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ANCRAGE

30 Mar

Ancrage initial, celui du sein maternel

Socle de vie, cette amarre est vitale, constitutive

Éternelle

Force du placenta spirituel et biologique

Culturel et social, affectif et vital.

Ancrage à géométrie variable,

Pour développer la vie

Ancrage minéralogique et géographique

Environnemental, et surtout pour moi

Bain dans l’Océan Atlantique

Mer première de la naissance.

Ancrage des origines méditerranéennes

Tlemcen de l’ancre maternelle.

Aussi ancrage des origines

Celui paternel, Abomey

Royaume familial et berceau historique.

Ancrage comme forge de l’âme

De la personnalité, de mon humanisme.

Ancrage de convergence et

Espace de diffusion vers le monde.

Ancrage, place forte de la culture

En sa totalité.

Ancrage des rythmes, des musiques,

Des paroles, des lumières de toutes les natures.

Ancrage temporel et tangible

Dans l’odeur des lieux et l’espace des rêves.

Ancrage repère et boussole du voyage.

Ancrage nomade pour vivre, survivre et

Explorer l’univers des émotions, des sentiments

Et toute la poésie vitale et mélodique.

Ancrage des libertés et de notre identité

Composite et franche.

Ancrage du Québec

Aux appuis divers de notre langue commune

Unité des valeurs de création

Et des volontés d’être pays.

Ancrage continental

Afrique, Amérique, Asie, Europe.

Depuis l’ancrage sur les rives du Saint-Laurent

Ancrage appuyé sur les berges de l’Ïle de la Tortue.

Définitif ancrage.

Yves ALAVO

Écrivain, poète.

30 mars 2019. LXX.

Verdure sur le Parcours Gouin. Montréal.

Nature et urbanisme, architecture, culture urbaine et développement de la biodiversité. Parcours Gouin à Montréal. Photos Yves Alavo

BIBLIOTHÈQUE VIVANTE – LIVING LIBRARY : AU MAI SAMEDI 28 SEPTEMBRE 2013 DE 13 À 16 HEURES.

16 Sep

Artistes PARTICIPANTS / PARTICPATING Artists

Shirlette Wint, Ally Ntumba, Gilles Garand, Damian Nisenson, Janet Lumb, Eman Haram, Koshro Berahmandi, Mohsen El Gharbi, Anna Beaupré Moulounda, Patricia Pérez, Yves Alavo, Carmen Ruiz

La coiffure d'Amilcar Cabral, héros des indépendances africaines, la Guinée-Bissau.  auto portrait.

La coiffure d’Amilcar Cabral, héros des indépendances africaines, la Guinée-Bissau. auto portrait.

Plusieurs pistes peuvent de dessiner, selon les contextes : l’écriture poétique, la cuisine, les communications, la diversité culturelle en action localement, régionalement et internationalement.

Livre d’une bibliothèque vivante c’est comme s’ouvrir et se laisser lire.  Plusieurs chapitres s’offrent.  Soit une lecture chronologique qui traverse, de l’enfance à la période actuelle, une vie de plus de soixante années vécue sur plusieurs continents, dans des statuts, des fonctions et des situations très variées, souvent circonstancielles, inédites et imprévues.

2010, gagnant des primaires socialistes et co listier de la candidate du PS français, Corinne Narassiguin, première député des Français en Amérique du Nord

2010, gagnant des primaires socialistes et co listier de la candidate du PS français, Corinne Narassiguin, première député des Français en Amérique du Nord

Il pourrait aussi, ce livre, être conçu comme une suite de nouvelles, avec des titres qui sonnent comme autant de thématiques, dont certaines dominées par des personnes, celles qui ont été déterminantes dans ma vie, de la famille, des amis, aussi parfois des relations qui se sont construites lors de la phase d’apprentissage, ou bien au cours des différents emplois assumés.

 

L'harmonie vestimentaire est accessoire, elle peut parfois contribuer à créer du beau.

L’harmonie vestimentaire est accessoire, elle peut parfois contribuer à créer du beau.

 

Enfin, un autre angle peut former la charpente du livre de la vie.  Il s’agit des principales réalisations, les liens entre elles, les effets, changements ou les impacts réalisés dans les domaines d’action, de militance ainsi que les perspectives nouvelles qui s’ouvrent.  Prendre avec soi un certain recul et observer, c’est-à-dire, devenir l’observateur de sa propre vie.

 

Devenir Grand Papa, une vie nouvelle remplie de bonheur.

Devenir Grand Papa, une vie nouvelle remplie de bonheur.

Tels sont à mon sens les voies qui peuvent être empruntées pour porter sur une vie, une œuvre, un pan de notre histoire personnelle et collective, un regard descriptif, analytique ou alors y détecter les mouvements de force, les ruptures ou y lire une certaine continuité.

Un défi sans pareil que de se métamorphoser en livre au sein d’une bibliothèque vivante.

Yves Alavo

Pour les Journées de la Culture

Samedi 28 septembre 2013-09-17

Au MAI Montréal arts interculturels.

CAMUS : CENTENAIRE LE NOBEL DE LITTÉRATURE

8 Août

Albert cigarette en coeur

Que le centenaire de la naissance d’Albert Camus,  soit bien le temps fort de l’avenir au monde de notre grand écrivain, poète, philosophe et journaliste enraciné dans notre Algérie originelle et plus jeune Prix Nobel de littérature, hommage à la culture française universelle, celle des droits de la personne et de la création libre,de la solidarité humaine.

47 ans de 1913 à 1960, une vie pleine et franche

L’exposition « Camus de Tipasa à Lourmarin », du 3 au 8 septembre 2013, à Lourmarin, pour le centenaire de la naissance de l’auteur de L’Etranger.

« Voici vos ors, que je sertis de remerciements. » Ainsi commence la lettre inédite d’Albert Camus à Jean-Paul Sartre, trouvée par deux libraires d’Orléans dans un livre acheté à un collectionneur.

Pendant le Salon du livre ancien de Loumarin

http://www.salondelourmarin.fr/

A l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus dont Lourmarin fut le village d’adoption, l’associationSisyphe, organisatrice du Salon du Livre ancien et de la Bibliophilie de Lourmarin, aura le plaisir de vous présenter une exposition retraçant le parcours éditorial de l’auteur.

Château de Loumarin, Luberon

Au château de Lourmarin le visiteur pourra découvrir une chronologie précise et exhaustive des œuvres de Camus jalonnée par des exemplaires précieux, pour certains jamais exposés, et des documents uniques  (manuscrits, photographies, correspondances) : ils seront rassemblés ici pour la première fois de notre histoire.

Le Salon du Livre ancien et de la Bibliophilie de Lourmarin, anciennement « Journées du Livre ancien et de la Bilbiophilie de Lourmarin » a été fondé en 2003  par Léoda Scale et Bernard Maurel, libraires spécialisés en éditions d’art. Jusqu’alors régies par l’association Lubéron-Montagne Magique, ces Journées ont vu le jour grâce à l’élan passionné de ce couple de libraires.

Mme Léoda Scale, passionnée comme son mari, deux pionniers

Fondatrice du salon

Ayant comme tant d’autres suivi depuis ses débuts ce rendez-vous annuel, nous avons aujourd’hui à charge de reprendre l’organisation de cette manifestation. L’association Sisyphe, nouvellement constituée, est  organisatrice de l’événement, renommé Salon du Livre ancien et de la Bibliophilie de Lourmarin.

Bernard Maurel co-fondateur

Pour sa VIII ème édition, le Salon sera désormais enrichi chaque année d’un événement culturel (concert, exposition) visant à promouvoir le livre et ses acteurs.

célèbre photo de l'homme de Stockholm, Prix Nobel

Hervé et Eva Valentin, qui organisent une exposition consacrée à Camus en septembre à Lourmarin, l’ont découverte dans une édition originale d’un texte de Sartre. Le mot, manuscrit, avait été glissé dans l’ouvrage en 1966.

Non datée, la lettre pourrait concerner la période allant de 1943, année de leur rencontre, à 1948, celle de leur rupture, d’après des experts. Selon les découvreurs de la lettre, qui citent l’expertise de Ronald Aronson, spécialiste américain de Sartre, « cette lettre est très importante, elle montre, contrairement à ce qu’ont écrit certains auteurs, que Sartre et Camus avaient une relation amicale et suivie ».

L’instituteur

Le jour où il a reçu le sien, Albert Camus a tiré son chapeau à son instituteur. Un certain Louis Germain, qui lui apprit mille choses en le jugeant digne « de découvrir le monde », se souvient-il dans Le Premier Homme, et qui l’encouragea à poursuivre ses études.

Robert Gallimard

Il y devient le principal interlocuteur de Jean-Paul Sartre et de Romain Gary, et de bien d’autres auteurs, gérant aussi nombre de successions, jusqu’en 1990. Membre du comité de lecture, assis à la droite de Gaston, dont il supplée, la vieillesse venant, l’ouïe défaillante, Robert Gallimard exerce ainsi plus de quarante ans un magistère discret mais impeccable. En janvier 1952, il épouse Renée Thomasset, la sœur de Jeanne (1919-2006) qui fut successivement la femme de Pierre Gallimard, frère de Robert, puis de leur cousin germain Michel (1917-1960). Celui-là même qui périt des suites de l’accident de voiture qui coûta la vie à Albert Camus, à bord de la Facel-Vega de l’éditeur, le 4 janvier 1960. Emotion nationale autant que drame familial.

Robert reprend alors la direction de la « Bibliothèque de la Pléiade », passée dès 1946 sous la responsabilité directe de la famille, Raymond, frère de Gaston, puis Michel justement, dont Robert maintient le directeur littéraire, Jean Ducourneau, tout juste choisi par Michel en 1959.

Au sein de la maison, dans le sillage de son cousin, Robert accueille plutôt des hommes de gauche, même si lui-même se veut apolitique, en retrait par rapport à Mascolo, qui, ancien résistant, milite pour l’émancipation algérienne, animant le Comité des intellectuels français contre la poursuite de la guerre en Afrique du nord. C’est Robert qui s’entretient en priorité avec Sartre, Camus bien sûr, d’autres penseurs et écrivains que des affinités d’esprit et des amitiés communes lient plus clairement que leurs options politiques.

En 1960, le décès tragique de Michel Gallimard (neveu de Gaston) au volant de sa Face Vega, avec Albert Camus à son côté, comme passager, empêche une première guerre de succession : Claude Gallimard, fils de Gaston, reste en effet, seul maître à bord. Trente ans après, à la…

Le premier Homme : un film en 2013.

Publié en 1994, Le Premier Homme, roman inachevé, jetait une lumière vive sur l’enfance d’Albert Camus. Le film de Gianni Amelio filtre cette lumière à travers les conventions de l’adaptation littéraire au cinéma. Le récit va et vient entre l’enfance de l’écrivain et une visite qu’il fait à Alger en 1958. Jacques Gamblin incarne avec une dignité un peu compassée cet enfant du pays qui découvre sa patrie à l’agonie, secouée par les attentats et la répression, déchirée par une haine qu’il s’obstine à croire curable.

On ne peut rien reprocher au Premier homme, le film. Chaque réplique est pesée. La partie du récit située en 1958 s’appuie sur des écrits ou des propos de Camus. Le portrait des deux femmes qui ont encadré son enfance – sa grand-mère et sa mère – est tracé avec une sobriété bienvenue, mais sans grand relief. On verra passer Bruno Podalydès en instituteur qui décèle chez le futur prix Nobel l’étoffe d’un intellectuel et Jean-François Stévenin en fermier humaniste. On devine derrière chacun de ces tableau un chapitre, un paragraphe, luxueusement et fidèlement illustrés.

Ninot Jouglet incarne Camus enfant

La lumière impeccable, les uniformes et les vêtements d’époque irréprochables, la musique pleine de goût, tout est fait pour témoigner d’un respect infini à l’oeuvre et à son auteur. Mais c’est une attitude qui convient mieux aux mausolées qu’aux salles de cinéma.  Film français et italien de Gianni Amelio, avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès. (1h41)

Le mythe de Sisyphe

En effet, dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus défend l’idée que, face à un monde absurde où tout va vers la mort, il ne faut pourtant pas se résigner, mais au contraire se révolter, seule attitude susceptible de donner du sens à une existence humaine.

