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VALÉRIE PLANTE PREMIÈRE MAIRESSE DE MONTRÉAL

6 Nov

Mme Valérie Plante 43 ans, élue brillamment, première mairesse historique de Montréal, avec +51% des voies contre 45% au sortant D.Coderre (1 seul mandat)

Élue dimanche 5 novembre 2017, avec plus de 51% des voies contre 45% au sortant Denis Coderre.

La transition est faite, Montréalais et Montréalaises sont fiers souhaitent congé à Denis Coderre.

Nous avons envie d’avancer, besoin de changement, de respect et de dignité. Les plus proches du maire sortant sont aussi remerciés ou ont quitté : Anie Samson, Réal Ménard, Harout Chitilian, Russell Copeman, Pierre Gagnier, Pierre Desrochers, Manon Gauthier. Les parachutés récents ou anciens, aussi mis sur la touche (Lorraine Pagé, Elsie Lefevre). Si le taux de participation avait été plus élevé, l’hécatombe aurait été sévère et ce serait Coderre 40% et Valérie Plante 60%.

Valérie Plante était précise :
IL EST TEMPS DE SE METTRE AU TRAVAIL POUR MONTRÉAL. Mon projet, c’est le vôtre : débloquer Montréal et créer des milieux de vie abordables, sécuritaires et dynamiques pour tous et toutes. Mon projet respecte
l’identité des quartiers qui font de Montréal une ville dont on est si fier. La ville de demain, je veux la construire maintenant, avec vous et pour vous. »

Désormais avec des personnalités fortes, des élus engagés, enracinés dans leurs milieux de vie, des personnes de grande compétence, expérimentés, diplômés de haut niveau, comme jamais ce fut le cas au conseil de ville, des figures lumineuses, qui vivent avec nous, connaissent d’expérience les quartiers, les arrondissements, les districts, mais surtout ont des liens avec les citoyennes, les citoyens et les forces vives de Montréal.

Ce sont elles, et eux, qui font avec nous les mairesses et maires et élus de PM de nos arrondissements de Montréal : Émilie Thuillier avec 2/4 (Ahuntsic-Cartierville), Sue Montgomery avec 4/5 (CDN-NDG), Majda Vodanovic avec 4/4 (LaChine), Luc Ferrandez avec 6/6 (Plateau Mont-Royal), Benoît Dorais avec 4/4 (Sud-Ouest), Normand Marinacci avec 3/4 (Ile-Bizard-Ste-Geneviève), Pierre Lessard-Blais avec 3/4 (M-H-M), Philippe Tomlinson avec 3/4 (Outremont), notons l’élection de Lisa Christensen pour PM dans le district (La Pointe-aux-Prairies), François William Croteau avec 4/4 (R-P-P), Verdun avec 3 élus de PM, Valérie Plante avec 3/4 dont Robert Beaudry qui bat R. Bergeron dans (Saint-Jacques-Ville-Marie), enfin Giuliana Fumagalli avec 2/4 (Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension).

375 ans après Jeanne Mance, fondatrice de Montréal, les Montréalaises et les Montréalais ont écrit le 5 novembre 2017, un livre d’Histoire en élisant la première mairesse de la métropole. Montréal rejoint ainsi des villes comme Rome, Barcelone, Paris. Se faisant, ils ont aussi confirmé que le maire précédent élu avec la plus faible portion du suffrage de l’histoire et aussi celui qui aura eu un mandat unique dans l’ère moderne de notre histoire contemporaine.

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Charles Péguy : Extraits d’oeuvres

9 Juil

CHARLES PEGUY 1873-1914

Enfance
  • Charles Péguy est né le 7 janvier 1873 à Orléans. Il est le premier et l’unique enfant d’une famille d’artisans modestes. Sa mère et sa grand-mère maternelle sont rempailleuses de chaise ; son père, ouvrier menuisier, a laissé sa santé sur les barricades de 1870. Il meurt alors que Charles n’a que dix mois. Les deux femmes entre lesquelles grandit le petit garçon s’activent du matin au soir afin de gagner l’argent nécessaire aux besoins du foyer. Charles, sitôt qu’il tient debout, entre dans la danse : lever matinal, soins du ménage, tâches modestes qu’il peut accomplir pour aider sa mère. Pourtant, rien d’infernal dans cette cadence. Loin de lui paraître accablante, elle reste liée dans sa mémoire au paradis de l’enfance. Chez les Péguy, on est à son compte, on ne subit pas l’autorité du patron. On travaille par nécessité, bien sûr, mais aussi par goût, et si l’existence comporte son lot de soucis pour la veuve Péguy et sa vieille mère, le garçonnet ne perçoit de cette vie laborieuse que l’allégresse, le rythme et la satisfaction du travail accompli.

    L’ardeur à l’ouvrage et l’amour du travail bien fait sont tout le patrimoine de Charles Péguy. Certes il est d’humble origine, mais ce n’est pas un « déshérité ». Lorsqu’il se penche sur sa lignée, c’est pour tirer gloire d’une ascendance qui ne comprend ni grand nom, ni fortune, et qui pourtant recueille toute la richesse d’un peuple. « L’anonyme est son patronyme » : par cette formule de la Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, il rend hommage à la foule de ceux qui ont existé avant lui, analphabètes comme sa grand-mère, intelligents et braves comme elle, capables de durer et de créer en dépit des épreuves.

    Dans L’Argent, ouvrage paru en 1913, un an avant la mort de Péguy, « l’homme de quarante ans » nous dépeint le monde de son enfance. C’est un monde idéalisé, paré de toutes les vertus que le présent n’a plus : « De mon temps, tout le monde chantait. » Le culte du travail, la sobriété des mœurs sont la marque de ce monde révolu. Pourtant, Péguy n’a pas toujours eu ce regard sur son passé. Un autre texte, écrit bien plus tôt et resté inachevé, ajoute une touche d’ironie à la nostalgie des souvenirs. Son titre, à lui seul, est révélateur : Pierre, commencement d’une vie bourgeoise. Le jeune homme qui se penche alors sur son enfance ne la considère pas avec la même indulgence que l’auteur de L’Argent… Le milieu d’artisans dont il est issu, loin d’incarner toutes les vertus sociales, connaît l’ambition et même une sorte d’arrivisme. La mère du petit Pierre, double de Péguy, lui enseigne à bien travailler, à bien obéir, dans l’espoir d’avoir une honnête situation, une petite retraite, une maison à soi, bref lui transmet un idéal petit-bourgeois avec lequel Péguy prendra ses distances. En dépit de son parcours personnel, s’élever dans la société, ne sera jamais pour lui un objectif. Bien au contraire, ce qu’il souhaite, c’est que soit rendu à chacun la dignité de son état : « Tous ensemble et chacun séparément premiers. » Telle est sa conception de la démocratie. Aussi ne voit-il qu’une « perversion de l’esprit démocratique » dans la fierté que sa mère tire de sa réussite, et qu’il raille en ces termes : « Que le fils d’un ouvrier mécanicien fût reçu à Saint-Cyr (…) c’était tout à fait bien. Qu’un fils d’instituteur fût reçu à Polytechnique, c’était mieux encore. Et que le fils d’une rempailleuse de chaises fût reçu à l’Ecole normale supérieure, c’était la gloire même. »

  • L’école
    • L’école est la part la plus précieuse de l’enfance de Péguy. Elle lui a donné sa chance, non en l’extrayant de son milieu, mais en lui permettant d’être lui-même et d’épanouir les dons qu’il avait pour le travail intellectuel. De ses maîtres de l’enseignement primaire, les « hussards noirs de la République », il fait des héros, et sa première école, il nous la dépeint comme un lieu d’enchantement. Cet émerveillement demeure tout au long de ses études. Dans L’Argent, il évoquera son entrée en sixième comme une expérience tout à la fois vertigineuse et décisive. Vertigineuse, parce qu’elle le fait accéder à un univers de connaissances insoupçonnées : « Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l’étonnement, la nouveauté devant rosa, rosae, l’ouverture de tout un monde, tout autre, de tout un nouveau monde, voilà ce qu’il faudrait dire, mais voilà ce qui m’entraînerait dans des tendresses. » Décisive, parce que sans le discernement de M. Naudy, le directeur de l’école, qui l’orienta vers le lycée alors que ses origines sociales le destinaient plutôt à l’enseignement professionnel, rien sans doute de ses engagements ni de son œuvre ne serait advenu.

Boursier, Péguy poursuit un parcours sans faute jusqu’au baccalauréat. Le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure se révèle un obstacle plus redoutable, et il doit s’y reprendre à trois fois pour être reçu, en 1894. Le petit garçon studieux est devenu un jeune homme ardent, qui séduit ses camarades par sa personnalité puissante. Loin de s’enfermer dans l’étude, il se passionne pour le sort des hommes. En khâgne au lycée Lakanal, il fait une collecte auprès de ses condisciples pour les ouvriers en grève de Carmaux. Déjà, la haute figure de Jaurès le fascine.

