Archive | août, 2011

Jack Layton 1950-2011 – L’homme du peuple

23 Août

 

Politique professionnel et personnage proche du peuple

 

 

 

 

 

 

 

 

Yves Alavo, écrivain et poète  23 août 2011  Canada

 

En le voyant il y a un mois, en train, une fois encore, comme au cours de la campagne électorale, de se sacrifier pour le peuple, pour les familles dont il a eu le souci et pour tous les Canadiens, nous avions compris secrètement qu’il nous disait en fait au revoir. Engagé, issu d’une famille qui vivait en politique depuis son grand-père, en harmonie avec sa conscience et une énergie généreuse, il venait de réussir un exploit: devenir le chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes; exploit qu’aucun leader, même le fondateur Tommy Douglas (depuis la création du parti, en 1961), n’avait pu réaliser pour le Nouveau Parti démocratique du Canada.

Dans le panorama politique de nos grandes régions idéologiques et sociales, dans ce milieu où les valeurs, la générosité et l’intégrité sont rares et qui est plus souvent synonyme de collusion et de corruption, Jack Layton est arrivé et s’est imposé comme une personnalité entière, intègre et vraiment au service du public dans la franchise et avec un dévouement authentique.

Au faîte de sa carrière publique et politique, il perd le combat contre le cancer, sacrifice ultime, offrande totale qui a commencé au cours de la campagne qu’il a menée d’abord avec le risque de perdre sa vie et surtout pour l’idéal d’une vie exemplaire, pleine.

À la défense des plus démunis, un perpétuel sourire aux lèvres, Jack Layton a toujours été proche des préoccupations de la population. Soucieux de la qualité de vie et de l’environnement et des conditions dans lesquelles vivent les Canadiens, il milite toute sa vie à gauche. Socialiste et démocrate, il a promu et a défendu tous les programmes de soutien et de développement des mesures sociales à même de permettre une vie meilleure aux plus démunis.

Le chef néodémocrate a réussi avec détermination et engagement à être à la fois un politicien combatif et un homme du peuple. Des millions de personnes se sont identifiées à lui avec émotion et aussi, dans l’isoloir, au moment de faire le geste citoyen du choix, l’acte du vote et de la confiance.

Il a incarné, au cours des dernières années, l’éthique et la déontologie, l’honnêteté et une intégrité qui lui donnaient une envergure hors classe. Dans ce milieu incestueux que les journalistes appellent «la classe politique», autour de lui, tout ordre de gouvernement confondu, la plupart des politiciens suscitent méfiance et cynisme tant leurs actions et l’univers de la politique «politicienne» sont malsains. Plusieurs sont avides de profits individuels, de gains immédiats et interviennent sans aucun souci du bien commun.

Personnalité exceptionnelle, Jack Layton s’est démarqué par sa droiture des personnes politiciennes dotées d’une mentalité plutôt manipulatrice. Jack Layton s’est battu avec enthousiasme pour la justice, pour l’équité entre hommes et femmes, pour l’égalité de traitement dans l’application des politiques publiques et le respect de toutes et de tous quelles que soient leur origine et leur appartenance sociale.

Homme d’espoir

Il va demeurer la personnalité publique issue du milieu politique. Il restera dans le coeur de chacun, Jack, l’homme qui appartient au club des gens authentiques, des vrais. Un homme simple, un politicien direct, un homme du peuple de qui toutes et tous se sont sentis proches, qui nous représente et qui est à l’aise avec la population canadienne dans son ensemble.

Jack Layton, un homme, comme René Lévesque, charismatique et à la fois présent, providentiel et profondément démocrate. Jack Layton, homme de changement et d’espoir, comme il le disait tout le temps. Jack Layton, présent dans nos coeurs et nos esprits pour toujours. L’héritage qu’il nous laisse, comme humain, comme politicien, est stimulant et mérite notre attachement total.

Ses enfants, Sarah et Michael, son épouse, Olivia, ont passé les dernières heures avec lui, et l’homme est parti serein et assuré que la relève est en mesure de prendre ses responsabilités. Nous leur présentons nos plus profondes et sincères condoléances.