Dans le monde de plus en plus clairsemé des grandes consciences indignées, Françoise Seligmann, morte le 27 février à l’âge de 93 ans, occupait pourtant une place tout aussi lumineuse : résistante de la première heure, pilier de la Ligue des droits de l’homme, cette ancienne sénatrice socialiste avait conservé intacte, malgré le grand âge, cette faculté de s’élever contre les injustices qui fut le fil rouge de sa vie.

Conscience exceptionnelle : Résistante, femme politique Françoise Seligmann

Dans la préface de son livre Les Socialistes aux portes du pouvoir (Michalon, 2005), son ami Pierre Joxe avait inventé un néologisme pour la qualifier : « Comme d’autres sont polyglottes ou polytechniciens, elle est polygénérationnelle. » Le mot est juste : par ses engagements successifs, Françoise Seligmann a bel et bien appartenu à plusieurs générations militantes, liant son destin à quelques-unes des grandes causes du « second XXe siècle », témoignant d’un goût jamais démenti pour le combat.

Combat : c’est d’ailleurs par ce mot qu’il faut commencer, car au fond tout est parti de là. C’est en effet au sein de Combat, le mouvement de Résistance fondé par Henri Frenay, que Françoise Jullien – son nom de jeune fille – dit pour la première fois non à l’ordre établi. Née le 9 juin 1919 à Marseille, c’est alors une étudiante de 22 ans, ou plutôt une ancienne étudiante, car elle a dû cesser de l’être pour gagner sa vie après la promulgation par Vichy du « statut des juifs » du 3 octobre 1940, qui a contraint sa mère à quitter l’enseignement.

A l’époque, la jeune femme avait le choix de la facilité. Celle que lui proposa son père, officier dans l’armée coloniale mais absent depuis dix ans, qui lui écrivit alors cette lettre aussitôt déchirée mais à jamais restée dans sa mémoire : « Tu dois comprendre que ton avenir serait bien compromis si tu restais auprès de ta juive de mère. Je t’invite à nous rejoindre à Casablanca où nous t’accueillerons, ma femme et moi. »

Préférant rester auprès de sa « juive de mère », la jeune femme accomplira de nombreuses missions au sein de Combat : fabrication de faux papiers, exfiltration de dizaines d’enfants juifs vers la Suisse, jusqu’à une opération commando, revolver au poing, destinée à libérer une camarade résistante prisonnière à l’hôpital de Blois… Tout cela est raconté dans Liberté, quand tu nous tiens… (Fayard, 2000-2003), deux très beaux volumes de Mémoires publiés après la mort de son mari, François-Gérard Seligmann (1912-1999), ancien résistant devenu antiquaire et collectionneur.

Rôle central au PS

Après la guerre, Françoise Seligmann mènera d’autres combats. Féministe, elle fonde en 1946, l’année où Hélène Lazareff lance le magazine Elle, le journal La Française, auquel collabore Albert Camus. En 1949, elle adhère à la Ligue des droits de l’homme et en devient l’une des chevilles ouvrières. Elle y fonde, en 1957, la revue Après-demain, qui existe toujours.

La politique active ne tarde toutefois pas à la rattraper. A la demande de Pierre Mendès France, Françoise Seligmann accepte, à l’été 1958, de devenir secrétaire nationale de l’Union des forces démocratiques, un cartel regroupant des forces politiques de gauche opposées au retour au pouvoir du général de Gaulle et à la Constitution de la Ve République. A ce titre, elle participe à la campagne d’Albert Châtelet, ancien doyen de la faculté des sciences et candidat de la gauche non communiste contre de Gaulle à la présidentielle du 21 décembre 1958.

Le scrutin, auquel participent 80 000 grands électeurs, est une déconvenue totale : de Gaulle est élu avec 78,5 % des voix, et Albert Châtelet n’obtient que 8,5 % des suffrages, cinq points derrière le candidat communiste Georges Marrane.

Engagée contre la torture au moment de la guerre d’Algérie, Françoise Seligmann revient à la politique partisane au moment de la campagne présidentielle de 1974. Au QG de François Mitterrand, au troisième étage de la tour Montparnasse, elle s’occupe du courrier. Après la défaite du candidat socialiste, elle joue un rôle central dans la mobilisation de l’appareil militant du PS. Elle y crée notamment les « Entretiens du jeudi », une sorte de club où les responsables du parti commentent l’actualité de la semaine avec les sympathisants, mais aussi « Allo PS », un bulletin quotidien d’information téléphonique sur la vie du PS…

Proche de Pierre Joxe, et plus tard de Bertrand Delanoë ou d’Arnaud Montebourg, Françoise Seligmann devient sénatrice des Hauts-de-Seine en 1992. L’aventure ne durera que trois ans, mais le goût de l’action ne la quittera pas pour autant. En 2006, à 87 ans, elle crée une fondation à son nom qui finance des projets dans des quartiers difficiles et décerne chaque année un prix littéraire contre le racisme.

Elle était encore là, le 5 février, à l’Hôtel de Ville de Paris, pour la remise de ce prix à Léonora Miano pour son livreEcrits pour la parole (éd. de l’Arche). Fidèle, jusqu’au bout, à ce qualificatif si juste que lui donna il y a dix ans Le Nouvel Observateur : celui de « vieille dame indignée ».

 

En réflexion

 

 

La solitude du gardien de but 

Quel est le point commun entre Albert Camus et le pape Jean Paul II ? Facile : ils ont tous les deux été gardiens de but. Comme Arthur Conan Doyle, Vladimir Nabokov ou encore Che Guevara, d’ailleurs.. C’est à se demander si l’idée de porter un maillot différent du reste des joueurs.

« Créer, c’est donner une forme à son destin », écrivait Albert Camus

Roger Grenier
oger Grenier parle comme il écrit : à l’économie. A chaque question, il répond en trois ou quatre phrases, pas plus. Parfois il dispense une anecdote – sa hotte à souvenirs en contient des quantités – puis il s’arrête net et vous fixe avec attention. De digression, point. Jamais d’épanchement non plus. L’homme n’est pas bavard. Il ne tient pas à fanfaronner. Cet écrivain du désenchantement juge du bon cru d’une année au nombre de fois où il s’est rendu aux sports d’hiver. Non aux prix littéraires qu’il a pu remporter au cours de sa carrière. C’est dire.En exergue de son nouveau recueil de nouvelles, ce nonagénaire à l’oeil malicieux, pilier historique de la maison Gallimard qui l’a recruté en 1964, a choisi une phrase d’A. O. Barnabooth, le double de Valéry Larbaud : « Je préfère parler de moi à la troisième personne, c’est plus convenable. » C’est ainsi que ce myope voit loin. En une dizaine de pages, il résume l’existence de quelques velléitaires, ombrée par le regret et traversée de rencontres fugaces. Mélancolique, Grenier ? « Non, nostalgique peut-être, pessimiste, sensible à l’absurde. »

On verrait bien cet érudit, en tout point frugal, croqué par Sempé. Les personnages de Brefs récits pour une longue histoire lui ressemblent. Chez eux, pas de sanglots ni même de soupirs. Plutôt une pointe de fatalisme. Ces histoires d’amour aussi ratées que le sont les suicides se savourent à la manière d’un chasse-spleen. A ceci près que le nouvelliste, féru de Tchekhov, ne dédaigne pas l’humour. Des exemples ? Ce mort qui, depuis sa tombe, entend sa veuve, qu’il avait jadis connue si douce, virer acariâtre au fil des ans ; ce jeune coursier censé aider un groupe de résistants à prendre l’Hôtel Matignon en août 1944, confond celui-ci avec un meublé dans la rue du même nom. Lequel se révèle être une maison close où, en ce jour historique pour la libération de Paris, il sera déniaisé. Défaite ou victoire, c’est selon, estimeront les lecteurs.

Ce travailleur paresseux

Que ces tranches de vie soient ou non inspirées de faits vécus, par l’auteur ou par d’autres, a peu d’importance. « Je me suis rendu compte que, qu’on invente ou qu’on dise la vérité, le ton reste le même. » Distinguée par le Grand Prix de l’Académie française en 1991, l’oeuvre de Roger Grenier, riche d’une trentaine d’ouvrages (romans, nouvelles, essais) manifeste une forte unité. C’est une fugue jouée mezza voce. « En évoluant, on se rend compte que forme et fond sont inséparables. Plus les années passaient, plus je trouvais un ton à moi. Je pense à une musique. Quand je relis une page et que je juge que ce n’est pas moi, je l’enlève. » Le genre bref est celui qu’il affectionne le plus, celui où il excelle. « C’est facile à faire, difficile à réussir », convient-il.

Situé au 3e étage de la maison d’édition, le bureau 138 est à l’image de son occupant : modeste. Hormis les piles de livres et le branchage encore vert d’un marronnier balayant la fenêtre, aucun ornement n’égaye la « cellule » où ce travailleur paresseux, donc infatigable dit-il, se rend tous les jours. Pour apercevoir une photographie du maître des lieux, il faut s’introduire dans le bureau voisin, celui de J. B. Pontalis. Voici Roger Grenier avec son chien, Ulysse, qu’il a tant aimé et qui a joué dans Folies bourgeoises, de Claude Chabrol (1976). « Pontalis est un vieux copain. Il vient se plaindre alors que c’est lui le psychanalyste et s’amuse à dire que je n’ai pas d’inconscient. On s’est connus chez Sartre, aux Temps modernes. » Mémoire d’une maison dont il est aujourd’hui le doyen, Roger Grenier est un monument de frêle apparence qu’on vient visiter du monde entier pour l’entendre conter ses compagnonnages et sa traversée du siècle. Et quel parcours que le sien ! Il a conduit le gamin de Pau, fils de petits-bourgeois, à s’engager dans la Résistance, puis à côtoyer les plus grands intellectuels de son temps. « Une succession de hasards », prétend-il, sans quoi il eût été « clerc de notaire ou employé de préfecture ». Confident de Gaston Gallimard, intervieweur d’André Gide, de Mistinguett et de Maurice Thorez, ami intime d’Albert Camus, de Pascal Pia, de Romain Gary, de Claude Roy dont il a été l’exécuteur testamentaire, Roger Grenier n’a jamais tenu de journal intime. Il n’entend pas davantage écrire ses Mémoires. En revanche, lorsqu’il est sollicité pour parler de ses camarades, il répond présent.

Tel est cet ancien journaliste passé par Combat puis par France Soir, cet éditeur qui a appris à s’effacer et à se mettre au service d’autrui. Roger Grenier est à un âge où l’on a enterré beaucoup d’amis. A le voir si attentif, parfois espiègle, il ne semble pas encombré par ses chers disparus. Sans doute est-ce plus « convenable » ainsi.

Macha Séry

OAS

C’est en 1961, et non en 1958, comme écrit par erreur dans notre reportage consacré à l’exposition Albert Camus (Le Monde du 15 septembre), que les premiers militants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS, elle-même créée en 1961), opposés à l’indépendance de l’Algérie,

Résister

 

Camus, couleur et sourire

 

Résistante enfin, à Londres, elle se range du côté du général de Gaulle avant de mourir précocement de tuberculose, non sans laisser un des livres de philosophie politique à contre-courant des temps nouveaux, édité par Albert Camus : L’Enracinement (Folio, 1990)

Kateb Yacine Algérie

Entre 1955 et 1962, Mouloud Feraoun, kabyle, romancier et instituteur en Algérie, ami d’Albert Camus, a tenu un journal (paru au Seuil en 1962, mais épuisé) qui se révèle être un document passionnant pour comprendre l’insurrection algérienne. Ce texte montre aussi un

« Exilés du même royaume, nous voici comme deux frères ennemis, drapés dans l’orgueil de la possession renonçante, ayant superbement rejeté l’héritage pour n’avoir pas à le partager », écrit Kateb Yacine à Albert Camus, quelques semaines avant que ce dernier reçoive le prix…

L’empreinte d’Albert Camus, d’Emmanuel Roblès, de Jules Roy, de Driss Chraïbi, de Kateb Yacine…» et « La littérature sert-elle aussi à faire la paix ? » Parmi les auteurs présents figurent Hélène Cixous, Boualem Sansal, Abdellatif Laabi, Noura Bensaad, Michel del…

Cela, je l’ai écrit il y a déjà vingt ans dans mes ouvrages, à la suite, bien sûr, des écrits d’Albert Camus, qui, lui-même issu d’un milieu très pauvre, expliquait la destinée des Européens d’Algérie à travers ses livres, notamment Le Premier Homme.