Premiers engagements : le socialisme et l’affaire Dreyfus
  • Jean Jaurès, normalien, professeur de philosophie, est un intellectuel qui a décidé d’entrer dans l’action politique pour promouvoir son idéal de justice sociale. D’abord député de centre gauche, il adhère au socialisme à l’époque où ce courant de pensée, nourri des utopies de la première moitié du dix-neuvième siècle, n’a pas encore subi l’attraction du marxisme. A l’Ecole normale supérieure, Péguy subit l’influence de ce grand aîné, relayée par celle de Lucien Herr, le bibliothécaire de l’Ecole. Avec quelques camarades, il se livre à de grands débats d’idées dans sa chambre, baptisée la « thurne Utopie ». Dès 1895, Péguy devient membre du Parti socialiste.

Avant de s’engager politiquement, l’étudiant milite à la Mie de Pain, une association caritative qui distribue de la nourriture aux indigents de la capitale. Pour Péguy, supprimer la misère est le premier devoir, parce que la misère prive l’homme de son humanité. Il ne la confond pas avec la pauvreté, qu’il a connue dans son enfance, et dont il ferait presque un idéal de vie. La pauvreté engendre la solidarité. La misère est synonyme d’exclusion. Le miséreux est mis au ban de la société, mais, plus radicalement, n’ayant pas les moyens de penser à autre chose qu’à sa survie, il est rejeté hors de l’humanité. Or toute la pensée de Péguy et tous ses engagements reposent sur le refus de l’exclusion. Penseur dans la cité, Péguy est d’abord un penseur de la cité, qui ne peut admettre qu’aucune créature, humaine ou animale, demeure en marge, soit « étrangère ».

En même temps, il est hostile à toute forme d’asservissement du singulier au collectif. Loin d’opprimer l’individu, la communauté doit lui permettre d’exister au mieux de ses possibilités. Pour sa survie, elle exige de lui une part de travail, celle qu’il est en mesure de fournir conformément à ses goûts et à ses aptitudes ; en contrepartie, elle lui assure la « tranquillité ». La société socialiste de Péguy ne cherche aucunement à transformer les hommes en leur inculquant des principes ou une idéologie. Au contraire, elle s’efforce, par son organisation économique, de leur donner la possibilité d’exister tels qu’ils sont, dans leur diversité.

Cette vision que Péguy déploie dès 1896 dans un texte de jeunesse intitulé Marcel, Premiers Dialogues de la cité harmonieuse, exprime l’essence de son socialisme. Elle permet de comprendre tout ce qui devait l’opposer au socialisme historique qui se met en place avec la création de la S.F.I.O. unifiée sur les bases du marxisme, et se développe tout au long du XXe siècle pour culminer dans le communisme totalitaire. L’unité fait horreur à Péguy, car elle suppose l’uniformité. Pour lui, il n’y a pas de révolution sociale légitime sans respect de la personne et de sa singularité. Le socialisme doit libérer les individus du joug économique qui les empêche d’être eux-mêmes ; il ne doit en aucun cas les aliéner à un système de pensée, une idéologie. C’est pourquoi le maître-mot de la pensée politique de Péguy, qu’il oppose à l’unité, est l’harmonie, c’est-à-dire la coexistence dans la diversité.

Mais pour l’heure, le jeune normalien est tout à l’enthousiasme de sa conversion au socialisme. A Orléans, il fonde un groupe d’étudiants socialistes, au grand dam de sa mère, qui redoute les ennuis que pourraient lui valoir ses activités politiques. Il a demandé une année de congé afin de pouvoir se consacrer à sa première grande œuvre : une vie de Jeanne d’Arc, qu’il rédige de fin 1895 à fin 1896. L’héroïne, qui n’a pas encore été canonisée ni accaparée par la droite nationaliste, est alors célébrée par les républicains comme une figure patriotique, sortie du peuple et sauvant le peuple. Ce qui fascine en elle le jeune Péguy, c’est son engagement solitaire au cœur de la mêlée. Bouleversée par le spectacle de la guerre qui ravage les campagnes, elle n’hésite pas à prendre les armes et à se lancer à son tour dans « la bataille humaine ». La Jeanne de Péguy incarne à la fois la grandeur et les limites de l’engagement individuel. L’œuvre est dédiée à « toutes celles et tous ceux qui auront lutté contre le mal universel », et particulièrement à celles et ceux qui « auront connu le remède », c’est-à-dire le socialisme. Jeanne d’Arc était seule avec ses voix improbables pour combattre la violence, l’injustice, le pouvoir. Son action, toute éclaboussée de gloire, ne pouvait que sombrer dans l’échec et la mort dégradante. Péguy, lui, croit avoir trouvé dans le socialisme la panacée, et l’on sent dans sa pièce, en contrepoint à l’aventure tragique et singulière de la bergère guerrière, l’assurance de celui qui se sait partie prenante d’un grand mouvement collectif.

Cet enthousiasme des premiers temps conduit Péguy à des initiatives audacieuses. Encouragé par Lucien Herr, il s’associe à d’autres camarades, parmi lesquels Léon Blum, le futur dirigeant de la S.F.I.O., pour fonder une maison d’édition socialiste, la Société Nouvelle de Librairie et d’Edition. Bien qu’il se soit inscrit à l’Agrégation de philosophie, Péguy est prêt à renoncer à l’enseignement et à la carrière universitaire pour une existence plus risquée, toute entière vouée à la transmission de ses convictions. Le métier de libraire ainsi entendu lui convient à merveille, et il adresse finalement sa démission au directeur de l’Ecole normale supérieure afin d’avoir les mains libres pour se lancer dans la carrière de son choix.

Ses amis l’ont honoré de leur confiance en lui confiant les rênes de la société fondée en commun. C’est qu’il s’est déjà acquis une réputation parmi ses condisciples de la rue d’Ulm. Il impressionne tant par sa rigueur intellectuelle que par son audace dans l’action. L’année 1898 a vu les passions se déchaîner autour de l’affaire Dreyfus : dans le sillage de Jaurès et de Zola, Péguy s’engage, signant des pétitions, manifestant à la tête de groupes d’étudiants en faveur du capitaine injustement accusé. Alors, il combat en « chef militaire » de l’Ecole normale supérieure. Avec Jaurès, il est convaincu que le devoir des socialistes est de s’élever contre la raison d’Etat quand elle fait cause commune avec l’injustice, même si la victime de cette injustice est un « bourgeois ».

A plus forte raison, si c’est un juif. L’antisémitisme sévit alors en France dans toutes les classes de la société, y compris parmi les rangs des socialistes. Jaurès, en prenant la défense du capitaine Dreyfus, est loin de faire l’unanimité dans son parti. Péguy, quant à lui, est révulsé par toutes les formes d’exclusion. Mais il est en outre en sympathie profonde avec le peuple juif. On peut dire que c’est l’un des rares, sinon le seul, intellectuel français véritablement philosémite. Il développe avec de nombreux juifs des liens d’amitié. Le plus cher à son cœur sera Bernard-Lazare, journaliste anarchiste qui dénonça le premier la condamnation de Dreyfus. Au-delà des relations personnelles, Péguy, qui se dit le « commensal des Juifs » , c’est-à-dire celui qui mange à leur table, entretient une relation spirituelle avec Israël. Il médite l’histoire du peuple juif pour en développer une compréhension profonde et sans pareille. C’est là une des directions les plus originales que suivra sa pensée, magnifiquement aboutie dans les premières pages de la Note conjointe, et qui prend sa source dans l’affaire Dreyfus.

Péguy dissident
  • Tout ou presque de l’œuvre à venir est en germe dans ces premières années d’engagement. L’impulsion décisive est donnée par la dégradation des rapports de Péguy avec les membres de la Société Nouvelle de Librairie et d’Edition, et, au-delà, avec le socialisme officiel. Péguy, le chantre de l’harmonie, hanté par l’exclusion, ne devient lui-même qu’une fois mis au ban du groupe et réduit, comme sa chère Jeanne d’Arc, à l’action individuelle.

  • Jean Jaurès, dont le charisme grandissant fait une figure de premier plan, s’est donné pour tâche d’unifier le socialisme français. Jusqu’alors, existait une multitude de petites formations se réclamant du socialisme chacune à sa façon et selon sa sensibilité. Mais le mouvement a pris de l’ampleur ; une Internationale socialiste s’est fondée. La tendance est à l’union. Jaurès le comprend, et décide d’inscrire le socialisme français dans le mouvement de l’histoire, fut-ce en sacrifiant ses propres convictions. De fait, l’union se fera sur les positions de son adversaire Jules Guesde, influencé par les théories marxistes. Ce mouvement de l’histoire est précisément ce que Péguy refuse. Il refuse que son idéal, cet humanisme qui met au premier plan l’épanouissement de la personne libérée de la servitude économique, soit englouti par le monstre totalitaire. L’attitude de Jaurès lui paraît d’autant plus sacrilège que c’est par lui qu’il est venu au socialisme, que c’est à lui, le philosophe, l’érudit, qu’il doit l’éblouissante découverte d’une émancipation possible pour l’humanité.