***
Yves Alavo, écrivain et poète

 

http://www.ledevoir.com/politique/canada/329818/jack-layton-1950-2011-l-homme-du-peuple

 

Publicités

Portrait d’un Jenni tranquille, Un nouvel art de l’écriture

19 Août

L'auteur de " L'Art français de la guerre " vit à Lyon, où il enseigne la biologie. " Le Monde des Livres " est allé rencontrer l'écrivain qui réinvente le roman d'aventure

CATHERINE HELIE/OPALE

 
  EXTRAIT
 » Ce fut un beau massacre que celui que nous perpétrâmes en mai 1945 (à Sétif). Les mains barbouillées de sang, nous pûmes rejoindre le camp des vainqueurs. Nous en avions la force. Nous contribuâmes in extremis au massacre général, selon les modalités du génie français. Notre participation fut enthousiaste, débridée, un peu débraillée, et surtout ouverte à tous. Le massacre fut brouillon, alcoolisé sûrement, tout empreint de furia francese. Au moment de faire les comptes de la grande guerre mondiale, nous participâmes au massacre général qui donna aux Nations une place dans l’Histoire. Nous le fîmes avec le génie français et cela n’eut rien à voir avec ce que firent les Allemands, qui savaient programmer les meurtres et comptabiliser les corps, entiers ou par morceaux. Non plus avec ce que firent les Anglo-Saxons (…) qui confiaient à de grosses bombes lâchées d’en haut, la nuit, toute la tâche de la mort, et ils ne voyaient aucun des corps tués, vaporisés dans des éclairs de phosphore. Cela n’eut rien à voir avec ce que faisaient les Russes (…). Ce massacre fut le nôtre et nous rejoignîmes in extremis le camp des vainqueurs en nous enduisant les mains de sang. Nous avions la force.  » La paix pour dix ans « , annonça le général Duval. Il n’avait pas tort, le général. A six mois près, nous eûmes dix ans de paix. Ensuite, tout fut perdu. Tout. Eux et nous. Là-bas. Et ici.(Page 197)

Le phénomène de la rentrée semble étrangement normal. Poignée de main tonique et rire retentissant, il affiche un beau hâle de mois d’août après avoir passé,  » comme tout le monde «  dit-il, deux semaines à la plage. -Surtout, on peine à retrouver dans cet homme solaire et sympathique, d’une euphorie tranquille face à la reconnais-sance qui s’annonce, l’auteur tourmenté que laissait présager la lecture deL’Art français de la guerre. Affaire de camouflage, peut-être ? Barbe blonde de trois jours, chemise blanche légère, pantalon beige : Alexis Jenni (c’est son vrai nom) arbore en tout cas une panoplie de baroudeur. Prêt à se fondre dans la jungle urbaine où il écrit, tapi dans les cafés lyonnais.

Jusqu’ici, ce professeur de biologie de 48 ans, père de trois enfants, se planquait un peu pour le faire, pas très à l’aise avec la fatuité qu’il y a à dire  » j’écris  » –  » Quand quelqu’un m’annonce ça solennellement, je me mords les joues pour ne pas rire « . Avant L’Art français de la guerre, il a achevé au moins deux manuscrits. L’un,  » un roman historique, situé au XIXe siècle, sur une recherche des origines « , qu’il a gardé dans son ordinateur ; l’autre,  » une sorte de grand polar mâtiné de science-fiction « , qu’il a envoyé à plusieurs maisons d’édition. Refusé.

Pour écrire le troisième, il a choisi de prendre tout son temps et de se faire plaisir. Son envie première :  » Ecrire un roman d’aventures.  » Il explique :  » Je suis né en 1963, un an après la fin de la guerre d’Algérie. J’ai grandi à une époque où la France semblait être un peu sortie de l’histoire, où on s’oc-cupait essentiellement de son enrichissement. Pour moi, un roman d’aventures était en quelque sorte une compensation à ce monde heureux et terne dans lequel j’avais vécu. «  Il situe la fin de cette parenthèse paisible en 1991, année, entre autres, de la guerre du Golfe, lors de laquelle ce fils d’une famille de gauche élevé dans une détestation de l’armée tendance Charlie Hebdo, réformé du service militaire, a com-mencé à s’interroger sur les raisons pour lesquelles les militaires français étaient honnis,  » exclus du corps social «  » Comme s’ils portaient une culpabilité -collective. « 

A la structure du  » roman d’aventures « , Alexis Jenni a voulu adjoindre une préoccupation personnelle,  » peut-être liée au peu de chose que je sais des origines de ma famille suisse allemande «  :  » Une réflexion sur la transmission de la mémoire, sur le flux du temps.  » De cette double impulsion est née l’idée de  » retracer l’histoire de quelqu’un qui avait tout vécu, de la seconde guerre mondiale à la guerre d’Algérie « . Essais, romans, témoignages ou encore récits d’anciens militaires sur Internet, il s’est beaucoup documenté.