Journaliste

 

 

Visage de philosophe

 

 

Ni dans Fragments d’un combat 1938-1940 (Gallimard, « Cahiers Albert Camus » n° 3, 1978), de Jacqueline Lévy-Valensi et André Abbou, qui réunit des articles publiés par Camus alors qu’il habitait en Algérie.. C’est en dépouillant carton par carton que nous…

« Le journaliste est l’historien de l’instant », disait Albert Camus. L’instant serait donc à la phobie. Phobie douce, phobie dure…. « Prolophobie » n’est certes paru qu’à deux reprises dans Le Monde. Mais la première, dans la chronique de Franck Nouchi en avril 2011 («..

Rencontres :  Il y aura notamment une rencontre entre la fille d’Albert Camus, Catherine, et l’épouse de René Char, Marie-Claude, un hommage à Guy Debord organisé avec l’université de Strasbourg, une rencontre entre Maurice Nadeau et Laure Adler. Portée par la ville de Strasbourg, cette..

Diplomatie littéraire

Victor Hugo, Charles Baudelaire, Albert Camus, mais aussi Milan Kundera ou Mario Vargas Llosa ont permis à leurs lecteurs de résister aux divers assauts d’un nihilisme protéiforme et de regarder vers notre pays pour y chercher consolation ou espérance, parfois en dépit de…

L’Étranger : Meilleure vente : L’Etranger, d’Albert Camus (6,6 millions d’ex., 1972).. Domaine : collection de poche de littérature française et étrangère..

Marseille : Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), dont les fondations s’achèvent, rendra hommage à Albert Camus, « l’étranger qui nous ressemble ». La nature est au programme avec l’ouverture d’un sentier de grande randonnée, le GR 2013,

CATHERINE PARLE DE SON PÈRE

Pas de manifestation officielle, pas de partage culturel national autour du centenaire de la naissance d’Albert Camus (1913-1960), l’auteur de L’Etranger, Le Mythe de Sisyphe ou d’Actuelles, dont l’œuvre est traduite en soixante langues. Mais aux quatre coins de la France et de par le monde, une myriade d’initiatives. On dira que cela correspond mieux à l’esprit libertaire de Camus, mais quand même. D’autant que la grande exposition prévue par Marseille-Provence Capitale européenne de la Culture a avorté. Il était donc l’heure d’aller rencontrer celle qui, avec pudeur et humilité, s’occupe de la vie des œuvres de son père. Catherine Camus a accepté de nous recevoir dans la fameuse maison de Lourmarin, celle que les habitants du cru refusent de vous indiquer afin de la protéger des indiscrets. Extraits d’une très longue conversation ponctuée de beaucoup de rires.

Journal César – Deux mots sur ce lieu. Votre père qui fréquentait René Char à l’Isle sur Sorgues a acheté cette maison et en a fait la surprise à sa famille ?
Catherine Camus – Il l’a trouvée en septembre 1958. Il nous a amenés ici. Je me souviens d’un jour de septembre brumeux, très doux, et de la grande rue de Lourmarin qui était paysan à l’époque. Il a demandé si l’on regretterait la mer. Mon frère a dit non, moi j’ai dit oui. Puis il a acheté la maison et l’a entièrement arrangée avant de nous faire venir. Il y avait tout, rideaux, lits, draps, tasses, assiettes, meubles. Il avait tout conçu avec des artisans et des brocanteurs. C’était un cadeau magnifique, irréel pour nous qui avions été élevés sans superflu.

Qu’est-ce qui lui plaisait dans cette maison ?
Elle possède une vue magnifique. On y ressent un sentiment de respiration, de beauté. Et pour lui, la mer était derrière les montagnes et, derrière la mer, il y avait l’Algérie.

La signature du journaliste

 

 

Lorsqu’on évoque Albert Camus, il y a le mythe. Mais pour vous, il y a le père. Comment le décrire ?
C’était quelqu’un de rassurant. De juste. De sévère. D’éthique. Et de tendre.

Des tonalités que l’on retrouve dans ses écrits si l’on estime qu’Albert Camus, ça grandit le lecteur, ça apaise, ça suscite des interrogations ?
En effet, ce n’est pas lui qui répond à votre place. Mon père nous posait des questions. Il nous mettait devant qui on était, ce qu’on avait fait. Il nous demandait ce qu’on en pensait. Il m’a appris à ne pas mentir. Le mensonge est mortifère, il tue la vie. On était libres et responsables. C’est sûr que c’est fatigant. C’est pour cela que beaucoup de gens n’ont pas envie d’être libres. Cela suppose un état d’alerte permanent. La liberté sans responsabilité n’existe pas. Sinon vous êtes un parasite. Vous êtes responsable de vous-même et de vos actes. Et à chaque heure de la journée, vous faites un choix et ce choix a des conséquences. Aujourd’hui, les responsabilités sont extrêmement diluées. Vous ramassez un truc des impôts, vous dites que vous avez payé, mais on vous dit que c’est l’ordinateur. Lequel ordinateur peut aller jusqu’à vous envoyer le commissaire ou le serrurier. On ne sait pas quand cela va s’arrêter, mais c’est la faute à personne. Après, le principe de transversalité dont on nous rebat les oreilles, c’est la dilution de la responsabilité individuelle.

Comment se manifestait à l’égard de votre frère et de vous cette exigence ?
Elle se manifestait tout le temps, dans le mal et le bien. Par exemple, il m’apportait des livres et me demandait ce que j’en pensais. Ce que je disais ne devait pas être d’un très haut niveau intellectuel, mais il ne m’a jamais dit que c’était idiot. Au contraire, il me demandait pourquoi je pensais cela, insistait sur des points particuliers. Si l’on avait fait une connerie, il ne criait pas. Il nous demandait ce qu’on en pensait. Mon père disait toujours : « Ce qu’on ne peut pas changer, il faut juste en tenir compte mais pas se résigner ». Et quand il y avait un gros problème, il disait qu’il fallait « se faire une disposition pour ». Cela m’a aidée toute ma vie. Et Dieu sait que je n’ai pas eu une vie sur des roulements à billes. Mais j’ai pensé que ma vie, c’est ma vie, la seule que j’ai. Et que la seule liberté que j’ai, c’est de faire en sorte que j’accepte même l’inacceptable s’il est inéluctable. Sinon, l’on se perd. Or, qu’est ce qu’on peut donner aux autres si on s’est perdu ?

Autre aspect de la personnalité de votre père, il était plutôt spartiate, pas dispendieux.
Mon père avait vécu dans la nécessité, se demandant si on allait manger et s’il y aurait de l’argent pour le lendemain. Il avait une juste idée de comment on dépense son argent. Alors, élevée comme cela, c’est un peu compliqué pour moi d’accepter l’époque dans laquelle on vit. Aujourd’hui, on est tellement passé à la machine à laver de la publicité que les gens sont malheureux parce qu’ils ne consomment pas assez ou parce qu’il y a un retard dans le train. (Ici l’on évoque Pierre Rahbi qu’elle adore et ses réflexions sur « la sobriété heureuse »).

Vous avez composé un livre, Albert Camus, solitaire et solidaire 1. Pourquoi ces deux termes ?  
Un jour, je lui demande : «Tu es triste ? » et il me répond : « Je suis seul ». C’était au moment de L’Homme révolté et j’ai compris beaucoup plus tard pourquoi, parce que lorsque vous avez neuf ans, vous ne savez pas 2. Je l’ai juste regardé en espérant qu’il ait compris. Car, pour moi, il n’était pas seul puisque j’étais là ! Mais évidemment que oui, il était seul ! Il y a des gens comme cela qui ont autour d’eux une espèce de cristal de solitude qui fait comme un sas entre le monde et eux. Et qui sont présents quand même.

Doit-on voir dans cette solitude le fait que certains de ses écrits, dans leur souci des nuances humaines, juraient avec les logiques idéologiques d’une époque, celle de la Guerre froide, terriblement manichéiste ?
Oui ! Et c’est en cela qu’il était seul. D’autant qu’il n’avait pas derrière lui un parti, ou l’orchestre que beaucoup de gens prennent la précaution d’avoir avant de s’exprimer. Lui, il était seul, à côté de l’Homme. De tous les hommes. De tous ceux qui justement n’avaient pas la parole.

A propos du mot solidaire. Peut-on comprendre Camus à travers la métaphore de la passe en football ? Lui qui disait :« Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois » ?  Bien sûr. La passe, c’est la solidarité. Sans les autres, vous n’êtes rien. En 2008, d’ailleurs, Wally Rosell a écrit un truc génial pour les Rencontres méditerranéennes Albert Camus de Lourmarin : Eloge de la passe tiré de l’acte fondateur du football anarcho-camusien.
Quid des rapports d’Albert Camus avec les libertaires ?
J’ai souvent suggéré en haut lieu qu’on fasse quelque chose sur ce thème mais l’on m’a regardée en me faisant comprendre qu’on n’était pas sur la même fréquence d’ondes. Aussi ce thème fut abordé lors des Rencontres. A ce propos, j’avais dis à l’organisatrice, Andrée Fosty : « Je t’assure que c’est intéressant. Ceci dit, si les libertaires débarquent à Lourmarin je te souhaite du plaisir ». En fait, le seul remous qu’il y eut fut à propos du football. Wally Rosell, qui est le neveu de ce libertaire formidable, Maurice Joyeux, s’était mis à expliquer qu’il n’y avait pas de plus belle place dans une équipe que celle de demi-centre (rire)…

Pour sa part, votre père avait été gardien de but du Racing Universitaire d’Alger ?
Et il paraît que c’était un bon ! A cet égard, étant donné que Marseille Provence 2013 fut un échec, j’ai proposé que Lourmarin-Provence-2013 organise le 15 juin un match en hommage au premier goal Prix Nobel de Littérature. Il y aura une équipe Camus contre l’IJSF (La jeunesse sportive de Lourmarin) et des chibanis. L’arbitre sera le facteur qui est un bon joueur de foot !

Vous gérez l’œuvre de votre père depuis 1980 mais n’avez jamais voulu être une gardienne du temple. Quelle est votre philosophie à l’égard de toutes les sollicitations qui vous parviennent ?
Il n’y en a pas (rire). A partir du moment où l’esprit, l’éthique, de mon père sont respectés, j’accepte. Les demandes sont aussi variées que l’humanité. Et donc, à ceux qui s’adressent à moi, y compris les opportunistes pour lesquels papa fait plus tabouret qu’autre chose, je dis oui si c’est correctement fait. Après, j’ai une vision de l’oeuvre de Camus comme tous les lecteurs. Je ne détiens aucune vérité.

Dans toutes ces propositions, je suppose qu’il y en a d’étonnantes ?
Il y en a aussi de consternantes et j’ai d’ailleurs constitué un dossier de « curiosités » (rire). Mais il y a aussi des choses en bien. J’ai été très étonnée, par exemple, lorsque Abd al Malik souhaitait travailler sur la préface de L’Envers et l’endroit. L’oeuvre n’est pas très connue et la préface, très importante, l’est encore moins. Quand ce garçon formidable m’a envoyé ses textes je les ai trouvés en harmonie avec la préface. Et bien que n’ayant pas une passion pour le rap, lorsque je suis allée l’écouter, j’ai été fort séduite par son travail et j’ai eu le sentiment que mon père était à sa place.

Vous avez achevé la publication du manuscrit Le Premier homme au bout de huit ans 3. Qu’avez-vous découvert à travers ce texte ?
Ce qu’il y avait dans Le Premier homme, je le savais. Une chose a changé, c’est la vision de ma grand-mère maternelle qui se promenait quand même avec un nerf de bœuf. Je la détestais parce que papa s’y référait lorsque nous voulions quelque chose de superflu, nous expliquant qu’on avait un toit, à manger et des livres, ou lorsqu’il nous disait comment il enlevait ses chaussures pour pouvoir jouer au foot. Et puis, je me suis rendu compte qu’elle avait eu des méthodes un peu rudes mais qu’elle n’avait pas eu le choix.

Vous avez dit qu’en travaillant sur ce livre vous sentiez presque son écriture ?
Vous ne pouvez pas travailler longtemps sur un manuscrit de mon père au risque de partir sur une mauvaise piste. C’est comme un tricot. Vous sautez deux mailles, vous avez un trou dans le tricot ou montez une manche à l’envers. Il faut faire attention à chaque mot. Donc, j’y travaillais trois heures par jour. Mais c’est vrai que par moments j’avais l’impression que l’écriture ne passait pas par ma tête mais que je mettais le mot qu’il fallait. C’était juste parce que c’était du corps à corps avec le texte. C’est limite comme impression ! On sent que Montfavet n’est pas très loin (rire).