    En décembre 1899 se tient un congrès lors duquel est adopté, au nom de l’unité du Parti, le principe de la censure dans les journaux et publications socialistes. Désormais, il y aura une vérité socialiste, à laquelle tous devront se conformer. Parce qu’il n’accepte pas ce tournant, Péguy se trouve en opposition avec les membres de la Société nouvelle de librairie et d’édition, qui, eux, suivent le Parti. La rupture est consommée. C’en est fini de la généreuse entreprise commune : l’animosité a fait place à la confiance réciproque. « Nous marcherons contre vous de toutes nos forces », telles sont les paroles qu’adressent à Péguy, par la bouche de Lucien Herr, ses anciens camarades.

    Dès lors, Péguy est seul. Seul contre ses amis d’hier, seul contre le mouvement de l’histoire. Mais il n’a renoncé à rien. Son socialisme, celui de ses premiers élans, il le fera vivre à travers une revue qui se confond avec la vie et l’œuvre de l’écrivain qu’il devient : Les Cahiers de la Quinzaine.

  • Claire Daudin

 

Classement par ordre chronologique :

Jeanne d’Arc, A Domrémy (1897)

« Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.
Meuse, adieu : j’ai déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux où tu ne coules pas.

Voici que je m’en vais en des pays nouveaux :
Je ferai la bataille et passerai les fleuves ;
Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux,
Je m’en vais commencer là-bas des tâches neuves.

Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce,
Tu couleras toujours, passante accoutumée,
Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse,

O Meuse inépuisable et que j’avais aimée.

Un silence.

Tu couleras toujours dans l’heureuse vallée ;
Où tu coulais hier, tu couleras demain.
Tu ne sauras jamais la bergère en allée,
Qui s’amusait, enfant, à creuser de sa main
Des canaux dans la terre, – à jamais écroulés.

La bergère s’en va, délaissant les moutons,
Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.
Voici que je m’en vais loin de tes bonnes eaux,
Voici que je m’en vais bien loin de nos maisons.

Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,
O Meuse inaltérable et douce à toute enfance,
O toi qui ne sais pas l’émoi de la partance,
Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais
O toi qui ne sais rien de nos mensonges faux,

O Meuse inaltérable, ô Meuse que j’aimais,

Un silence.

Quand reviendrai-je ici filer encor la laine ?
Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous ?
Quand nous reverrons-nous ? et nous reverrons-nous ?

Meuse que j’aime encore, ô ma Meuse que j’aime.

Un assez long silence.
Elle va voir si son oncle revient.

O maison de mon père où j’ai filé la laine,
Où, les longs soirs d’hiver, assise au coin du feu,
J’écoutais les chansons de la vieille Lorraine,
Le temps est arrivé que je vous dise adieu.

Tous les soirs passagère en des maisons nouvelles,
J’entendrai des chansons que je ne saurai pas ;
Tous les soirs, au sortir des batailles nouvelles,
J’irai dans des maisons que je ne saurai pas.

Un silence.

Maison de pierre forte où bientôt ceux que j’aime,
Ayant su ma partance, – et mon mensonge aussi, –
Vont désespérément, éplorés de moi-même,
Autour du foyer mort prier à deux genoux,
Autour du foyer mort et trop vite élargi,

Quand pourrai-je le soir filer encor la laine ?
Assise au coin du feu pour les vieilles chansons ;
Quand pourrai-je dormir après avoir prié ?
Dans la maison fidèle et calme à la prière ;

Quand nous reverrons-nous ? et nous reverrons-nous ?
O maison de mon père, ô ma maison que j’aime. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, pp. 80-82)

De la raison (1901)

« Dans la société présente, où le jeu de la spécialisation s’est outré automatiquement, les fonctions intellectuelles et les fonctions manuelles ne sont presque jamais attribuées aux mêmes ouvriers ; les ouvriers intellectuels délaissent presque tout le travail des mains ; les ouvriers manuels délaissent presque tout travail de l’esprit, presque tout exercice de la raison. Dans la cité harmonieuse dont nous préparons la naissance et la vie, les fonctions intellectuelles et les fonctions manuelles se partageront harmonieusement les mêmes hommes. Et la relation de l’intellectuel au manuel, au lieu de s’établir péniblement d’un individu à l’autre, s’établira librement au cœur du même homme. Le problème sera transposé. Car nous n’avons jamais dit que nous supprimerions les problèmes humains. Nous voulons seulement, et nous espérons les transporter du terrain bourgeois, où ils ne peuvent recevoir que des solutions ingrates, sur le terrain humain, libre enfin des servitudes économiques. Nous laissons les miracles aux praticiens des anciennes et des nouvelles Eglises. Nous ne promettons pas un Paradis. Nous préparons une humanité libérée. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome I, pp. 838-839)

Pour la rentrée (1904)

« La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises de vie et sont des crises de vie elles-mêmes ; elles sont des crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générales ; ou si l’on veut les crises de vie générales, les crises de vie sociales s’aggravent, se ramassent, culminent en crises de l’enseignement, qui semblent particulières ou partielles, mais qui en réalité sont totales, parce qu’elles représentent le tout de la vie sociale ; c’est en effet à l’enseignement que les épreuves éternelles attendent, pour ainsi dire, les changeantes humanités ; le reste d’une société peut passer, truqué, maquillé ; l’enseignement ne passe point ; quand une société ne peut pas enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner ; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner, au fond, c’est s’enseigner ; une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas ; qui ne s’estime pas ; et tel est précisément le cas de la société moderne. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome I, pp. 1390)

Le mystère de la Charité de jeanne d’Arc (1910)

« Vous vous attardez, paroisses vous vous attardez à produire des saintes et des saints les plus grands. Et pendant ce temps-là, sans avertir, sans prévenir personne, une petite paroisse de rien du tout avait enfanté le saint des saints. D’un seul coup, du premier coup, elle était arrivée, elle avait enfanté le saint des saints. Dans un éclair elle avait réussi, elle avait fait ce qui ne se refera jamais plus, elle avait fait, enfanté celui qui éternellement ne s’enfantera plus. Et comme vous autres, paroisses, vous avez pour patrons saint Crépin et saint Crepinien, tout de même, Bethléem, tu as pour patron saint Jésus. D’autres ont saint Marceau et saint Donatien; et Rome a saint Pierre. Mais toi, Bethléem, petite paroisse obscure, petite paroisse perdue, toi maline tu as saint Jésus, et nul ne pourra te l’enlever éternellement jamais. Car il est ton propre patron, comme saint Ouen est le patron de Rouen. Car c’est ce saint-là que tu as mis au monde; un jour du monde que tu as mis au monde. Tu as produit ce saint-là, tu as enfanté ce saint-là. Et nous autres nous ne sommes que des petites gens.
Et il n’y aura plus que de petites gens, depuis qu’une paroisse est venue, qui a tout pris pour elle.
Avant même qu’on ait commencé. Il n’y aura plus jamais, éternellement jamais, que des petites gens. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 403)

Notre jeunesse (1910)

« Une mystique peut aller contre toutes les politiques à la fois. Ceux qui apprennent l’histoire ailleurs que dans les polémiques, ceux qui essaient de la suivre dans les réalités, dans la réalité même, savent que c’est en Israël que la famille Dreyfus, que l’affaire Dreyfus naissante, que le dreyfusisme naissant rencontra d’abord les plus vives résistances. La sagesse est aussi une vertu d’Israël. S’il y a les Prophètes, il y a aussi l’Ecclésiaste. Beaucoup disaient à quoi bon. Les sages voyaient surtout qu’on allait soulever un tumulte, instituer un commencement dont on ne verrait peut-être jamais la fin, dont surtout on ne voyait pas quelle serait la fin. Dans les familles, dans le secret des familles on traitait communément de folie cette tentative. Une fois de plus la folie devait l’emporter, dans cette race élue de l’inquiétude. Plus tard, bientôt tous, ou presque tous, marchèrent, parce que quand un prophète a parlé en Israël, tous le haïssent, tous l’admirent, tous le suivent. Cinquante siècles d’épée dans les reins les forcent à marcher. Ils reconnaissent l’épreuve avec un instinct admirable, avec un instinct de cinquante siècles. Ils reconnaissent, ils saluent le coup. C’est encore un coup de Dieu. La ville encore sera prise, le Temple détruit, les femmes emmenées. Une captivité vient, après tant de captivités. De longs convois traîneront dans le désert. Leurs cadavres jalonneront les routes d’Asie. Très bien, ils savent ce que c’est. Ils ceignent leurs reins pour ce nouveau départ. Puisqu’il faut y passer ils y passeront encore. Dieu est dur mais il est Dieu. Il punit, et il soutient. Il mène. Eux qui ont obéi, impunément, à tant de maîtres extérieurs, temporels, ils saluent enfin le maître de la plus rigoureuse servitude, le Prophète, le maître intérieur. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp.54-55)

Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1912)

« La petite Espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs
et on ne prend pas seulement garde à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin
raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route
entre ses deux sœurs la petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention
que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
A l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a
de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue dans les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grands
qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.
C’est elle, cette petite, qui entraîne tout. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, pp. 176-177)

Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912)

« Il pense avec tendresse à ce temps où il ne sera plus.
Parce que n’est-ce pas on ne peut pas être toujours.
On ne peut pas être et avoir été.
Et où tout marchera tout de même.
Où tout n’en marchera pas plus mal.
Au contraire.
Où tout n’en marchera que mieux.
Au contraire.
Parce que ses enfants seront là, pour un coup.