Obsession nationale

A l’origine, jure-t-il, la question coloniale ne le travaillait pas pour des raisons personnelles. Mais ce qu’il écrivait s’est mis à entrer en résonance avec l’actualité, et avec l’obsession nationale pour l’immi-gration,  » comme si c’était notre seul problème « . Nouvelle hésitation : écrire un roman  » sur aujourd’hui ou sur hier «  ? D’autres questions se sont ajoutées :  » Prendre une écriture classique ou écrire de l’intérieur, avec une voix un peu éruc-tante et rythmée «  ?  » Première ou troisième personne «  ? Finalement, il a décidé de ne pas trancher, et L’Art français de la guerre se compose de deux parties qui racontent en alternance le présent du narrateur et le passé de Salagnon, l’ancien parachutiste dessinateur :  » C’est pour cela qu’il est si gros « , plaisante son auteur.

Pourquoi choisir ? Alexis Jenni est un homme qui semble combiner avec bonheur les prétendus contraires. Arrivé à la lecture, adolescent, par la science-fiction, il jure essentiellement par une littérature  » formelle, un peu abstraite, où tout se joue dans la manière de faire vibrer la phrase « , avec Pascal Quignard pour idole… mais il a écrit un roman les deux pieds dans le narratif, plein d’histoires, de personnages et de souffle. Scientifique, il s’appuie sur la littérature pour tenter de comprendre le monde, et explique que la biologie, dont il est agrégé,  » est très romanesque et pleine de surprises « . Auteur d’un épais roman, il rêve du  » silence « , et de la  » simplicité «  du dessin. D’ailleurs, il tient un blog intitulé, en un presque oxymore,  » Voyages pas très loin  » (jalexis2.blogspot.com), moitié croquis pris sur le vif, moitié courts textes, qui lui a permis de déverrouiller son écriture en cessant de  » chercher la perfection « . Il dit aussi que c’est en accumulant  » les petits bouts d’histoires et de réel « , qu’il a fini, au bout de cinq ans de travail, par créer ce livre magistralement composé, accepté en mars dernier par Gallimard.  » Il y a un an, dit-il, je pensais que je ne serais jamais qu’un écrivain du dimanche. Aujourd’hui, je suis exactement là où je voulais être, mais où je pensais que je n’arriverais jamais.  » Désormais, même en tenue de camouflage, il aura du mal à cacher qu’il écrit.

Raphaëlle Leyris

L’Art français de la guerre,

d’Alexis Jenni,

Gallimard, -632 p., 21 ¤.

© Le Monde

RECETTES ALAVO, CUISINE INÉDITE

2 Août

Pour une soirée Amicale

Poitrines de poulet Bhuna-Citron

  • Poitrines de poulet en morceaux
  • 2 genres de persils (frisé et Italien) du jardin (feuilles hachées finement)
  • Ail, gingembre, oignons, citron (1 par  ½ livre de viande de poulet)
  • Cumin, Cari Bhuna (en pâte de cari)
  • Piment du jardin (selon la recette Malgache : 1/3 de chaque gingembre, ail, piment))
  • Pesto au basilic, sel, poivre noir tribal des Inde.

Laisser mariner au moins 12 heures.  Faire cuire au four (1 heure à 375 degrés au four à gaz).

Retirer les morceaux de poulet pour les faire griller au four.

Faire revenir, même brunir, les oignons de la marinade et ajouter le jus pour la fin de la cuisson sur le feu doux.

Sauce spéciale Olives et Raisins

Raisins dorés

Olives vertes dénoyautées

Pesto au basilic, pesto au persil, pesto à la ciboulette

Oignons, ail, gingembre

Cumin, cari, fleurs de sel de Guérande, poivre

Jus de citron lime (1/2 citron par personne)

Persil frais haché,

Ras al Hannut (mélange d’épices berbères)

Sauté de légumes d’octobre

Poivrons (rouges, verts, jaunes et orange)

Champignons, aubergines, courgettes

Oignons, ail, gingembre

Brocoli vert et blanc (chou fleur)

Garam massala, cari jaune et cari rouge, cumin

Fleurs de sel de Guérande, poivre, piments du jardin

Persil frais et coriandre fraîche hachés.