Comment était ce manuscrit ?
Très raturé. Il comportait beaucoup de rajouts, d’interrogations, que j’ai respectés. Pour certaines feuilles, c’était la place de l’Etoile. Avec le doigt, vous devez suivre la ligne pour voir si vous ne vous êtes pas trompé…
Parlant de votre lecture de La Chute lorsque vous aviez 17 ans, vous avez dit : « Je trouvais qu’il était innocent » ?
Ce livre est douloureux. Et lorsque je l’ai lu à cet âge-là, je me suis demandée : « mais il ne le savait pas qu’on est double ? » Mais lui, avait dû me l’apprendre. C’est en cela que je l’avais trouvé innocent. Mais c’est vrai que La Chute c’est aussi le déchirement de la perte de l’innocence…

Ceci dit, il y toujours en filigrane dans les écrits d’Albert Camus une innocence ?
Oui, au sens originel, ce qui ne nuit pas. Et en ce sens, je pense que les écrits de mon père tendent à aider les autres. Quand il dit : un artiste ne juge pas, il essaie de comprendre. Mais artiste ou pas, nous devrions tous faire cela. Certes, il y a des choses à ne pas accepter et on peut juger que quelqu’un qui va dénoncer un Juif durant la guerre est incompréhensible, mais en dehors de situation extrême, dans la vie courante, on peut essayer de comprendre sans toutefois admettre.

Vous le voyiez écrire ?
Oui, debout à son écritoire. Je pense que lorsqu’on a été très malade et qu’on a pensé mourir (Ndlr : Camus fut atteint de tuberculose), le lit est quelque chose de très anxiogène. Qu’on a besoin de remuer…

Votre père était exigeant avec la langue française, au point, lors de son discours de réception du Prix Nobel de Littérature à Stockholm, de saluer Louis Germain, son instituteur. Il pensait que c’était une conquête pour lui ?
C’en était une ! Car enfant, il parlait le pataouète, le langage de la rue à Belcourt 4. C’est ce qui le sépare de la majeure partie des écrivains français de son époque qui étaient issus de milieux aisés.

Comment a-t-il vécu cette célébrité ?
Comme tout un artiste, il aimait être reconnu. Mais il était pudique et ne se prenait pas pour Pic de la Mirandole. Car vous perdez de l’humain dans la célébrité.

(1) Albert Camus, solitaire et solidaire, Ed Michel Lafon. L’essentiel des œuvres d’Albert Camus est disponible chez Gallimard.
(2) Paru en 1951, L’Homme révolté suscite une violente polémique avec les « Existentialistes » qui sera entretenue par la revue Les Temps modernes et qui entraîne la brouille définitive avec Sartre. Camus écrira : « C’est un livre qui a fait beaucoup de bruit mais qui m’a valu plus d’ennemis que d’amis (du moins les premiers ont crié plus fort que les derniers). (…) Parmi mes livres, c’est celui auquel je tiens le plus ».
(3) Un roman qu’écrivait Albert Camus au moment de son accident mortel. Une oeuvre aux accents autobiographiques qui évoque avec tendresse ses souvenirs d’enfance.
(4) Le parler des Français d’Algérie qui comporte beaucoup d’emprunts à l’arabe, à l’espagnol et à l’italien.

TOUS LES COMMENTAIRES

Belle interview… Merci ! En particulier pour cette étymologie d’“innocence”, ce qui ne nuit pas.

Vous me donnez l’envie de relire ce que je connais déjà de Camus, et de découvrir tout ce que j’en ignore.

Oui, Albert Camus est un phare dans la nuit. « Le premier homme » je ne sais pourquoi  me reste comme un livre solaire que je garde au coeur. « Le mythe de Sisyphe » fut choisi par mon professeur de philo pour que je le dissèque afin de préparer le bac philo; ce prof faisait du sur-mesure pour certaines de ses élèves et ce livre aussi marque ma vie. Merci à Catherine Camus, intègre et souriante.

Pendant toute ma carrière d’enseignant en Lycée Professionnel, j’ai fait lire et commenter « La Peste ».

J’ose espérer que mes élèves en ont tiré quelques leçons bien utiles en ces temps de recontamination des esprits par l’idéologie nazillonne, le fascisme rempant, et ces prétendues « valeurs » que défend la droite dure, la droite décomplexée.

Ce n’est pas facile de vivre « libre et responsable ». La majorité de nos semblables aspirent à suivre, à subir, à obéir à un gourou, à un « sauveur », à un « chef. »

L’Homme est un animal grégaire et moutonnier tout en étant un loup pour l’Homme.

Mais qu’est-ce que l’Homme ? Les humains. Oui. Gare aux abstractions !

Journal César – Deux mots sur ce lieu. Votre père qui fréquentait René Char à l’Isle sur Sorgues

La poésie me volera ma mort. ( René Char )

J’ai été au cimetière de Lourmarin un après midi de septembre il y a quelques années. La lavande fleurait bon, l’air était doux, quelque chose de paisible envahissait l’esprit; me revenaient alors les très longues phrases du « Premier homme », la description du jardin de l’hôpital où travaillait sa mère, une ode à la nature, aux plantes, un des plus beau livre que qu’il m’ait été donné de lire. Merci pour ce billet, merci à Catherine Camus.

Merci de nous avoir introduit au sein de cette conversation. Il y a quelque chose de touchant dans la simplicité et la tempérance des réponses qui rappelle heureusement le « discours » du père. Une réserve sur le fond toutefois. Pourquoi reprendre ce propos redevenu à la mode chez nombre d’intellectuels sur le refus du mensonge, avec cette connotation plus moins consciente de morale confortable passant sous silence les multiples situations périlleuses que les hommes doivent affronter dans des positions manifestement d’infériorité physique, intellectuelle, quand cela n’est pas immédiatement et directement vital ? Et que dire dans ces conditions de l’usage du mensonge par omission, du mensonge jaillissant de l’inconscient, du rôle du mensonge dans la nécessité dialectique des rapports humains, de ceux des états, des sociétés, des rapports sociaux-économiques contraints, voire criminels, de la place du mensonge dans cet étrange dialogue de sourd qui se perpétue entre entre la vérité et la réalité… . Peut-on raisonnablement traverser la vie humaine -hier, aujourd’hui et demain –  avec pour discipline stricte et mot d’ordre :  je ne mens jamais ?!  Je pense qu’il est effectivement possible de le faire à trois conditions : être sorti(e) de la cuisse de Jupiter, de n’avoir de compte à rendre à quiconque, et de ce fait, de s’abstenir du commerce des hommes !  Signé : un menteur séquentiel et contraint !

Merci de nous avoir introduit au sein de cette conversation. Il y a quelque chose de touchant dans la simplicité et la tempérance des réponses qui rappelle heureusement le « discours » du père. Une réserve sur le fond toutefois. Pourquoi reprendre ce propos redevenu à la mode chez nombre d’intellectuels sur le refus du mensonge, avec cette connotation plus moins consciente de morale confortable passant sous silence les multiples situations périlleuses que les hommes doivent affronter dans des positions manifestement d’infériorité physique, intellectuelle, quand cela n’est pas immédiatement et directement vital ? Et que dire dans ces conditions de l’usage du mensonge par omission, du mensonge jaillissant de l’inconscient, du rôle du mensonge dans la nécessité dialectique des rapports humains, de ceux des états, des sociétés, des rapports sociaux-économiques contraints, voire criminels, de la place du mensonge dans cet étrange dialogue de sourd qui se perpétue entre entre la vérité et la réalité… . Peut-on raisonnablement traverser la vie humaine -hier, aujourd’hui et demain –  avec pour discipline stricte et mot d’ordre :  je ne mens jamais ?!  Je pense qu’il est effectivement possible de le faire à trois conditions : être sorti(e) de la cuisse de Jupiter, de n’avoir de compte à rendre à quiconque, et de ce fait, de s’abstenir du commerce des hommes !  Signé : un menteur séquentiel et contraint !

Votre père était exigeant avec la langue française, au point, lors de son discours de réception du Prix Nobel de Littérature à Stockholm, de saluer Louis Germain, son instituteur. Il pensait que c’était une conquête pour lui ?
C’en était une ! Car enfant, il parlait le pataouète, le langage de la rue à Belcourt 4. C’est ce qui le sépare de la majeure partie des écrivains français de son époque qui étaient issus de milieux aisés.

Prière laïque et républicaine pour que cette exigence soit partagée par tout le monde, y compris par le corps médical, y compris par le corps médical qui affirme soigner par la par..

A bientôt.

Merci pour cette belle entrevue et on sera d’acccord avec Albert Camus lorsqu’il nous dira: «Le monde finit toujours par vaincre l’histoire.»

Et en effet le pataouète (mot d’origine catalane) était bien la seconde langue maternelle des pieds-noirs, une langue où on retrouve ce qui fit l’Algérie coloniale avec des mot issus du français, du catalan/valencien, de l’espagnol, de l’italien avec un peu d’arabe et un peu de kabyle…D’ailleurs je le disais dans un billet maintenant disparu que les fruits/légumes portaient souvent des noms d’origines espagnols (chumbos pour figues de barbarie par exemple) en Oranie… Ou à Alger tout comme à Oran, la garantita (kalentika/Calentica) un plat populaire d’origine espagnole, le mot calentica signifierait chaud ou la frita(salade de poivrons/tomates) tant aimée par Camus à Oran…On penserait à E. Glissant et le créole: «Pour l’Antillais, le mot est d’abord son. Le bruit est parole. Le vacarme est discours.» En Algérie camusienne aussi…merci.

Yves Alavo

BABEL MUSIQUES (DU 6 AU 13 AVRIL 2013)

24 Avr

Les Carnets culturels du poète

Ce festival, cette série spéciale de spectacles a eu lieu dans les salles, la salle multifonctionnelle et dans le cabaret, de la Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville. Cette maison de la culture est différente des autres. Pendant 20 ans elle a produit, réalisé et diffusé les rencontres, les spectacles et les réceptions du Festival MMM. C’est un lieu de diffusion, une maison de la culture qui est enracinée dans sa communauté, dans sa ville, un lieu de médiation culturelle en plein espace urbain moderne. Ainsi, depuis plus de deux décennies, particulièrement au cours du mois d’avril, le printemps est sous le souffle des musiques du monde. Je vous souhaite de vivre des spectacles dans cette ambiance faite d’enthousiasme et de tonus que créent les amateurs et les passionnés. Salle comble et vivante de mélange de plaisirs et de cette relation particulière entre l’agente culturelle, son équipe dévouée et le public qui se sait choyé.

LE GRAND SÉNÉBAL DE MONTRÉAL

Une semaine folle qui s’est mise en route avec la fête nationale de l’indépendance sénégalaise, fête montréalaise des cinquante-trois ans du Sénégal (4 avril chaque année), mais soirée du Samedi 6 avril qui a vu le grand SénéBal aménager, s’installer à Ahuntsic avec ses musiques, ses plats, ses kiosques de nourriture et d’artisanat sénégalais, pour sa quatrième édition. Cette initiative célèbre à la fois l’accession à l’indépendance du Sénégal (4 avril 1960) et le retour du printemps. Une brochette de talents, de super artistes originaires du Sénégal, Montréalais de premier plan : Boucar Diouf, Élage Diouf (Bolou Dof), Zale Seck, Zal Sissokho le maître de la Kora accompagné de la savoureuse et impressionnante Tapa Diarra animatrice, chanteuse à la voix exceptionnelle, interprète et créatrice d’une fusion novatrice réunissant traditions, rythmes et mélodies ancestrales et poèmes actuels qui disent la bataille d’une génération ambassadrice africaine pour mettre au monde chez nous la musique universelle. Zal Sissokho partait pour le Brésil, désormais pont vivant entre l’Afrique-mère et la terre africaine du Brésil où vit à Salvador Da Bahia, la source inversée et authentique des traditions profondes Fon du Bénin, comme une synthèse culturelle et humaine.

Ces grandes vedettes natives du Sénégal, ces artistes cultivés, fins dans leurs arts inventeurs de leur gestuelle et généreux de partage et de communion ont tout donné. Le public a dansé, les hanches se sont libérées, les voix ont exprimé la puissance de l’amour total dans l’enceinte de la maison de la culture, de la salle de concert, au Cabaret en passant par le grand hall animé de couleurs, d’odeurs de cuisine et fou de rythmes endiablés. Une flambée de soleil pour tuer l’hiver.