Ses enfants feront mieux que lui, bien sûr.
Et le monde marchera mieux.
Plus tard.
Il n’en est pas jaloux.
Au contraire.
Ni d’être venu au monde, lui, dans un temps ingrat.
Et d’avoir préparé sans doute à ses fils peut-être un
temps moins ingrat.
Quel insensé serait jaloux de ses fils et des fils de ses fils.

Est-ce qu’il ne travaille pas uniquement pour ses enfants.

Il pense avec tendresse au temps où on ne pensera plus
guère à lui qu’à cause de ses enfants. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 546)

Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912)

Extrait sonore « La nuit » :

Durée : 02mn14

Source : « Poésies, Charles Péguy dit par Pierre Vaneck », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur La Compagnie du Savoir –

Le Mystère des Saints-Innocents (1912)

« Et combien de fois quand ils peinent tant dans leurs épreuves
J’ai envie, je suis tenté de leur mettre la main sous le ventre
Pour les soutenir de ma large main
Comme un père qui apprend à nager à son fils
Dans le courant de la rivière
Et qui est partagé entre deux sentiments.
Car d’une part s’il le soutient toujours et s’il le soutient trop
L’enfant s’y fiera et il n’apprendra jamais à nager.
Mais aussi s’il ne le soutient pas juste au bon moment
Cet enfant boira un mauvais coup.
Telle est la difficulté, elle est grande.
Et telle la duplicité même, la double face du problème.
D’une part il faut qu’ils fassent leur salut eux-mêmes.
C’est la règle.
Et elle est formelle. Autrement ce ne serait pas intéressant. Ils ne serraient pas des hommes.
Or je veux qu’ils soient virils, qu’ils soient des hommes et qu’ils gagnent eux-mêmes
Leurs éperons de chevaliers.
D’autre part il ne faut pas qu’ils boivent un mauvais coup
Ayant fait un plongeon dans l’ingratitude du péché.
Tel est le mystère de la liberté de l’homme, dit Dieu, et de mon gouvernement envers lui et envers sa liberté.
Si je soutiens trop, il n’est plus libre
Et si je ne le soutiens pas assez, il tombe.
Si je le soutiens trop, j’expose sa liberté
Si je ne le soutiens pas assez, j’expose son salut :
Deux biens en un sens presque également précieux.
Car ce salut a un prix infini.
Mais qu’est-ce qu’un salut qui ne serait pas libre.
Comment serait-il qualifié.
Nous voulons que ce salut soit acquis par lui-même.
Par lui-même l’homme. Soit procuré par lui-même.
Vienne en un sens de lui-même. Tel est le secret,
Tel est le mystère de la liberté de l’homme.
Tel est le prix que nous mettons à la liberté de l’homme.
Parce que moi-même je suis libre, dit Dieu, et que j’ai créé l’homme à mon image et à ma ressemblance.
Tel est le mystère, tel est le secret, tel est le prix
De toute liberté.
Cette liberté de cette créature est le plus beau reflet qu’il y ait dans le monde
De la liberté du Créateur. C’est pour cela que nous y attachons,
Que nous y mettons un prix propre.
Un salut qui ne serait pas libre, qui ne serait pas, qui ne viendrait pas d’un homme libre ne nous dirait plus rien. Qu’est-ce que ce serait.
Qu’est-ce que ça voudrait dire.
Quel intérêt un tel salut présenterait-il.
Une béatitude d’esclaves, un salut d’esclaves, une béatitude serve, en quoi voulez-vous que ça m’intéresse.
Aime-t-on à être aimé par des esclaves. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 714)

 

Extrait sonore « un homme dans un bateau sur la rivière » :

Durée : 00mn50

Source : « Pèlerin de Chartres, Sur les pas de Charles Péguy », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur Rejoyce –

Le Mystère des Saints-Innocents (1912)

« Paradis est plus fleuri que printemps.
Paradis est plus moissonneux qu’été.
Paradis est plus vendangeux qu’automne.
Paradis est si éternel qu’hiver.
Paradis est plus soleilleux que jour.
Paradis est plus étoilé que nuit.
Paradis est plus ferme que le ferme décembre.
Paradis est plus doux que le doux mois de mai.
Paradis est plus secret que jardin fermé.
Paradis est plus ouvert que champ de bataille.
Paradis est plus vieux que saint Jérôme.
Paradis est le céleste pourpris.
Paradis est plus capital que Rome.
Paradis est plus peuplé que Paris.
Paradis est désert plus que plaine en décembre.
Paradis est public et qui veut vient y boire.
Paradis est plus frais que l’aube fraîche.
Paradis est plus ardent que midi.
Paradis est plus calme que le soir.
Paradis est si éternel que Dieu.
Paradis est sanglant plus que champ de bataille.
Paradis est sanglant du sang de Jésus-Christ.
Paradis est royaume des royaumes.
Paradis est le dernier reposoir.
Paradis est le siège de Justice.
Paradis est le royaume de Gloire.
Paradis est plus beau qu’un jardin de pommiers.
Paradis est plus floconneux qu’hiver.
Paradis est plus sévère que mars.
Paradis est plus boutonneux qu’avril.
Paradis est plus bourgeonneux qu’avril.
Paradis est plus cotonneux qu’avril.
Paradis est plus embaumé que mai.
Paradis est plus accueillant qu’auberge.
Paradis est plus fermé que prison.
Paradis est demeure de la Vierge.
Paradis est la dernière maison.
Paradis est le Trône de Justice.
Veuille seulement Dieu que route y aboutisse.
Route que cheminons depuis dix-huit cents ans.
Paradis est auberge à la très belle enseigne.
Car c’est l’enseigne-ci : à la Croix de Jésus.
Cette enseigne éternelle est pendue à la porte. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 1567-1568)

 

Extrait sonore « L’enfant qui s’endort » :

Durée : 00mn52

Source : « Pèlerin de Chartres, Sur les pas de Charles Péguy », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur Rejoyce –

Châteaux de Loire (1912)

Extrait sonore « Châteaux de Loire » :

Durée : 01mn31

Source : « Poésies, Charles Péguy dit par Pierre Vaneck », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur La Compagnie du Savoir –

La Tapisserie de Sainte Geneviève (1912)

Elle avait jusqu’au fond du plus secret hameau
La réputation dans toute Seine et Oise
Que jamais ni le loup ni le chercheur de noise
N’avaient pu lui ravir le plus chétif agneau.

Tout le monde savait de Limours à Pontoise
Et les vieux bateliers contaient au fil de l’eau
Qu’assise au pied du saule et du même bouleau
Nul n’avait pu jouer cette humble villageoise.

Sainte qui rameniez tous les soirs au bercail
Le troupeau tout entier, diligente bergère,
Quand le monde et Paris viendront à fin de bail

Puissiez-vous d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la dernière cour par le dernier portail
Ramener par la voûte et le double vantail

Le troupeau tout entier à la droite du père.

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 841)

La tapisserie de Notre Dame (1913)

Extrait sonore « Quand nous aurons joué nos derniers personnages » :

Durée : 00mn44

Source : « Pèlerin de Chartres, Sur les pas de Charles Péguy », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur Rejoyce – http://www.joymusic.fr

Eve (1913)

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles.
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

(…)

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 664)

 

Extrait sonore « Heureux ceux qui sont morts » :

Durée : 01mn29

Source : « Pèlerin de Chartres, Sur les pas de Charles Péguy », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur Rejoyce –

Eve (1913)

« Car le surnaturel est lui-même charnel
Et l’arbre de la grâce est raciné profond
Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond
Et l’arbre de la race est lui-même éternel.

Et l’éternité même est dans le temporel
Et l’arbre de la grâce est raciné profond
Et plonge dans le sol et touche jusqu’au fond
Et le temps est lui-même un temps intemporel.

Et l’arbre de la grâce et l’arbre de nature
Ont lié leurs deux troncs de nœuds si solennels,
Ils ont tant confondu leurs destins fraternels
Que c’est la même essence et la même stature.