Menu de souper

  1. Sauce spéciale olive et raisins
  2. Crevettes sautées
  3. Poitrines de poulet aux épices  du monde
  4. Couscous au curcuma
  5. Rôti de porc tendre aux dattes, poires séchées et abricots aux

Aromates et tomates fraîches du jardin.

  1. Sauce aux tomates, courgettes, poivrons, carottes, pommes de terre et échalotes françaises.
  2. Compote de pommes et fraises, par Paule

Rôti de porc aux herbes fraîches

Épaule de porc sans gras.

Éclisses de gingembre, ail

Citron lime, oignons,

Cumin, garam masala, sel, poivre, cari rouge

Tomates en coulis, origan, sarriette

Dattes, abricots et poires séchées.

ATHÈNES CHANTE EN DÉPIT DE LA CRISE FINANCIÈRE

2 Août

Par dizaines, par centaines de milliers, ils manifestent à Syntagma, la place de la Constitution, pour protester contre les mesures imposées par les instances économiques mondiales et crier leur dégoût d’une classe politique corrompue dont les inconséquences ont précipité la Grèce dans l’une des plus graves crises de son histoire. Mais le soir, ce sont souvent les mêmes protestataires qui se précipitent aux spectacles présentés par le Festival d’Athènes

Un extraordinaire paradoxe ?

En apparence du moins, c’est un extraordinaire paradoxe : aujourd’hui que l’angoisse du lendemain ronge le pays, que le chômage frappe, dit-on, de 20 à 40% des jeunes Grecs, que les salaires peuvent se voir amputés d’un quart de leur montant, que des retraites de 500 euros passent à 400, jamais le Festival d’Athènes n’aura connu une aussi forte affluence, depuis sa fondation en 1955, au lendemain de la guerre civile qui ravagea le royaume des Hellènes. Comme s’il s’agissait de conjurer le sort ou de s’évader d’un quotidien trop lourd.

50 000 billets vendus naguère, 240 000 aujourd’hui

Il y a quelques années encore, on vendait seulement 50.000 billets, puis 140.000 en 2009, quand en 2010 et 2011, en pleine crise, on en aura écoulé respectivement 220.000 et 240.000. Le phénomène est évidemment dû à un excellent programme, à la multitude des spectacles (une soixantaine à Athènes, plus six grosses productions à Epidaure), à la pertinence de la programmation, qui d’un festival sans identité précise a fait brusquement l’une des manifestations les plus en vue en Europe. Il est encore dû à une politique tarifaire généreuse, laquelle a renouvelé le public de fond en comble et voit la jeunesse athénienne (les 20-30 ans) constituer désormais 65% des spectateurs. La terrible crise économique qui certes épargne les plus grosses fortunes, mais lamine les plus pauvres, et étrangle la classe moyenne, celle qui constitue le gros du public, n’a donc pas empêché les spectacles de faire le plus souvent salle comble.

Un vrai service public

« Dans notre pays où tout va à vau l’eau, le festival est la seule institution capable d’aller de l’avant, de fonctionner à merveille, malgré les coupes budgétaires traumatisantes dont il est lui aussi l’objet », commente un avocat. « Il inaugure une vraie démarche de service public en s’ouvrant à tous, riches ou modestes, jeunes ou vieux, amateurs de manifestations d’avant garde ou de répertoire classique, de théâtre, de danse, de musique baroque ou contemporaine, d’opéras, d’arts plastiques, avec la qualité pour principal souci. Il a subitement projeté Athènes dans l’actualité artistique, dans le concert des capitales européennes. Et pour nous, c’est une véritable révolution sociale et culturelle ».

Festival Athènes Grèce
Ariane Mnouchkine, metteur en scène, pendant les démonstrations à Athènes (place de Syntagma) (Rena Dourou)