Ainsi démarrait la huitaine ahuntsicoise des musiques universelles. Longue et belle fut cette première soirée, de costumes, de musiques et de plaisirs culinaires et artistiques. Mille surprises ! Mille joies qui font le bonheur durable qui s’est mis en suite de la soirée, vers 23 heures en Musiques à danser au Cabaret Juste-là. Une invention de Liette Gauthier.

 

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Solo Cuerdas cordes à cordes

 

Mercredi 10 avril, une autre invention de Liette Gauthier et de son équipe, SOLO CUERDAS. Cette soirée de création, signée Babel Musiques, met en scène des artistes de talents sous la direction musicale de Willy Rios, grand interprète du charango, compositeur, guitariste, flûtiste et chanteur ! Une soirée de rencontres, de risques artistiques, d’improvisations et de plaisir auditif garanti !

Le groupe de Willy Rios est composé de Rodrigo Salazar à la basse, Hugo Larenas, à la guitare et Daniel Emden aux percussions. Tous ces musiciens, virtuoses et sorciers instrumentaux forgent des musiques d’inspiration andine. Liette Gauthier a concocté cette rencontre de cordes subtiles et mélodiques et de percussions sans bornes, la magie y a éclaté avec LES INVITÉS : Sébastien Dufour, charango, Estelle Lavoie, kora, Ismail Fencioglu, oud, Victor Simon, piano. Seul un enregistrement de cette création peut en dire la beauté donnée par tant de talents unis qui s’accordent. Voici un concert à recréer pour une affiche créative et innovatrice témoin de notre Montréal, ville et métropole culturelle internationale.

 

AZAM ALI_n

Azam Ali, beauté totale et mystique, amour infini.

 

 

AZAM ALI : DE LA NUIT AU LEVER DU JOUR

Nous avons aussi vécu cette soirée du jeudi 11 avril, dont les critiques disent :

« Une œuvre singulière, exotique, sophistiquée et, pour tout dire, d’une troublante beauté! […] …une sublime invitation à l’onirisme absolu. » -Voir

Dans Salle de concert, un spectacle de chansons traditionnelles où se mélangent harmonieusement musique électronique et instruments du Moyen-Orient. Azam Ali (chant), Loga Ramin Torkian (lafta et kamaan), Kiya Tabassian (sétar hoorangiz et voix), Ziya Tabassian (percussions : daf, dordayereh, dhol), Chloé Dominguez (violoncelle). Douceur de sa voix pour Ali Azam qui échange avec le public, se concentre en vocalises, dit dans une voix de mezzo-soprano, la nostalgie éternelle de l’orient. Nous avons encore une fois apprécié la virtuosité des instrumentistes, l’époux de Azam Ali, Loga Ramin Torkian et les frères Tabassian, complice beauté des accords et magie des envoûtements; deux heures de charme et de chants traditionnels du Moyen-Orient portés par des mélodies hallucinantes. Disponible ce soir, le CD existe, dix pièces, celles du spectacle, www.azamalimusic.com

Vendredi 12 avril, un spectacle montréalais, typique, avec Nomadic Massive rappe en français, en créole, en espagnol, en arabe et en anglais. Les chanteurs Vox Sambou, Waahli, Lou Piensa, Nantali Indongo et Meduza et Butta Beats au beatbox utilisent échantillons, platines et influences traditionnelles pour habiller ses chansons métissées de rythmes soul, reggae et afrocaraïbéens. Hip hop- world au Cabaret Juste-là ! Comme lors de leurs prestations sur les grandes scènes d’Europe, du Brésil et ailleurs sur nos places festives, Nomadic Massive est en symbiose avec son public. Une nuit entière de samba, de mélodies post-modernes et de tous les rythmes populaires et accessibles, paroles chantantes dans toutes les langues continentales et cette libre interprétation des classiques en séquences populaires et des chansons populaires en sonorités classiques, une conversion perpétuelle sur laquelle les danses se sont enchaînées.

finale dÉCOUVERTES DU MONDE

Le monde y est, traditions et modernité, la musique sublime

 

 

DÉCOUVERTES DU MONDE

Pour la 23e édition (continuité savante de recherche et de créatiin) consacrée aux découvertes d’artistes professionnels montréalais, connus ou non, dont les projets et les savoir-faire sont à souligner, le menu samedi 13 avril était substantiel :

CAFÉ CANTANTE d’abord qui propose un répertoire riche des traditions arabo-andalouses du XIIIe siècle jusqu’au Flamenco en passant par les grands de la chanson marocaine et arabe des années 70. Avec : Sabah Lachgar (chant), Rae Bowhay (danse), Dominique Soulard (guitare), Miguel Medina (percussions) et la belle Brigitte Dajczer (violon). Nous avons partagé cette immense émotion, afro-négro et arabo-berbère, avec les mélodies espagnoles etc…Danses dans la voix, les voix qui chaloupent et accompagnement des instruments, tous nous étions sous le charme sans compromis. Silence dans la salle de concert, pleine de cœurs qui battent, d’yeux ouverts et attentifs, une sensation de concerts en lieux sacrés, tout le divin coulait avec les accents violonés, les valses de la guitare et sur les pas de la danseuse Rae Bowhay : claquettes et talons, les percussions sont parties en écho du sol jusqu’aux voûtes de la chapelle virtuelle. Danses, fluide suite de pas et de survols aériens d’une sensuelle danseuse aux hanches élégantes, aux mollets toniques et dont le ventre ondule de beauté magique.

OPPENHEIM-YOUNG-EMENAU, ensuite sur scène. Initié par Henri Oppenheim le projet PYM propose des mélodies et des musiques originales inspirées de poèmes yiddish écrits à Montréal au XXe siècle. Avec : Karen Young, (chant), Michel Emenau, (vibraphone, percussions et effet électronique) et Henri Oppenheim, (accordéon et guitare). Un récital qui nous conduit aux années de poésie et des troubadours, la salle chante avec l’extraordinaire Karen Young, la guitare de Henri O est belle de suaves accords et son accordéon plein de velours. Un moment de nostalgie sans tristesse et de joie avec la folle énergie des belles années du Folk mondial.

 

salut finale3

Unique et sublime, vive la MC Ahuntsic et les artistes

 

 

 

QUATUOR MANDINGUE enfin, propose un répertoire associé à l’Empire malien du XIIe siècle avec une orchestration typique et des instruments emblématiques de l’Afrique de l’Ouest. Avec : du Québec, Nathalie Cora (kora), de la Côte-d’Ivoire, Aboulaye Koné (balafon et guitare), du Burkina Faso, Mamadou Koïta (balafon) et Salif Sanou dit Lasso (flûte peuhle). Pas un instant ailleurs que sur la danse et les envolées folles de Aboulaye Koné, maître de la guitare ce soir, car il est aussi percussionniste. Un moment de belle anthologie, sans détour, tout entier de rythmes nuancés et de chants sous-entendus car seuls les instruments et la voix du flûtiste, voilée par le son de la flûte, ont emplis l’espace. Musique instrumentale souveraine et altière qui a fait communier chaque présence au concert universel nègre, musique vivante de l’Ouest africain, du sahel, de la côte et des savanes, harmattan de la vie qui balaie les frayeurs de l’hiver. Cette soirée fut chaleureuse, amoureuse et d’une intériorité, que seule la température froide, au sortir des lieux, a tempérée avec un humour subtil.

ROMA CARNIVALE, en clôture, Gypsy punk au Cabaret Juste-là ! C’est un ensemble réjouissant de musique tzigane de tradition serbe mené par le chanteur et compositeur Dusan Dukic avec sousaphone, ukulele, violon, trompette, guitare et voix. Une soirée qui appelle obligatoirement à la danse. Ce fut cela, dans le comble de présences avec la bière et plusieurs amies et amis, venus finir unis la semaine de musiques du monde. Scène pleine de plus de dix musiciens et danseurs, une cacophonie joyeuse et «tripative» comme aime à le dire un animateur radio au rire unique.

La note véritable finale, a résonné dimanche 14 avril, à11 h. Pour une deuxième année, le musicien Sergiu Popa a convié les accordéonistes amateurs et professionnels à une rencontre musicale amicale sous le signe de l’échange, de l’écoute et de la rencontre. SERGIU POPA ET SES ÉLÈVES, atelier-rencontre auquel nous n’avons pu participer. Mais sachez que cet accordéoniste de génie, homme généreux au talent immense, est le roi de la musique.

Yves ALAVO, poète

Pour finir, un hommage à Liette Gauthier, conception et direction artistique, ainsi qu’à son équipe dont : Martine Simard : assistante à la production et aux communications, Luc Quenneville : directeur technique, Éric Rioux : sonorisateur, Sébastien Lavigne : éclairagiste, Salomé Acosta García : design graphique, Julien Robitaille : support WEB, Marietta Corcuera : stagiaire Nicolas Flores

Pour votre culture et votre bonheur, dès le 26 avril, au Théâtre Plaza, sur la rue St-Hubert, le Festival MMM s’ouvre : la programmation http://www.festivalmmm.ca/

Et les projections débutent pour le Festival du cinéma africain et crole : Vues d’Afrique

http://www.vuesdafrique.com/

2012 in review. Revue 2012

30 Déc

Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2012 pour ce blog.

Voici un extrait :

600 personnes ont atteint le sommet du Mont Everest en 2012. Ce blog a reçu environ 3 500 vues in 2012. Si chaque personne ayant atteint le somment de l’Everest visitait ce blog, il aurait fallut 6 and pour atteindre autant de vues.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

ALLAH AU PAYS DES ENFANTS PERDUS

18 Sep

Un livre de Karim AKOUCHE

 

Allah au pays des enfants perdus, affiche

 

Un roman sans tabous sur l’Algérie d’aujourd’hui

 

Les Éditions Dialogue Nord-Sud sont heureuses d’annoncer la parution du roman Allah au pays des enfants perdusde Karim Akouche.

Voici un roman-réquisitoire montrant le vrai visage de l’Algérie qui, cinquante ans après l’indépendance, est gangrénée par l’islamisme et la corruption.

L’auteur n’a pas peur des mots, brise les tabous, s’attaque à la bien-pensance et transgresse les interdits. Comme dans une pièce de Shakespeare, il mêle la comédie à la tragédie, le rire au sérieux, le rêve au désespoir. Il dépeint les destins d’êtres attachants qui cherchent à quitter un pays absurde.

Ce livre est écrit dans un style incisif qui invite le lecteur à une plongée dans un univers à la fois poétique et kafkaïen.

Allah au pays des enfants perdus est un roman libérateur qui rend justice à la jeunesse désemparée, oubliée par les politiques, les médias et le temps qui passe.

http://www.youtube.com/watch?v=LEOKumVsSlc

Informations : 

Éditions Dialogue Nord-Sud

(438) 764-9315

dialoguenordsud@gmail.com

www.editionsnordsud.ca

 

 

Allah au pays des enfants perdus, Karim Akouche, Éditions Dialogue Nord-Sud, 204 pages.

Le lancement de mon livre aura lieu le samedi 06 octobre 2012.à 14h00, à la Société Saint-Jean-Baptiste

82 rue Sherbrooke Ouest  Montréal. (Métro Place des Arts).

HASSANE AMRAOUI, PEINTRE ET UNIVERSEL PROPHÈTE

14 Mar

 

Au cours des deux dernières décennies, cet artiste prolifique au talent exceptionnel crée et expose, en solo ou en collectif, dans les lieux les plus prestigieux en Afrique du Nord (Algérie et Tunisie surtout), en Europe (France) ailleurs sur le continent mère Afrique (en 2007, il a participé à une exposition collective à Libreville au Gabon) et aussi, ces quatre dernières années, il est présent sur la scène culturelle montréalaise. Il est parmi les professionnels les plus remarqués de Diversité artistique Montréal (DAM) sous l’égide du Conseil des arts de Montréal (CAM).  Il est engagé dans la promotion du langage pictural ancestral des arts premiers jaillis de la culture Amazigh ou Berbère, fondatrice d’une expression artistique ancienne originaire du bassin méditerranéen.

 

 

Fort de cet enracinement dans les traditions profondes d’une culture transversale qui a inspiré les arts de la Renaissance et s’est mariée aux expressions arabo-berbères et négro-africaines, formé aux techniques modernes et confronté aux expressions universelles tant en peinture que dans tous les arts visuels, Hassane Amraoui s’est imposé par la qualité de ses œuvres. À Montréal, Hassane Amraoui s’est vite mis au diapason d’un mouvement culturel en mutation marqué du sceau de la diversité des expressions culturelles et des pratiques artistiques professionnelles nouvelles qui en résultent.