Et c’est le même sang qui court dans les deux veines,
Et c’est la même sève et les mêmes vaisseaux,
Et c’est le même honneur qui court dans les deux peines,
Et c’est le même sort scellé des même sceaux. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 1041)

Eve (1913)

« L’une est morte un soir, et le trois de janvier.
Tout un peuple assemblé la regardait mourir.
Le bourgeois, le manant, le pâtre et le bouvier
Pleuraient et se taisaient et la voyaient partir.

L’éblouissant manteau d’une sévère neige
Couvrait les beaux vallons du pays parisis.
L’amour de tout un peuple était tout son cortège.
Et ce peuple, c’était le peuple de Paris.

L’éblouissant manteau d’une prudente neige
Couvrait les beaux recreux de la naissante France
L’amour de tout un peuple était son espérance.
L’amour de tout un peuple était tout son cortège.

Et par France j’entends le pays parisis
Et la neige éclatait, tunique grave et blanche.
On avait fabriqué comme une estrade en planche.
Et l’antique Lutèce était déjà Paris.

La neige déroulait un immense tapis.
L’histoire déroulait un immense discours.
La gloire encommençait un immense parcours.
Déjà l’humble Lutèce était le grand Paris.

La neige découpait un immense parvis.
L’histoire préparait un immense destin.
La gloire se levait dans un jeune matin.
Et la jeune Lutèce était le vieux Paris.

L’autre est morte un matin et le trente de mai
Dans l’hésitation et la stupeur publiques.
Une forêt d’horreur, de haches et de piques
La tenaient circonscrite en un cercle fermé.

Et l’une est morte ainsi d’une mort solennelle
Sur ses quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-douze ans
Et les durs villageois et les durs paysans,
La regardant vieillir l’avaient crue éternelle.

Et l’autre est morte ainsi d’une mort solennelle.
Elle n’avait passé ses humbles dix-neuf ans
Que de quatre ou cinq mois et sa cendre charnelle
Fut dispersée aux vents. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 1173-1174)

Note sur M. Bergson (1914)

« Toute la question est précisément de savoir si la pensée aussi n’est pas mieux n’importe où que dans le milieu d’une forêt. Ce que je dis, c’est que justement parce que sa morale était provisoire, justement parce qu’elle n’entrait pas dans son système, parce qu’elle n’était pas arrêtée, parce que pour ainsi dire elle n’était pas officielle, justement parce qu’il s’y est moins défendu, moins observé, c’est elle qui nous livre son secret. Son secret c’est bien d’aller toujours dans le même sens et, le soir, d’arriver quelque part.
Toute la question est en effet de savoir si la pensée elle-même n’entre point dans de certaines conditions, si elle n’est point soumise à de certaines conditions générales de l’homme et de l’être, qui sont des conditions organiques, et dont l’une précisément serait que tout vaut mieux que de tourner en rond.

Partir, marcher droit, arriver quelque part. Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver. Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver. Avant tout arriver. Tout, plutôt que de vaguer. Et que la plus grande erreur c’est encore d’ »errer » : voilà sa nature même et la race de son secret. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp. 1268)

Note conjointe sur M. Descartes (1914)

« L’Annonciation peut être considérée comme la dernière des prophéties et la prophétie à la limite (et au dernier terme au dernier point au commencement même de la réalisation). Et ce n’est pas seulement la prophétie la plus imminente. Il est permis de dire que c’est aussi la plus haute et la capitale. Comme Jésus est le dernier et le plus haut des prophètes, ainsi et du même mouvement l’Annonciation est la dernière et la plus haute des prophéties. Elle vient directement de Dieu, par un ange, qui n’est plus qu’un ministre et un héraut. Non plus par un prophète qui est un homme. Et elle est vraiment dans la séquence le point merveilleux où sur la promesse vient s’articuler la tenue de la promesse.

Ainsi l’Annonciation est une heure unique dans l’histoire mystique et dans l’histoire spirituelle. C’est une heure culminante. C’est un moment unique et comme un point de moment, un moment ponctuel. C’est toute la fin d’un monde et tout le commencement de l’autre. Toute la fin du premier monde mystique et tout le commencement de l’autre. Et dans un de ces longs beaux jours de juin où il n’y a plus de nuit, où il n’y a plus de ténèbres, où le jour donne la main au jour, c’est le dernier point du soir et c’est ensemble le premier point de l’aube.

C’est le dernier point de la promesse et c’est ensemble le premier point de la tenue de la promesse.

C’est le dernier point d’hier et c’est ensemble le premier point de demain.

C’est le dernier point du passé et c’est ensemble et dans un même présent le premier point d’un immense futur.

Dans l’ordre des prophéties, dans la série du passé, dans la catégorie de la promesse et de l’annonce elle est en effet la dernière et la plus haute et la culminante. Elle est comme immédiate. Et en effet de toutes les manières de se faire annoncer la salutation est bien celle qui est plus que tangente et plus qu’immédiate. Car c’est qu’on est déjà là. Et dans l’ordre de la tenue de la promesse, dans la série du passé clos, dans la catégorie des Evangiles, dans la série du passé devenu présent et futur c’est le premier point d’aube et le premier point de présence. Et encore en outre et dans ce futur même c’est le point de départ, au centre et comme au creux de ce futur, c’est le point de départ de tant d’Ave Maria, la pointe de la première proue de la première nef de cette flotte innombrable, et de tous ceux que devait dire saint Louis, et de tous ceux que devait dire Jeanne d’Arc. (…)

Et comme un point et une pointe et une cime est étroite et fine et n’a point toute la largeur de sa base, ainsi cette large promesse, commencée à tout un monde, réduite à tout un peuple, aboutissait dans le secret et l’ombre à une humble enfant, fleur et couronnement de toute une race, fleur et couronnement de tout le monde. Cette prophétie qui avait été sur le trône avec David et Salomon, qui avait été publique pour tout un peuple, publiée pour tout le monde, proclamée pour toute une race, elle aboutissait à une cime secrète, à une fleur, à un couronnement de silence et d’ombre. Elle aboutissait à être une salutation confidente à une seule et humble fille et par le ministère d’un seul ange. Et tout un peuple avait attendu le Christ dans le temps qu’il ne venait pas. Mais nul ne l’attendait plus quand il allait venir.

(…)

Ainsi cette immense mystique d’Israël avait couvert tout un peuple et cette immense et universelle mystique de Jésus devait couvrir le monde. Mais l’une ne pouvait donner l’autre qu’en passant par un certain point d’être et de génération spirituelle.

Par un certain point d’être et de génération mystique.

Cette immense et publique race d’Israël ne pouvait donner cette immense et publique et universelle race chrétienne qu’en passant par un certain point de secret mystique, de confidence spirituelle.

Ainsi deux mondes immenses ne pouvaient communiquer que par leurs cimes, renversées de l’une sur l’autre.

Et c’est le théorème des angles opposés par le sommet.

Un immense passé n’a pu donner un plus immense et universel futur qu’en passant par un certain point de fécondité, par un certain point de génération du présent.

Un public passé n’a pu donner un plus public et universel futur qu’en passant par un certain point de secret du présent.

L’être de Moïse n’a pu donner l’être de Jésus qu’en passant par un certain point d’être.

Le peuple de Moïse n’a pu donner le peuple de Jésus qu’en passant par un certain point de peuple.

Les immenses prophéties n’ont pu donner les immenses et universels Evangiles qu’en passant par un certain point qui fût ensemble et la plus haute prophétie et l’aube des Evangiles. Et ce point ce fut précisément le point de cette annonce faite à Marie. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp. 1405-1407)

Note conjointe sur M. Descartes (1914)

« Je l’ai dit depuis longtemps. Il y a le monde moderne. Le monde moderne a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’histoire, tout ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédents. Pour la première fois dans l’histoire du monde les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Et pour être juste, il faut même dire : Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un seul mouvement et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.)

Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul devant Dieu.

Il a ramassé en lui tout ce qu’il y avait de vénéneux dans le temporel, et à présent c’est fait. Par on ne sait quelle effrayante aventure, par on ne sait quelle aberration de mécanisme, par un décalage, par un dérèglement, par un monstrueux affolement de la mécanique ce qui ne devait servir qu’à l’échange a complètement envahi la valeur à échanger.

Il ne faut donc pas dire seulement que dans le monde moderne l’échelle des valeurs a été bouleversée. Il faut dire qu’elle a été anéantie, puisque l’appareil de mesure et d’échange et d’évaluation a envahi toute la valeur qu’il devait servir à mesurer, échanger, évaluer.

L’instrument est devenu la matière et l’objet et le monde.

C’est un cataclysme aussi nouveau, c’est un événement aussi monstrueux, c’est un phénomène aussi frauduleux que si le calendrier se mettait à être l’année elle-même, l’année réelle, (et c’est bien un peu ce qui arrive dans l’histoire); et si l’horloge se mettait à être le temps; et si le mètre avec ses centimètres se mettait à être le monde mesuré; et si le nombre avec son arithmétique se mettait à être le monde compté.