Les Travaux d’Hercule

Nommé en 2005 à la présidence et à la direction artistique du festival par le Premier ministre (de droite) de l’époque (et maintenu par la gauche aujourd’hui au pouvoir), grâce à la réputation qu’il s’est faite à la tête du Ballet de Lyon, la compagnie française qui tourne le plus au monde et dont la qualité artistique n’a jamais faibli, Yorgos Loukos entreprend aussitôt de réformer le festival hellène. Il se lance ainsi dès 2006 dans une version moderne des travaux d’Hercule dont le premier constitue à nettoyer les écuries d’Augias, à purger l’équipe dirigeante de tous les inutiles qui l’encombrent, les hommes politiques ayant pris de tout temps l’habitude d’utiliser la manifestation pour caser leurs parents et leurs petits amis. L’équipe est réduite à une douzaine de personnes, chiffre qui passe tout de même à 400 en pleine saison, car le festival occupe quatorze sites dont le théâtre antique d’Epidaure et ses douze mille places, le Mégaron ou le théâtre d’Hérode Atticus et ses 4400 sièges. Cela nécessite donc un personnel technique considérable auquel s’ajoutent le personnel d’accueil, les personnes chargées des multiples productions et de l’intendance.

Le mur de Thémistocle

Il a aussi fallu terrasser l’Hydre de Lerne en coupant court au système des invitations abusives qui favorisait les nantis, les amis, les amis des amis… tout en modernisant le système de billetterie (par internet ou dans les agences bancaires) et tout en oeuvrant pour que les places les plus coûteuses ne s’élèvent pas au-delà de 45 euros (pour les opéras et les grandes coproductions internationales) et descendent à 10, voire à 5 euros pour les étudiants, les artistes, les chômeurs. Il faudra encore conquérir les pommes d’or du Jardin des Hespérides en découvrant un lieu de spectacle d’un genre tout nouveau pour la Grèce, une gigantesque fabrique de meubles située sur la voie qui conduit au Pirée, le long de l’antique muraille jadis édifiée par Thémistocle. Une telle friche industrielle convertie en lieu de spectacle bouleverse les habitudes dans une Grèce jusqu’alors conservatrice et très frileuse dans le domaine culturel. Les immenses hangars désaffectés de Peiraos 260 abritent désormais trois salles de spectacles de dimensions diverses qui attirent massivement un jeune public rebuté jusqu’alors par les sites officiels. Un jeune public qui a vu éclore en son sein diverses associations de spectateurs, d’ »amis du festival ». Enfin la manifestation qui durait quatre mois est ramenée à deux, par stratégie tout d’abord, sous l’effet des coupes budgétaires ensuite.

L’angoisse des restrictions budgétaires

Car c’est au moment où le Festival hellénique conquiert une audience qui rend son existence plus indispensable que jamais, c’est à ce moment que la crise frappe. De 5 millions d’euros en 2009, la subvention du ministère de la Culture est passée à 4 millions en 2010, à 3,2 millions cette année, cependant que celle du ministère du Tourisme, s’élevant 4 millions, demeure jusqu’à présent inchangée et que les recettes de billetterie s’élèvent à 3, 5 millions.

D’Aristophane à Mnouchkine et Warlikowski

 » La Paix  » d’Aristophane jouée par la troupe du Théâtre Diadromi, ou  » Richard III  » de Shakespeare avec l’Old Vic Theater à Epidaure, ou encore la  » Médée  » et l’ » Heraklès  » d’Euripide ; le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine au Metropolitan ; les compagnies de Maguy Marin et de William Forsythe au Peiraos 260 ; l’Orchestre de la Scala dirigé par Semyon Bychkow,  » Femmes  » de Wajdi Mouawad, ou Sylvie Guillem au Théâtre d’Hérode Atticus ; le Cercle de l’Harmonie interprétant  » Idoménée  » de Mozart sous la direction de Jérémie Rhorer, ou  » Eugène Onéguine  » de Tchaïkovsky avec le Théâtre Bolchoï dans la mise en scène de Chemyakov au Megaron ;  » (A)pollonia  » de Krzysztof Warlikowski au Centre culturel Onassis, mais aussi de nombreuses jeunes compagnies de danse ou de théâtre grecques qui ne sont plus guère subventionnées à cause des restrictions budgétaires drastiques, mais demeurent soutenues par le festival : voilà un aperçu du programme de cette édition 2011 pour lequel, en décembre dernier, le Festival d’Athènes ne savait pas encore de quelles subventions il disposerait pour l’assurer.

« Mais la manifestation a pris une telle place dans la cité en six ans que son succès est devenu un phénomène de société, commente un spectateur. C’est aussi ce qui la rend désormais intouchable, malgré la tourmente que traverse la Grèce ».

Raphaël de Gubernatis du Nouvel Observateur

Festivals d’Athènes et d’Epidaure. Festival Grec jusqu’au 6 août 2011.