 

 

Il a pris part à la 6e exposition du Collectif Bain Mathieu en 2008. Hassane Amraoui a aussi présenté une exposition solo, intitulée Où va le monde?, à la galerie Crescent Contemporain toujours à Montréal en 2006. Hassane Amraoui a réalisé dans son pays d’origine, l’Algérie, plusieurs fresques mesurant entre 15 et40 m dans des grottes et sur des rochers. Entre 1997 et 2005, Hassane Amraoui a exposé dans la plupart des grandes galeries tunisiennes et algériennes, de même qu’à l’Hôtel de ville de Paris (2001).

 

 

 

Ses œuvres sont exposés dans différents lieux publics (édifices, hôtels, banques) dont notamment le Musée de l’Hôtel Hasdrubal prestige a Djerba. On retrouve aussi de ses œuvres dans différentes collections en Europe et dans le monde arabe dont des tableaux acquis par la commission d’achat des artistes tunisiens pour la Collection de l’État.

 

Diplôme en arts de l’École nationale de Batna (Algérie) et de l’École supérieure des Beaux-arts d’Alger (Algérie). Formation en photographie à la Maison de la presse d’Alger. Il a aussi suivi de nombreuses formations et participé à des ateliers de perfectionnement technique, administratif en Europe et au Canada.

 

 

Au cours de l’automne 2012, octobre et novembre, une exposition spéciale (à la Chapelle historique du Bon Pasteur), à la fois tentative de rétrospective et de prospective, permettra aux experts, aux collectionneurs, aux artistes, critiques, amateurs et au grand public, de participer à une expérience d’immersion avec un accès sensoriel multidimensionnel aux œuvres de Hassane Amraoui.  Cette occasion très particulière devrait, aussi, nous donner à baigner dans l’univers d’un autre artiste, Vasil Nikov sculpteur.  L’espace offrira une intégration croisée de mondes conçus de cultures différentes qui font émerger, par leur enracinement et la force de l’ouverture créatrice, une fécondité nouvelle qui confère à Montréal, sa vocation de première métropole culturelle internationale des Amériques. C’est Mehdi Benboubakeur qui devrait en assurer la direction artistique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiche synthèse :

 

Depuis 20 ans, cet artiste prolifique au talent exceptionnel crée et expose, en solo ou en collectif, dans les lieux les plus prestigieux en Afrique du Nord (Algérie et Tunisie surtout), en Europe (France) ailleurs dans le monde.  Hassane Amraoui « est engagé dans la promotion du langage pictural ancestral des Arts Premiers jaillis de la culture Amazigh ou Berbère, fondatrice d’une expression artistique ancienne originaire du bassin méditerranéen. Fort de cet enracinement dans les traditions profondes d’une culture transversale qui a inspiré les arts de la Renaissance et s’est mariée aux expressions arabo-berbères et négro-africaines».

 

Nous pouvons dire, que la plupart des critiques ou que les observateurs spécialistes en art visuel, journalistes ou écrivains des rubriques artistiques des supports spécialisés, aujourd’hui, en occident, ont encore peu de moyens de percevoir, d’appréhender et encore moins d’analyser une œuvre aussi complexe et si riche en ferment d’innovation, de créativité et qui remets en cause les critères et les dogmes existants de l’esthétique contemporaine.  Je vous souhaite le bonheur et la grâce de vivre l’expérience, un jour d’entrer et de vous laisser imprégner par la grâce qui émane de l’atelier de Hassane Amraoui.  Il est  au fameux 2065, de la rue Parthenais, au 3e étage (303A), des immeubles Grover, par excellence, lieu des ateliers d’artistes et de nombreuses agences de publicité, de design.

 

 

 

Allez voir ses œuvres uniques de texture, au pouvoir suggestif immense et qui sont authentiquement prophétiques.  En effet, Hassane Amraoui a été le précurseur du Printemps de l’Orient et du Moyen-Orient (œuvres de 2007 ou de 2957 selon le calendrier Berbère).  Cette révolution qui en 2011 a  balayé les dictatures et se poursuit pour éradiquer le régime sanguinaire de Bachar El Assad de la Syrie, il l’a décrit en plusieurs œuvres magnifiques, explicites et si belles de couleurs et d’évocation avec le .com sur l’œuvre exposée avant la Révolution.  Nous sommes en 2962 de l’ère Tamazigh, calendrier Berbère (12 yennayer, 12 janvier, Nouvel an berbère). Une histoire qui remonte à 10 000 ans avant Jésus-Christ. L’histoire y a des contenus de création et de production.  Dans cette perspective, en ce qui concerne cette œuvre si complexe et pourtant d’une fraîche adhésion à nos esprits, nous sommes convaincu désormais que l’artiste Amraoui a cet avantage spatial et temporel dans cette kinesthésique de l’avènement, dans le processus de la mise au monde métaphysique des œuvres.  Un avantage qui donne à l’artiste, à ses créations, un caractère innovant décisif.

 

Je recommande, pour les visionnaires, les collectionneurs sérieux qui savent gérer l’avant-garde, de bénéficier de la découverte des œuvres et créations de l’artiste total Hassane Amraoui.  Artiste hors cadre, il est pionnier, au XXIe siècle, ses œuvres actuelles le confirment, de l’art de la mondialité, comme l’a si bien documenté Richard Conte dans un article de septembre 2011.

 

http://www.artslant.com/global/artists/show/52493-hassane-amraoui

 

 Par Yves ALAVO

Découvrez plusieurs de ses œuvres :

 

http://www.artslant.com/global/artists/show/52493-hassane-amraoui?tab=ARTWORKS

 

Une œuvre (La tribu du soleil) de Hassane Amraoui a été sélectionnée en 2009 pour le prix du concours interculturel de Montréal, prix Abe-Limonchik.  En 2010 le prix du concours d’affiche du Festival PanAfrica International (Vues d’Afrique) à Montréal et une exposition présentée dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs à l’édifice Gaston- Miron du Conseil des arts de Montréal.

Courriel : amraoui.hassane@gmail.com

 

DES KIWIS ET DES FÊTES EN PASSANT PAR VOIX FRANCOPHONES, LE CORIM

5 Fév

http://www.gvfrancophonie.ca/web—télé.php

http://www.salondulivredemontreal.com/communiques2011/gvf-site.pdf

http://www.radio-canada.ca/emissions/des_kiwis_et_des_hommes/2011-2012/document.asp?idDoc=190838

Ce sont des oreillettes, recette de Maman : pâte avec lait, levure, oeufs, beurre, eau de fleur de rose, pétrie et roulée. Coupe en losanges, saisis dans l’huile chaude, saupoudré de sucre à glacer.http://www.radio-canada.ca/emissions/des_kiwis_et_des_hommes/2011-2012/document.asp?idDoc=190838

Les invités du 13 décembre | Des kiwis et des hommes | Radio-Canada.cawww.radio-canada.caLes invités du 13 décembre
            

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Yves Alavo Une émission tonique, ouverte sur notre diversité et nos fibres humaines, communes et créatives : art, culture, cuisine et amour.Il y a 2 minutes · J’aime

CORIM

Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM)

1550, rue Metcalfe, Bureau 1424  |

Montréal (Québec) H3A 1X6 Canada

Téléphone : 514-340-9622

|  Télécopieur : 514-340-9904

courrier@corim.qc.

Fondation

Le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) est un organisme privé, sans but lucratif et non partisan.

Il a été fondé à Montréal en 1985 par le professeur Louis Sabourin et son premier président a été l’honorable Gérard Pelletier.

Mission

 Le CORIM a pour mission de favoriser une plus grande connaissance des affaires internationales et susciter par ses événements et ses partenariats une collaboration plus étroite entre les divers milieux intéressés aux questions internationales :

en offrant une tribune prestigieuse aux personnalités étrangères de passage à Montréal, de même qu’aux Canadiens désirant faire bénéficier la communauté montréalaise de leurs connaissances et de leur expérience dans le domaine des affaires internationales;

en organisant des déjeuners-causeries, des séminaires, des colloques et des tables rondes à caractère international;

en facilitant les échanges et les rencontres entre les représentants des milieux montréalais impliqués dans les affaires internationales;

en créant un milieu de concertation entre les principaux intervenants publics et privés intéressés par les affaires internationales;

en faisant profiter la communauté montréalaise des contacts internationaux établis par les membres du CORIM;

en permettant à des visiteurs étrangers d’entrer en contact avec des représentants de la communauté montréalaise;

en favorisant la réalisation d’études portant sur des grands thèmes d’ordre international;

en encourageant le développement d’un réseau entre Montréal et d’autres métropoles du monde;

en diffusant les plus récentes publications des partenaires du CORIM;

en faisant la promotion de Montréal comme carrefour international et en collaborant avec d’autres organismes au rayonnement international de Montréal.

Financement

Le financement du CORIM provient des cotisations de ses membres et des revenus générés par ses événements.

L’ÉQUIPE

Pierre Lemonde

Président-directeur général

Pierre Lemonde est avocat et possède plus de 20 ans d’expérience en administration d’organismes impliqués dans les affaires internationales et dans l’organisation de conférences, colloques et séminaires à caractère international. Il possède également plus de dix ans d’expérience dans l’édition de publications sur l’économie internationale et en prestation de services-conseil en gestion, planification stratégique et droit international auprès d’entreprises privées et d’institutions publiques et parapubliques. Il a notamment été Vice-président international des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ); Président et éditeur de la revue internationale World Economic Affairs; Directeur de Samson Bélair Deloitte & Touche International; et Vice-président de la Société de droit international économique du Canada.

Pierre Lemonde est diplômé en droit de l’Université de Montréal (LLB); en administration internationale de l’École nationale d’administration publique (Diplôme de 2e cycle); en gestion des ressources humaines de l’Université McGill (Certificat); en psychologie de l’Université de Montréal (B.Sc., M.Ps.) et en psychanalyse de l’Université de Paris (DEA).

Pierre Lemonde est membre du Barreau du Québec. Il est aussi membre des conseils d’administration de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQÀM, et du Reinventing Bretton Woods Committee de New York. Il a également été membre des conseils d’administration du Sommet du Millénaire de Montréal; du World Trade Centre de Montréal; du Conseil québécois pour l’Amérique Latine (CQAL); et de la Société de droit international économique du Canada (SDIE).

plemonde@corim.qc.ca

Alexandre Perron

Directeur, développement des affaires

Alexandre Perron se consacre au développement d’entreprises depuis le début de sa carrière. Il a notamment travaillé 3 ans au développement des affaires hors-Québec pour le compte du Groupe LTI afin de trouver de nouveaux débouchés commerciaux. Il a également rempli des contrats de travail à Davos (Forum Économique Mondial), à Barcelone (Missions Commerciales Inc.), ainsi que New York en vente et marketing pour le magazine à circulation contrôlée Institutional Investor.

Alexandre est détenteur d’une Maîtrise en Relations Internationales des Hautes Études Internationales de l’Université Laval et titulaire d’un diplôme en Administration (BBA-International Business) de l’Université Bishop’s. Il a aussi suivi plusieurs cours à la Deakin University (Australie).

aperron@corim.qc.ca

Julie Dubé

Directrice administrative

Julie Dubé a travaillé comme coordonnatrice à l’exportation pour P&O Nedlloyd, un des plus importants transporteurs maritimes dans le monde. À ce titre, elle a été en charge des services maritimes du Moyen-Orient, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Elle a notamment produit la documentation officielle nécessaire pour l’expédition des marchandises et a servi d’intermédiaire entre les clients et les agents des bureaux de P&O outre-mer.

Julie Dubé a aussi travaillé comme adjointe administrative pour Agnico-Eagle. Elle s’est, entre autres, occupée de la comptabilité et de l’organisation d’événements corporatifs. Elle fait partie de l’équipe du CORIM depuis mai 2006 et officie à titre de directrice administrative depuis janvier 2007.

Julie Dubé est titulaire d’un diplôme de maîtrise en Études internationales de l’Université de Montréal. Elle est également diplômée des HEC de Montréal en Commerce international et en Marketing, et titulaire d’un diplôme de 1er cycle en Études hispaniques (Université de Montréal).

jdube@corim.qc.ca

Dominique Boisvert

Directeur, communications et technologies de l’information

Dominique Boisvert a obtenu un baccalauréat en sciences du langage à l’UQAM en 2001. Après ses études de linguistique, il s’est orienté vers l’infographie et le multimédia, et a participé à la mise sur pied de plusieurs sites internet commerciaux ou reliés au domaine de l’enseignement.