De là est venue cette immense prostitution du monde moderne. Elle ne vient pas de la luxure. Elle n’en est pas digne. Elle vient de l’argent. Elle vient de cette universelle interchangeabilité.

Et notamment de cette avarice et de cette vénalité que nous avons vu qui étaient deux cas particuliers, (et peut-être et souvent le même), de cette universelle interchangeabilité.

Le monde moderne n’est pas universellement prostitutionnel par luxure. Il en est bien incapable. Il est universellement prostitutionnel parce qu’il est universellement interchangeable.

Il ne s’est pas procuré de la bassesse et de la turpitude avec son argent. Mais parce qu’il avait tout réduit en argent, il s’est trouvé que tout était bassesse et turpitude.

Je parlerai un langage grossier. Je dirai : Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est le maître du curé comme il est le maître du philosophe. Il est le maître du pasteur comme il est le maître du rabbin. Et il est le maître du poète comme il est le maître du statuaire et du peintre.

Le monde moderne a créé une situation nouvelle, nova ab integro. L’argent est le maître de l’homme d’Etat comme il est le maître de l’homme d’affaires. Et il est le maître du magistrat comme il est le maître du simple citoyen. Et il est le maître de l’Etat comme il est le maître de l’école. Et il est le maître du public comme il est le maître du privé.

Et il est le maître de la justice plus profondément qu’il n’était le maître de l’iniquité. Et il est le maître de la vertu plus profondément qu’il n’était le maître du vice.

Il est le maître de la morale plus profondément qu’il n’était le maître des immoralités. »

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp. 1455-1457)

Quatrains (1912-19..)

Extrait sonore « Coeur qui a tant saigné » :

Durée : 01mn33

Source : « Poésies, Charles Péguy dit par Pierre Vaneck », Enregistrement sonore reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur La Compagnie du Savoir –

L’ancienne protectrice du citoyen renonce à une indemnité de départ de 210 976$

8 Fév

Article du Journal de Montréal  Charles LECAVALIER.  Mercredi 8 février 2017.

Raymonde Saint-Germain renonce à son indemnité de départ de 210 976 $ qu’elle a laissée sur la table en quittant son poste de protectrice du citoyen, a appris Le Journal. Elle demande maintenant un resserrement des règles pour tous les mandarins.

«Quand j’ai téléphoné aux Emplois supérieurs pour leur dire, j’ai compris que c’était peut-être bien la première fois que ça arrivait», a lancé Mme Saint-Germain lors d’une entrevue avec notre Bureau parlementaire.

L’ex-ombudsman des Services gouvernementaux fait une croix sur un chèque de 210 976 $. Comme tous les hauts fonctionnaires de l’État, elle avait droit à un montant calculé en fonction de ses années de service et son salaire annuel. Elle a toutefois choisi de dire non, puisqu’elle savait qu’elle aurait rapidement un autre emploi, cette fois-ci au sénat canadien.

Elle a informé le secrétaire général du Conseil exécutif, Juan Roberto Iglesias, dans une lettre rédigée en novembre.

«Pour moi, c’était facile, car je n’étais pas à l’aise de prendre l’argent. Ça n’a même pas été une décision. J’ai été nommée au sénat le 2 décembre et j’ai quitté en novembre. Je n’ai pas eu de transition. Je ne trouvais pas ça justifié», a-t-elle souligné.

La Protectrice du citoyen est un modèle pour tous les cadres du Québec

La Protectrice du citoyen est un modèle pour tous les cadres du Québec

 

Du changement

La nouvelle sénatrice trouve d’ailleurs que les règles québécoises sont trop permissives. «Ça devrait changer; pour l’instant, c’est un automatisme. C’est dans les contrats: vous y avez droit. Mais il y a toutes sortes de situations où les gens iraient tout de même dans le public sans ça», a-t-elle lancé.

Dans son dernier rapport, Mme Saint-Germain a déploré les coupes du gouvernement Couillard «moins éprouvantes pour la bureaucratie que pour les personnes vulnérables». Elle juge aujourd’hui que le «fondement de ce décret d’embauche» devrait être revu: l’allocation de transition devrait être versée mensuellement et devrait se tarir lorsque la personne se trouve un emploi.

Elle fait toutefois une distinction pour les députés, qui «vivent beaucoup d’insécurité».

À l’aise

Mme Saint-Germain n’aura pas de difficulté à joindre les deux bouts avec son salaire de sénatrice de près de 145 000 $ et sa pension provinciale, à laquelle elle a contribué «pendant 42 ans», a-t-elle précisé.

Rappelons que selon la loi, elle a droit à 50 % de son salaire de 210 000 $ après 10 années de services comme protectrice.

QUI EST RAYMONDE SAINT-GERMAIN ?

  • Après deux mandats consécutifs de cinq ans, Raymonde Saint-Germain a quitté le Protecteur du citoyen le 14 novembre 2016.
  • Recommandée par Justin Trudeau, elle occupe désormais les fonctions de sénatrice à Ottawa.
  • Elle travaillait auparavant comme sous-ministre aux Services gouvernementaux.

DES PRIMES QUI ONT FAIT LES MANCHETTES

  • 654 000 $  à Charles Lapointe, président de Tourisme Montréal, lorsqu’il a pris sa retraite en 2013.
  • 378 000 $ à Henri-Paul Rousseau, l’ex-PDG de la Caisse de dépôt et placement, lorsqu’il quitte en 2008 de son plein gré l’institution pour aller travailler chez Power Corporation.
  • 565 503 $ à Thierry Vandal lorsqu’il a quitté Hydro-Québec en 2014.
  • 650 000 $ environ, à Michael Goldbloom, recteur de l’Université Bishop’s, qui compte 2825 étudiants. Après un reportage du Journal, il n’en a conservé que la moitié, soit près de 325 000 $
  • Charles Lecavalier

David Fabrega inventeur du FINGAZOOM et réalisateur

22 Oct

J’ai inventé le Fingazoom durant le tournage de mon dernier film documentaire « Retour à Cuba ». Muni de ma caméra DSLR, je filmais sans ch…

https://fr.ulule.com/fingazoom_dslr/

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le Conseil des Arts du Canada participe à façonner l’avenir de la diversité culturelle

20 Oct

Au coeur de notre combat citoyen et professionnel

Façonner un avenir meilleur : aujourd’hui pour les prochaines générations

Publié par le 20 octobre 2016

« Le gouvernement du Canada a annoncé un investissement de 1.9 milliards dans le secteur des Arts et de la Culture » : c’est en ces termes que Simon Brault, directeur du Conseil des Arts du Canada, introduit son nouveau plan stratégique 2016-2021.

Le directeur, qui vient également d’être nommé au conseil d’administration de la Fédération Internationale des Conseils des Arts et des Agences Culturelles (FICAAC), a souhaité publier sur cultureveille.fr une tribune qui affirme l’ambition du Canada pour cette transformation majeure. Nous vous la livrons dans son intégralité ci-dessous (1).

Le Conseil des Arts du Canada est l’organisme national de soutien aux arts du Canada. Il rend compte de son activité au parlement par l’entremise du ministère du Patrimoine canadien. Ses principaux domaines d’activité sont l’attribution des subventions, des bourses et des prix, et la recherche, la communication et la promotion des arts au Canada.

Simon Brault, directeur du Conseil des Arts du Canada

Simon Brault, O.C., O.Q., (@simon_brault), est directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada. Il a été récemment nommé au conseil d’administration de la Fédération internationale des conseils des arts et des agences culturelles (FICAAC-IFACCA). Il est actif dans le secteur culturel depuis plus de 30 ans, notamment à titre d’administrateur, de penseur, d’ardent défenseur des arts, de conférencier et d’auteur du livre Le facteur C.

open-quoteEn 2008, j’ai écrit Le facteur C (2) parce que je sentais qu’il devenait urgent de s’attaquer à l’écart grandissant entre l’abondance et l’excellence des expériences artistiques offertes par les professionnels des arts et les changements dans les modes de participation des publics. J’avançais dans cet essai que le dynamisme de la création artistique et la reconnaissance du caractère essentiel de l’art dans nos vies passaient par un changement d’attitude du secteur des arts. De toute évidence, ce secteur devait en faire davantage et devait le faire différemment pour renouveler l’engagement du public envers les arts d’une manière significative et enrichissante pour tous un chacun. J’étais convaincu – et je le demeure – qu’une vie culturelle riche et diversifiée, à laquelle prennent part le plus grand nombre de personnes de tous les horizons et dans laquelle ils se retrouvent, est essentielle au renforcement de la démocratie et à un développement humain durable.

Fort de ma longue expérience d’administrateur et d’activiste au service des arts, j’y affirmais que les organismes artistiques, les bailleurs de fonds et les décideurs politiques devaient enfin donner aux arts un rôle accru et plus vaste dans l’évolution de la société. Je les invitais à saisir pleinement les retombées de leurs décisions et de leurs actions au‑delà du secteur des arts lui-même. Je proposais de nous éloigner de la défense à tous crins de nos propres intérêts sectoriels pour adopter une vision globale et plus généreuse des multiples contributions des arts à une société, particulièrement à un moment où on cherchait des voies de sortie au ralentissement économique mondial qui perdurait alors.

