jan

Gbagbo au bout du rouleau

Trois véhicules de l’ONU ont été incendiés, jeudi 13 janvier, à Abidjan par des partisans de Laurent Gbagbo, selon Kenneth Blackman, porte-parole de la force internationale en Côte d’Ivoire (Onuci). M. Blackman n’a pas fait état de victimes, mais a assuré n’avoir « pas de doutes » que des partisans de M. Gbagbo en sont responsables.

Des pierres ont par ailleurs été jetées « par des éléments des forces de sécurité du camp Gbagbo », peu avant 14 heures, heure locale (15 heures, heure française), sur une ambulance de l’ONU qui circulait sur le pont Houphouët-Boigny, a ajouté le porte-parole.

Dans la nuit de mardi à mercredi, dans le quartier d’Abobo, au nord d’Abidjan, qui a été le théâtre de violences meurtrières, trois casques bleus avaient été légèrement blessés dans une embuscade des forces pro-Gbagbo, a accusé l’ONU. Le président sortant Laurent Gbagbo, que l’ONU appelle à céder le pouvoir à son rivalAlassane Ouattara qu’elle reconnaît comme vainqueur de l’élection de novembre, a exigé le départ de l’Onuci.

L’ACCÈS À TROIS CHARNIERS PRÉSUMÉS REFUSÉ À L’ONU

Le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a expliqué par ailleurs, jeudi, avoir eu vent de l’existence d’un troisième charnier, après deux autres fosses communes à Abidjan signalées fin décembre, des informations qui n’ont pas pu être vérifiées par l’ONU sur place.

« Il y a eu des allégations sur un troisième charnier en Côte d’Ivoire dans un lieu nommé Issia, près de Daloa (dans le centre-ouest du pays)« , a expliqué un porte-parole du haut commissaire aux droits de l’homme, Rupert Colville.

La haute commissaire Navy Pillay avait déjà indiqué, le 31 décembre, avoir « reçu des rapports relatifs à au moins deux fosses communes » en Côte d’Ivoire, sans qu’il soit toutefois possible d’y accéder. « Les équipes des Nations unies ont été empêchées d’accéder aux lieux où auraient été commises ces atrocités et de procéder à des enquêtes », avait alors déploré Mme Pillay.

La Côte d’Ivoire est plongée depuis l’élection présidentielle du 28 novembre dans une crise qui a fait environ 200 morts selon l’ONU, après les violences provoquées par le refus de Laurent Gbagbo de céder sa place à son rival Alassane Ouattara, reconnu vainqueur du scrutin par la communauté internationale.