Avant son arrivée au CORIM en janvier 2007, Dominique Boisvert a travaillé plusieurs années comme pigiste pour des organismes et des professeurs, dont Montréal Danse et Dave Holmes.

dboisvert@corim.qc.ca

Léa Berlinguet

Coordonnatrice aux événements

Léa Berlinguet a obtenu d’un diplôme de 1er cycle en administration des affaires de  l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal (HEC) spécialisé en économie et affaires internationales.  Au cours de ses études, elle a été conseillère aux ventes aux Éditions Infopresse qui publient une vaste gamme de produits destinés aux industries des communications et du graphisme et qui organise également des journées-conférences qui ont pour but de favoriser les échanges, la réflexion et le partage d’information entre les professionnels des communications sur des thèmes précis.

Léa Berlinguet siège au conseil d’administration de la Fondation Jacques-Bouchard, laquelle a pour mission de faciliter l’accès aux soins palliatifs à domicile. Elle  tient le rôle de coordonnatrice du site Internet de la fondation depuis sa création en 2007 et  participe à l’organisation des levées de fonds annuelles. Dans le cadre de ses fonctions, elle a notamment travaillé avec les agences de publicité Bos et Cossette.

Elle est coordonnatrice aux événements au CORIM depuis le mois de mai 2010.

lberlinguet@corim.qc.ca

Julien Renard

Coordonnateur, technologies de l’information

Julien Renard a travaillé comme Chef Produits à Panda Security France, éditeur de solutions de sécurité informatique présent dans plus de 56 pays. Les produits Panda sont traduits en plus de 23 langues et commercialisés auprès de 2,5 millions de clients dans le monde. Il a notamment participé à l’élaboration de la stratégie marketing, à la supervision du bon déroulement de l’exécution des projets marketing ainsi qu’à la création de la documentation de la gamme grand public et entreprise.

Son intérêt pour les nouvelles technologies et les outils web lui ont permis également d’occuper le poste de Responsable du développement Retail et Web au sein de Panda Security France. A ce titre, il a été en charge de l’élaboration d’une stratégie publicitaire en ligne, de l’optimisation du référencement du site français ainsi que la mise en place de campagnes emailings.

Julien Renard a fait des études en comptabilité et en informatique de gestion, option développeur d’applications, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var en France.

jrenard@corim.qc.ca

Anthony Gélinas

Coordonnateur administratif

Anthony Gélinas détient un baccalauréat en Études internationales, spécialisé en science politique, de l’Université de Montréal. Il a été stagiaire au CORIM de janvier à mai 2011. Au cours de son stage, il a notamment contribué à la gestion des évènements et à diverses tâches administratives du CORIM.

Anthony Gélinas a également participé à la conception de plusieurs sites internet, ainsi qu’au développement de jeux multijoueurs en ligne.

Anthony est coordonnateur administratif au CORIM depuis le mois d’août 2011.

agelinas@corim.qc.ca

Conseil des relations internationales de Montré

2011 une revue tonique et solidaire, espoir en 2012

31 Déc

Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour ce blogue.

Voici un extrait:

Un cable car à San Francisco contient 60 personnes. Ce blog a été visité environ 3 600 fois en 2011. Si c’était un cable car, il aurait fallu à peu près 60 voyages pour transporter autant de personnes.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

 

 

ZAL IDRISSA SISSOKHO : VIRTUOSE DE LA KORA

Zal Idrissa Sissokho est devenu depuis 2007, après la mort à l’âge de 80 ans du Djeli Boubacar Diabaté, LE spécialiste de la harpe-luth africaine, de la kora, instrument-témoin de la civilisation mandingue, Zal Idrissa Sissoko est devenu le plus en vue sur le continent canadien et l’héritier de fait et de droit en la matière.  

Regardez Zal Idrissa SISSOKHO sur RéussirTV

 

Porteur et responsable de la conservation autant que de la diffusion du patrimoine social, historique, musicologique et des codes traditionnels, héritage des communautés, nations et cultures qui ont traversé et marqué de leur sceau des ères entières de civilisation en Afrique subsaharienne surtout, le Djeli (dans ce cas le Korafola) est à la fois sociologue, musicien, historien et ambassadeur légitime. Homme de culture et œuvrant en solitaire ou membre d’un collectif voué à une mission de défense et de promotion des valeurs traditionnelles, il est, par essence, agent de communication sociale.

Détenteur des douze clefs du mandingue, le griot, ou Djeli (jali), passé maître dans l’art de la parole, conservateur des « secrets plusieurs fois séculaires », il est le noyau le plus expressif (scientifique et pédagogue) de la dynamique globale de la « mémoire » au sein de la société et interprète privilégié du répertoire classique. Nous pouvons ainsi mieux situer la trajectoire de formation et d’apprentissage, mais encore l’éthique de création et d’interprétation, en un mot la place qu’occupe Zal Idrissa Sissokho dans la lignée historique et culturelle qui est la sienne : dépositaire de l’histoire impériale, mais aussi déclencheur des émotions par sa maîtrise de l’instrument de musique qu’est la KORA, libérateur des forces affectives et, fonction, chantre et musicien hors-pair.

Habité d’une force métaphysique et artisan appartenant au clan des gens de parole, conseiller inséparable des rois, le jali, selon Ousmane Huchard Sow, Ph. D, anthropologue, muséologue et musicologue de grande renommée, exerce « à côté de ses tâches de maître de cérémonie à la cour royale, des fonctions de précepteur des princes. Le jali était aussi l’homme courageux, maître de la parole, qui était là pendant les expéditions dangereuses et sur les champs de bataille avec son instrument de musique, pour raviver l’ardeur guerrière des troupes et faire retrouver à certains leur courage défaillant… Seul le jali jouissait du privilège de pouvoir parler franchement et sans détour au roi, souvent avec habileté grâce à sa grande maîtrise du verbe, à des images poétiques et des mélodies sensibles. »

Ambassadeur, médiateur, tel est aujourd’hui, au sein de notre vie sociale et culturelle canadienne, québécoise et montréalaise, Zal Idrissa Sissokho. Pour lui, « l’artiste peut faire passer des messages parce qu’il a une tribune lors des spectacles. Parce qu’il parle de manière sensible, il a la possibilité de toucher les gens et de les faire réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux. Contrairement au politicien qui a un intérêt partisan, l’artiste est libre d’offrir son opinion aux spectateurs, par ses paroles et sa musique.»

Interrogé sur son sens de la communauté et son engagement social et communautaire, il reste discret.  Nous l’avions souvent vu offrir temps, talent et se retrousser les manches, motiver les jeunes, mais encore prendre part gracieusement à des spectacles qui aident les jeunes de la rue, contribuent à amasser des fonds pour des œuvres de coopération et permettent aux décrocheurs de retrouver les bancs de l’école. L’ayant eu à l’usure, il finit par admettre : « Je participe à des spectacles bénéfices dont les causes touchent au domaine humanitaire, tels les jeunes musiciens du monde, les artistes contre la faim. Comme artiste professionnel originaire du Sénégal, il est naturel pour moi de m’impliquer, de donner de mon temps. Je le fais pas seulement comme artiste, mais comme citoyen du monde. »

DIGNITÉ

Une dizaine d’années de participation à notre vie culturelle lui ont permis de collaborer avec plusieurs artistes, professionnels comme lui : « Toutes les collaborations m’ont marqué. Mais principalement celle avec Dan Bigras pour le show du refuge. Cet homme investit beaucoup de lui-même pour donner de la dignité aux démunis, à ceux qui sont dans le besoin. Et c’est tout à son honneur.

Les causes qu’il défend sont aussi les miennes. L’inégalité sociale vient me chercher dans le plus profond de moi-même. Le monde irait mieux si tous les humains sur cette terre avaient quelque chose à se mettre sous la dent. »

Le Festival international de Jazz de Montréal, Les Francofolies, le festival Mémoire et racines de Joliette, le festival international Nuits d’Afrique, le festival des musiques du monde en plus de jouer à Fès au Maroc au Festival des musiques sacrées, à Pratto en Italie pour le Festival Musiques du monde et de nombreuses tournées dans l’Ouest canadien, des concerts au Québec et en Ontario, deux séjours importants comme musicien à Las Vegas au cœur de la production spectaculaire « O » du Cirque du Soleil, une année 2008 soulignée par sa participation au Conseil des arts de Montréal en tournée, avec son orchestre Buntalo en plus d’une douzaine de concerts dans le réseau des maisons ou centres culturels sur l’île de Montréal.

Du tonus à en revendre, une mélodie qui stimule, des notes qui perlent et vous habitent, telle est la puissance et la grâce des créations de Zal Idrissa Sissokho : rythme, sons ancestraux et cadences actuelles, notes magiques qui tantôt coulent, tantôt explosent, mariées aux autres accents de la savane, des rivages africains et, désormais, de nos saisons nordiques. La musique de Zal, comme il se fait appeler par ses fans, est celle d’un artiste complet, solide, sérieux et sympathique. Énergie calme et assurance professionnelle, il vit, deux fois plutôt qu’une, la joie profonde que confère la paternité ajoutée au soutien de sa conjointe, artiste elle aussi et mère comblée.

Zal  Idrissa Sissokho est engagé dans une dynamique de combat pour plus de justice, pour une société qui puisse profiter au mieux des atouts que lui procure la diversité et milite, surtout, avec Diversité artistique Montréal et ses partenaires que sont Musique Multi-Montréal, pour enfin faire émerger une production culturelle représentative de la diversité du milieu professionnel. Il est encore plus précis : « Beaucoup de projets me travaillent particulièrement celui de faire un documentaire portant sur la réalité de ce que les immigrants, mais surtout les Africains, vivent en Occident. En ce moment, les médias montrent une image inexacte des deux continents : une Afrique pauvre, toujours plus pauvre et un Occident où tout le monde est riche. Moi, pour avoir vécu aux deux endroits, je veux montrer que ce n’est pas la vérité vraie. Pour la reconnaissance des artistes de la diversité, il faudrait une plus grande accessibilité aux salles de spectacle, une plus grande présence à la télé et à la radio. Ce serait beaucoup plus facile pour nous de se faire connaître. »

Un CD Silaba, avec quelques titres qui sauront vous amuser :  « spagne silaba ,,, Sénégal,,,  Sanou merci », lancé à la mi-février 2008, un calendrier qui se meuble au fil des mois, une reconnaissance méritée qui ouvre une nouvelle zone d’enrichissement du patrimoine canadien, une notoriété croissante qui plante ses racines dans le sanctuaire de la diversité culturelle authentique, autant d’atouts qui constituent les meilleurs augures d’un avenir ouvert et fastueux pour le virtuose canadien de la kora.

 

Yves ALAVO

http://www.reussirici.com/index.php?option=com_content&task=view&id=149&Itemid=96

 

 

La Tunisie respire après le départ de Ben Ali

16 Jan

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Tunis Envoyées spéciales
Président depuis vingt-trois ans, M. Ben Ali a fui en Arabie aoudite, chassé par une révolte contre l’arbitraire du régime et sa corruption

Vous réalisez ? On va avoir un président qu’on aura élu, nous ? «  Myriam Karoui, 37 ans, directrice de production à Nesma TV, n’en revient pas. Ce vendredi 14 janvier,  » c’est la naissance de la jeune Tunisie « , exulte Bilal Khefifi, 29 ans, ingénieur en informatique.

Au numéro 3 de la rue Kemal-Atatürk, tout près de l’avenue Bourguiba, une cinquantaine de manifestants se sont réfugiés dans un appartement du deuxième étage pour échapper aux gourdins des miliciens, lâchés hors de contrôle dans les rues de la capitale. La nouvelle de la fuite du président Zine El-Abidine Ben Ali, les  » séquestrés  » de la rue Atatürk l’ont apprise, vers 18 heures, par un SMS. Une clameur de joie a jailli des poitrines.

C’est la première révolution dans le monde arabe. Ici, en Tunisie. Oui, vraiment, Myriam, Bilal et les autres n’en reviennent pas. Pendant un court instant de liesse, chacun se congratule, applaudit. On sort un drapeau tunisien.

Mais, bien vite, l’angoisse revient : Ben Ali parti, reste la police – de sinistre réputation. En attendant que le pays retrouve ses esprits et se dote d’un vrai gouvernement, elle s’en donne à coeur joie. Les ratissages vengeurs ont commencé, mais impossible de s’échapper. Le couvre-feu interdit toute sortie.