Le nouveau gouvernement fédéral dirigé par Justin Trudeau a annoncé le doublement progressif de notre budget en 5 ans

Voilà que, 8 ans plus tard, je me retrouve à diriger l’organisme fédéral de soutien aux arts du Canada et à orienter une transformation majeure en grande partie éclairée par cette vision. Cette refondation du Conseil se situe à un moment historique pour les arts au Canada. Quelques mois seulement après l’annonce et le début de la mise en œuvre de cette transformation, le nouveau gouvernement fédéral dirigé par Justin Trudeau a annoncé le doublement progressif de notre budget en 5 ans (3). La possibilité de mener à bien la réforme en profondeur que nous avons nous-mêmes conçue, planifiée et annoncée, avec des ressources additionnelles considérables, est diamétralement opposée aux difficultés et restrictions qu’ontend-quote connus et que connaissent d’autres organismes de soutien aux arts dans le monde, en raison de compressions budgétaires ou de changements politiques. Nous sommes tout à fait conscients de notre position privilégiée et exceptionnelle. Comme Pierre Lassonde, le président de notre conseil d’administration se plaît à le dire, il s’agit là « d’une heureuse rencontre entre préparation et occasions ».

Un changement radical pour nos 60 ans

open-quoteAyant assuré la vice-présidence du conseil d’administration du Conseil des arts pendant 10 ans avant d’être nommé directeur et chef de la direction du Conseil, j’ai été à même d’observer de près les complexités de l’organisme. Et ce ne sont pas les complexités et les complications qui manquaient! Comme dans toute bureaucratie étatique, les programmes et processus du Conseil étaient devenus un véritable labyrinthe au fil de ses 60 années d’existence. Une pléthore de programmes de subvention a été créée pour répondre à des préoccupations ou à des besoins spécifiques. Chaque discipline artistique avait sa propre gamme de programmes et, d’une discipline à l’autre, les définitions, objectifs, critères et processus étaient souvent très différents. La plupart de ces programmes étaient normatifs, et les résultats attendus étaient plutôt autoréférentiels, puisqu’ils visaient d’abord et avant tout l’avancement de chaque forme d’art prise dans son propre contexte. La gamme des quelque 140 programmes du Conseil des arts était sans aucun doute le résultat d’ajouts nécessaires et souvent novateurs au fil du temps. Cependant, l’accumulation d’un nombre aussi élevé de programmes ciblés, spécialisés et indépendants les uns des autres nous empêchait non seulement de réagir à temps aux pratiques artistiques et aux modèles organisationnels émergents, mais aussi de rendre compte de nos résultats d’une façon convaincante et, surtout, de planifier stratégiquement nos interventions en tant qu’organisme de soutien aux arts.

Au cours de la dernière décennie, des changements sociaux irréversibles se sont produits. Les conditions de pratique artistique, les modèles d’organisation et les rapports avec les citoyens doivent être repensés. Le Canada d’aujourd’hui ressemble de moins en moins à celui qui prévalait au moment où le Conseil des arts a été créé dans le but de nourrir l’identité du pays à une époque où la scène artistique professionnelle était plutôt inexistante. Le Canada est à présent l’une des sociétés parmi les plus diversifiées et les plus avancées sur le plan technologique. Ses musiciens, danseurs, écrivains, artistes en arts visuels et artistes de théâtre jouissent d’une excellente renommée et cumulent des réussites remarquables de par le monde. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que le Conseil des arts a joué un rôle primordial dans l’évolution culturelle du pays.

La communauté artistique nous laissait entendre […] que le Conseil des arts et ses programmes ne suivaient tout simplement plus le rythme

Néanmoins, au cours des dernières années, la communauté artistique nous laissait entendre de plus en plus souvent que le Conseil des arts et ses programmes ne suivaient tout simplement plus le rythme des profondes transformations attribuables notamment à l’évolution démographique et aux technologies numériques. Nous devions en faire plus pour accueillir les jeunes, ainsi que les artistes et les organismes artistiques issus de la diversité, et pour susciter l’engagement d’un public attiré (voire distrait) par une profusion de contenus de nature et de qualité end-quotevariées et accessibles instantanément. Nous ne pouvions plus nous contenter d’ajuster nos programmes existants, d’en créer de nouveaux de façon ponctuelle et d’essayer d’en faire davantage avec le même budget. Il fallait procéder à une transformation radicale de nos programmes de subvention et de notre rôle en tant qu’organisme public de soutien, rien de moins.

Un système de soutien aux arts financé par les citoyens pour les citoyens

open-quoteÀ titre de société d’État fédérale indépendante du gouvernement, le Conseil des arts reçoit des fonds publics et prend des décisions quant à l’attribution des subventions aux arts en toute liberté et sans ingérence politique. Cependant, en tant qu’organisme bénéficiant d’un financement public, le Conseil a des responsabilités indéniables envers les citoyens. En moyenne, chaque Canadien, par le biais de ses impôts, verse annuellement un peu plus de 5 $ (CAN) à l’appui des arts par l’entremise de nos programmes, un montant qui atteindra près de 10 $ (CAN) d’ici 2021.

En moyenne, chaque Canadien, par le biais de ses impôts, verse annuellement un peu plus de 5 $ (CAN) à l’appui des arts par l’entremise de nos programmes, un montant qui atteindra près de 10 $ (CAN) d’ici 2021.

Cet investissement des deniers publics nous confère l’obligation d’être toujours plus transparents et responsables et de contribuer – à des degrés divers – à des objectifs de politiques publiques plus larges, tels que la démocratisation de l’art, le développement économique, les exportations, la création d’emploi, le mieux-être social et le renforcement des communautés. Ultimement, le financement public des arts contribue à bâtir la société dans laquelle nous voulons vivre, soit une société créative, altruiste, résiliente et prospère, au sein de laquelle les citoyens sont libres de s’exprimer et de prendre part ou d’assister à des expériences de création artistique.

Avant d’entreprendre notre transformation, nous devions d’abord revoir notre mandat original pour l’actualiser. Nous devions contextualiser à nouveau notre mandat de « favoriser et promouvoir l’étude et la diffusion des arts ainsi que la production d’œuvres d’art ». Nous devions constater qu’au fil des ans, à force d’élaborer des programmes de plus en plus ciblés et axés sur les disciplines artistiques ou sur des pratiques très circonscrites, le Conseil s’était progressivement éloigné des grands principes démocratiques qui justifient son financement gouvernemental. Cette prise de conscience a fait ressortir l’importance cruciale de notre engagement à renouveler et à étendre la participation du public à la vie artistique que nous soutenons.

En nous recentrant sur notre mandat, nous étions également mieux à même d’énoncer et de réaffirmer toutes nos valeurs fondamentales. L’une de ces valeurs, l’évaluation par les pairs, nous apparaît toujours comme la méthode la plus équitable et la plus transparente pour orienter les décisions en matière d’attribution de subvention. Chaque année, quelque 600 artistes et professionnels des arts de partout au pays évaluent des demandes de subvention et enrichissent le processus d’évaluation grâce à leurs expériences, leur diversité et leur connaissance approfondie des tendances et des enjeux liés aux pratiques artistiques actuelles. Une autre de nos valeurs fondamentales est l’importance de l’équité pour la réalisation des aspirations des artistes issus de groupes et de communautés victimes de discrimination systémique. Plus précisément, nous sommes convaincus que la scène artistique canadienne est plus riche lorsqu’elle illustre les expériences des artistes et des publics des communautés autochtones, des groupes issus de la diversité, des communautés de langue officielle en situation minoritaire, ainsi que des personnes sourdes ou handicapées. Compte tenu des obstacles systémiques auxquels font face ces groupes, le Conseil s’est doté de nombreux mécanismes pour assurer un accès égal à ses programmes et services. Enfin, l’excellence artistique est, et sera toujours, uneend-quoteconsidération primordiale au cœur du système d’évaluation des demandes de subvention. Combinée à des efforts systématiques pour susciter la participation culturelle, l’excellence artistique est à la base de toute entreprise pour optimiser le rôle du Conseil et celui des arts dans la société.

Changer sans s’excuser de le faire

open-quoteIl faut bien le dire, il n’est pas facile d’entreprendre un processus de transformation au sein d’une bureaucratie quelle qu’elle soit. Les processus et structures mis en place pour se protéger contre les risques sont aussi ceux qui font obstacle au changement. Ce sont des machines conçues pour neutraliser l’innovation. De plus, lorsqu’un organisme de financement comme le Conseil des arts vise le changement, il doit de le faire sans provoquer de bouleversements inutiles et en continuant d’offrir les services professionnels et pertinents dont la communauté artistique dépend.