Dans l’appartement, les deux pièces, la minuscule cuisine et même le cabinet de toilette sont remplis de monde. Chacun chuchote dans son téléphone portable. Les nouvelles vont vite. Elles sont mauvaises. Les pillages et les exactions se multiplient. Certains sont le fait de la police, alliée à la pègre. Les forces de sécurité n’ont plus de chef. Et l’armée, déployée à travers le pays mais soucieuse, avant tout, d’éviter de nouveaux bains de sang, semble incapable d’empêcher les dérives.

Parmi les réfugiés de la rue Atatürk, tous ont en mémoire les scènes d’horreur vécues quelques instants plus tôt dans la rue. Une jeune fille à genoux est giflée et battue sauvagement par trois policiers. Un jeune est traîné par les cheveux et frappé. D’autres sont violemment projetés contre des murs. Ils sont en sang, mais leurs bourreaux s’acharnent.

Dans le petit appartement, l’atmosphère est tendue. Nadia, 18 ans, pull gris et jean noir, sanglote, recroquevillée contre le mur. Certains craquent. Ils veulent quitter, coûte que coûte, cet abri devenu un piège. Mais le piège est partout. Derrière les rideaux tirés montent de la rue les hurlements de douleur. Et le bruit des portes qu’on défonce. Pour ceux qui restent, une longue nuit commence.

Le premier rassemblement de la journée ne laissait pas imaginer une suite aussi chaotique. Regroupés devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), dès 9 heures le matin, les protestataires, quelques centaines, prennent ensuite le chemin de l’avenue Bourguiba. Ils sont rejoints au fil des heures, devant le ministère de l’intérieur, par des milliers de manifestants.

 » Ben Ali, assassin ! «  » Vingt ans de dégâts, Ben Ali dégage-toi ! «  » Il faut juger les Trabelsi – la belle-famille du président, accusée d’avoir fait main basse sur l’économie du pays de l’Etat – « , scande la foule, qui crie sa haine du chef de l’Etat et de son entourage.  » Chaque famille en Tunisie a été volée, insultée, humiliée par cette racaille, enrage une étudiante de 26 ans. Ce que dit Ben Ali, on n’y croit plus : c’est la parole d’un voleur. « 

 » Son gouvernement d’union nationale, c’est du rafistolage, s’énerve Lotfi Benmosbah, médecin, 51 ans. Parce qu’en Tunisie tant qu’il est là, c’est lui qui décide, pas le gouvernement, pas plus que le Parlement. «  Un peu plus loin, un employé de Tunis Air a les larmes aux yeux :  » Descendre dans la rue, c’est notre dernière chance. «   » On n’a jamais demandé la baisse du prix du lait, on veut notre dignité, c’est tout « , ajoute-t-il. Les ultimes concessions d’un régime aux abois n’ont pas convaincu.

Masseuses de hammam, avocats, aides-soignants, artistes, universitaires, employés, commerçants, ouvriers… On est venus seul, en bande ou en famille. Les femmes sont nombreuses. Grimpés sur les ficus, des jeunes brandissent le drapeau tunisien et chantent l’hymne national, martelant un couplet bien particulier :  » Ne vivront pas en Tunisie ceux qui l’ont trahie. «  Les plus audacieux se sont accrochés aux grilles des fenêtres du ministère de l’intérieur. Sur les trottoirs, on siffle, on applaudit, on plaisante. Des poètes amateurs improvisent sur la fin de règne.  » Un tel bonheur ! Je ne pensais pas que je connaîtrais ça dans ma vie « , rit Dadoucha, pédiatre. Plus de tirs à balles réelles, pas un mort de plus, a promis le président.

Mais à 14 h 30, tout bascule. Des centaines, peut-être des milliers de jeunes surgissent soudain, à pied ou à Mobylette. Ils brandissent le portrait d’un jeune tué par la police la veille dans le grand Tunis, comme quinze autres personnes abattues ce jour-là. Aussitôt, la police charge et bombarde la foule de gaz lacrymogènes. C’est la panique. Par vagues, les manifestants se jettent en criant dans les rues adjacentes. Certains tentent de s’échapper en s’accrochant aux fenêtres, aux lampadaires. Beaucoup s’engouffrent dans des immeubles. Mais la police poursuit et traque sans relâche les fuyards, les contraignant à grimper les étages.

Rue Atatürk, le cinéaste Aladine Slim, dont l’appartement sert de bureau à sa société, Exit Production, n’a pas hésité à ouvrir sa porte. Les informations affluent grâce aux téléphones portables. Le premier ministre assume  » provisoirement «  la présidence ; des élections législatives seront organisées d’ici à six mois ; plusieurs villas des Trabelsi ont été mises à sac à Tunis et Hammamet ; on annonce même l’assassinat d’un des fils Trabelsi. Parmi les  » séquestrés  » de la rue Atatürk, certains entament des discussions passionnées, que les autres interrompent vite : la milice approche, il ne faut pas être repérés.

Plus rien ni personne ne protège les populations. Prévenu par téléphone de la situation, Etienne Chapon, diplomate de l’ambassade de France, n’hésite pas à se rendre sur les lieux pour tenter de négocier une sortie sans trop de casse. D’abord en vain. A 3 heures, il revient seul, n’écoutant que son courage.

La pègre a investi le quartier. Ils sont plus de cinquante, des bâtons ou des tiges de fer à la main, qui sèment la terreur dans les habitations alentour. Cette fois, ils sont massés devant le numéro 3 de la rue Atatürk. La police est avec eux. Il faut parlementer pour obtenir l’engagement de tous sortir en sécurité. Une fois dans la rue, la parole ne sera pas tenue et un terrible tri commence. Français d’un côté, Tunisiens de l’autre.

Les premiers sont entraînés vers l’ambassade de France. A l’aube, le sort du reste du groupe, une vingtaine de personnes, demeurait incertain. Dans la ville désertée, des milliers de chaussures abandonnées sur la chaussée étaient les seules traces de la formidable manifestation qui a fait tomber Ben Ali.

Isabelle Mandraud et Catherine Simon

© Le Monde
Dès sa prise de pouvoir en 1988, et jusqu’aux dernières heures avant sa chute, le président Ben Ali a bénéficié de l’indulgence de la classe politique française

 

Sur les images, Nicolas Sarkozy et Zine el-Abidine Ben Ali ne cessent de sourire. Carla Bruni porte une robe printanière. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, se tient légèrement en retrait. Cette dernière  » ne se souvient plus très bien aujourd’hui du voyage « , mais elle affirme qu’elle a pu  » évoquer quelques dossiers «  avec son homologue du gouvernement tunisien.

A l’époque, pourtant, lorsque M. Sarkozy se rend avec sept de ses ministres les 28, 29 et 30 avril 2008 en visite d’Etat auprès du président tunisien, les propos du président français frappent, c’est le moins que l’on puisse dire.  » Certains sont bien sévères avec la Tunisie, qui développe sur bien des points l’ouverture et la tolérance « , explique M. Sarkozy, avant d’affirmer que  » l’espace des libertés progresse « .

M. Sarkozy n’est pas le premier président français à afficher une telle indulgence à l’égard du régime tunisien. Tous ses prédécesseurs ont fait preuve avant lui, sinon de complaisance, au moins d’une prudence extrême à l’égard de cet ancien protectorat français.

En 1988, le président Ben Ali, fraîchement arrivé au pouvoir, est reçu en grande pompe à Paris par François Mitterrand, lors d’un dîner de gala réunissant 215 personnalités françaises. En 1991, le président socialiste, en visite à Tunis, déclare :  » La Tunisie est un pays accueillant et les Français qui aiment venir en Tunisie pour leurs vacances auraient bien tort de s’écarter de ce chemin. C’est un pays où l’on peut vivre dans des conditions de confort et d’agrément très grandes. «  En 1995, c’est le président Chirac qui rend hommage à Ben Ali, affirmant qu’il a engagé son pays  » sur la voie de la modernisation, de la démocratie et de la paix sociale « , évoquant l’ouverture du Parlement aux  » représentants de divers courants d’opinion «  et son  » audace économique et sociale « .

Ces derniers jours, encore, la classe politique française a fait preuve d’une frilosité remarquée à condamner la répression opérée par le régime contre les milliers de manifestants. Mercredi 12 janvier, en conseil des ministres, puis jeudi matin lors du petit déjeuner de la majorité, M. Sarkozy a bien porté un jugement plus sévère sur le régime tunisien. Mais, rapporte l’un de ses ministres,  » il a rappelé que l’on ne sait pas forcément si un autre dirigeant serait mieux à même de préserver le pays contre les intégristes religieux « .

Si près de 600 000 Tunisiens vivent en France (40 % en Ile-de-France, 12 % dans la région lyonnaise et 8 % à Marseille), la France est également l’un des premiers investisseurs en Tunisie. 22 000 Français y sont installés. Près de 60 % sont des commerçants, des cadres supérieurs ou des chefs d’entreprise, 10 % des médecins, des avocats ou des enseignants et 30 % des employés, des exploitants agricoles ou des retraités.

Des hommes politiques français, comme le ministre Pierre Lellouche ou Bertrand Delanoë, sont nés en Tunisie et y conservent des attaches familiales ou des maisons. Le ministre de l’industrie et de l’économie numérique, Eric Besson, lui-même né au Maroc, a épousé Yasmine Tordjman, arrière-petite-fille de l’ancienne première dame de Tunisie, Wassila Bourguiba.

 » Jusqu’ici, dénonce le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, qui préside le groupe d’amitié franco-tunisien au Sénat, la France s’est abritée derrière le fait que le pays est le bon élève du Maghreb en matière d’éducation, de droit des femmes et d’enseignement du français pour expliquer que la Tunisie est un rempart contre l’islamisme et justifier son silence sur sa situation politique. « 

De nombreuses personnalités politiques, du monde des affaires et parfois de la presse ont été régulièrement invitées par le régime Ben Ali dans des campements de luxe du désert tunisien. Deux anciens ambassadeurs de France en Tunisie, l’amiral Lanxade (qui fut aussi le chef d’Etat-major des armées sous François Mitterrand) et Serge Degallaix (qui fut l’un des conseillers de Jean-Pierre Raffarin), sont devenus d’ardents promoteurs de la Tunisie.

L’agence de communication française Image 7, fondée par Anne Méaux, détient le contrat de l’ATCE, l’Agence tunisienne de communication extérieure, et organise des voyages afin de faire valoir les atouts du pays. Le vice-président d’Havas, Jacques Séguéla, était en octobre 2010 en Tunisie pour lancer son agence et passe pour avoir conseillé le président Ben Ali, ce qu’il dément au Monde.

Mais cette connivence va parfois plus loin. L’un des mémos de l’ambassade américaine en Tunisie, obtenus par le site WikiLeaks et révélés par Le Monde, a ainsi été titré  » The French Connection « . On y apprend que l’un des anciens ambassadeurs de France est vu  » comme l’ambassadeur de Ben Ali auprès du président de la République française et non le contraire « . Le mémo rapporte que cet ambassadeur aurait reçu du gouvernement tunisien une villa située dans une rue huppée de Tunis proche de la présidence, la résidence ayant été mise au nom de sa fille.

Enfin, la France a parfois fermé les yeux sur les agissements d’une partie de la famille Ben Ali. Entre la fin 2005 et le printemps 2006, trois yachts ont ainsi été volés dans des ports français, dont l’un appartenant à Bruno Roger, dirigeant de la banque d’affaires Lazard Frères, à Paris, et proche de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. L’enquête a permis de remonter aux convoyeurs des bateaux dont l’un a avoué qu’ils avaient été remis à des neveux du président Ben Ali.

De fait, les yachts ont été retrouvés à Sidi Bou Saïd, le Saint-Tropez tunisien. Les enquêteurs, par le biais d’écoutes, ont appris que Jean-Baptiste Andréani, l’assureur d’un des trois yachts (le Beru Ma), négociait avec Tunis pour obtenir le rapatriement du navire et que celui-ci était en contact avec le président Chirac et M. Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur.

In fine, faute de pouvoir faire éteindre les poursuites visant les neveux du chef de l’Etat, Tunis a obtenu, en liaison avec l’Elysée, de les faire juger dans leur pays. Seuls les comparses ont donc été présentés devant un tribunal français. En Tunisie, le procès n’a jamais eu lieu. p

Raphaëlle Bacqué et Jean-Pierre Tuquoi

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