Il n’est pas facile d’entreprendre un processus de transformation au sein d’une bureaucratie quelle qu’elle soit. […] Ce sont des machines conçues pour neutraliser l’innovation.

Notre approche à l’égard de la transformation est dynamique et organique; nous saisissons les occasions de changement qui se présentent. Nous développons constamment de nouvelles idées, testons les résultats et les réactions, puis réajustons notre orientation en cours de route, et cela s’applique à nos programmes, à notre structure d’entreprise et à notre organisation du travail.

Par exemple, en 2014, nous avons fait une première grande annonce à propos de notre projet de concevoir un nouveau modèle de financement, qui nous ferait passer de 140 programmes ciblés et axés sur les disciplines artistiques à 6 programmes non axés sur les disciplines artistiques. Ces 6 programmes vont offrir aux artistes et aux organismes — ainsi qu’à nous-mêmes, au Conseil — une plus grande flexibilité pour prendre en compte les nouvelles pratiques et tendances et ils vont nous permettre de documenter les résultats qualitatifs et quantitatifs de nos investissements. Au cours de l’année qui a suivi, nous avons commencé à développer ces programmes — à tester nos idées, à consulter la communauté artistique — tout en jetant les bases de notre prochain plan stratégique. Nos travaux quotidiens, la refonte de nos programmes et la définition de nos orientations stratégiques se sont donc nourris les uns les autres d’une manière organique et non linéaire, mais néanmoins sophistiquée.

En mars 2016, nous avons lancé notre plan stratégique 2016-2021 : Façonner un nouvel avenir, qui décrit l’ambitieuse vision sous-jacente à notre transformation et conditionnelle à notre succès en tant qu’organisme public de soutien aux arts. Pour formuler cette vision, nous nous sommes inspirés des opinions et conseils des nombreux répondants au sondage que nous avons mené et des idées recueillies auprès de la communauté au cours des années précédentes, lors de discussions, de sommets, de consultations, de conversations avec les pairs évaluateurs et d’une multitude d’autres occasions pendant lesquelles nous avons échangé avec différents intervenants et partenaires. Les artistes, les membres du personnel et ceux du conseil d’administration souhaitaient tous que notre réflexion soit audacieuse et que nous mettions en relief l’importance des arts à la fois pour nous recentrer sur nos propres vies intérieures et nous rapprocher les uns des autres, particulièrement en ce moment où plusieurs se sentent désenchantés, ignorés ou marginalisés.

À cette étape, nous devions nous doter d’un plan stratégique décrivant tant les actions concrètes que les aspirations philosophiques du Conseil. Notre vision est large et, bien que nous soyons réalistes quant à notre influence réelle, nous réalisons que nous faisons partie d’un vaste écosystème et que nous pouvons mettre à profit des partenariats par-delà les secteurs et les frontières afin d’optimiser notre impact et de promouvoir l’importance et la contribution des arts à notre civilisation. Notre plan stratégique s’articule autour de quatre engagements.

Quatre engagements : […] augmenter notre soutien aux artistes, […] accentuer la qualité, la portée et le partage de l’art […], renouveler les relations entre les artistes autochtones et les publics autochtones et non autochtones […], accroître le rayonnement de la création d’ici et de nos artistes à l’international.

Tout d’abord, nous voulons augmenter notre soutien aux artistes, aux collectifs et aux organismes visant l’excellence artistique et nous voulons susciter un engagement accru d’un public toujours plus diversifié envers les arts. Pour nous, il est clair que les notions d’excellence artistique et de diversification des publics peuvent cohabiter et ne sont absolument pas incompatibles.

Deuxièmement, nous nous engageons à accentuer la qualité, la portée et le partage de l’art au Canada grâce aux technologies numériques afin que les artistes puissent réussir en cette ère numérique et que les publics de proximité et du monde entier puissent avoir accès à leurs œuvres.

Troisièmement, alors que le Canada entreprend un processus de réconciliation avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis, le Conseil reconnaît le pouvoir de guérison des arts et s’engage à renouveler les relations entre les artistes autochtones et les publics autochtones et non autochtones pour qu’émerge un avenir possible, un avenir commun.

Finalement, en tenant compte de la faible densité de la population du Canada et de son étalement sur un très vaste territoire, nous reconnaissons qu’il est essentiel que nos artistes accèdent aux marchés internationaux pour réussir et que ces mêmes artistes contribuent dans la mesure de leurs propres ambitions à l’influence culturelle du Canada sur la scène internationale. C’est pourquoi notre quatrième engagement consiste à accroître le rayonnement de la création d’ici et de nos artistes à l’international.

Ces engagements témoignent de notre détermination à être un organisme public de soutien aux arts bien ancré dans le 21e siècle et résolument tourné vers l’avenir. Pour atteindre cet objectif, en plus des engagements décrits précédemment, nous créerons également de nouvelles occasions pour la prochaine génération, notamment les jeunes et les artistes autochtones, ceux issus de la diversité, ceux handicapés ou sourds ou ceux des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

En tant qu’organisme de soutien aux arts, le respect de ces engagements repose essentiellement sur nos programmes de subvention, end-quoteet c’est pourquoi notre transformation a débuté par le développement d’un nouveau modèle de financement qui permet aux artistes et aux organismes de planifier des projets et des activités qui répondent à leurs propres ambitions et non pas à nos prescriptions.

6 programmes pour faire avancer les arts et la société

open-quotePour faire écho à nos valeurs fondamentales, nos 6 nouveaux programmes ont été conçus afin d’encourager l’excellence artistique sans la couper des forces progressistes qui façonnent notre société. Par exemple, le Canada, tout comme bon nombre d’autres pays, se trouve à un tournant en ce qui concerne l’urgente redéfinition des relations entre les peuples autochtones et non autochtones, et entre les peuples autochtones et l’État. Le public a récemment été sensibilisé à ce sujet grâce aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui ont mis en lumière les abus qui se sont produits dans les pensionnats sur une longue période de temps et dont l’indicible horreur continue de jeter de l’ombre sur des générations d’autochtones. En tant qu’organisme public de soutien aux arts, nous sommes maintenant conscients, comme nous ne l’étions pas il y a 60 ans, des tentatives délibérées d’éradication des cultures et des langues des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis tout au long de l’histoire du Canada. Nous avons l’obligation et la responsabilité de modifier nos propres façons de faire de manière à mieux soutenir les artistes et les communautés autochtones selon leurs propres aspirations.

Ainsi, notre programme, Créer, connaître et partager : arts et cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis, adoptera une approche centrée sur l’autodétermination culturelle des peuples autochtones : ce sont des membres autochtones du personnel qui géreront programme et les évaluations d’impact du programme seront réalisées dans un contexte qui respecte les perspectives et les protocoles autochtones. Ce programme unique comporte des caractéristiques qui sont propres aux communautés qu’il dessert. Par exemple, contrairement aux autres programmes de subvention du Conseil, il offrira du financement pour certains projets à petite échelle créés par des artistes non professionnels ou par des artistes en devenir. De plus, il offrira du financement à des organismes à but lucratif afin de reconnaître qu’ils sont parfois les mieux placés pour réaliser un projet dont les effets sur les plans artistique et communautaire sont considérables.

Tous nos programmes contribuent à faire avancer nos engagements.

Le programme Inspirer et enraciner reconnaît le rôle important des organismes artistiques au sein des communautés territoriales où sein desquelles ils sont établis et de leur rôle comme moteur de développement de leurs formes d’art. Il encourage ces organismes à assumer leur rôle de manière à atteindre les plus hauts sommets dans leurs formes d’art respectives tout en reflétant la grande diversité de leurs communautés dans leurs créations, leur gouvernance ou leurs rapports avec les citoyens.

Le programme Explorer et créer vise à favoriser la création et l’innovation artistiques. Le programme offre du financement pour des activités qui permettent d’augmenter les compétences des artistes et soutient la recherche et la création, des toutes premières étapes de la conception artistique jusqu’à la réalisation et à la production.

Grâce à des subventions de voyage, d’échanges et de tournées, le programme Rayonner au Canada donne accès à diverses formes d’expressions et d’expériences artistiques aux Canadiens de toutes les régions du pays.

les artistes sont […] les meilleurs ambassadeurs d’un pays.

Avant même la récente visite du président Obama à Ottawa en juillet 2016 au cours de laquelle il a déclaré que « le monde a besoin de plus de Canada », nous reconnaissions que les artistes sont souvent les meilleurs ambassadeurs d’un pays. C’est pourquoi notre programmeend-quoteRayonner à l’international permettra de financer les déplacements, la traduction, les tournées, les échanges et les coproductions à l’étranger et permettra d’accroître l’impact des artistes canadiens sur la scène internationale.

Opération transformation

open-quoteLe plan stratégique et notre nouveau modèle de financement présentent une vision et des aspirations audacieuses. Ces initiatives ne seraient toutefois que vaines promesses sans les travaux concrets qui les accompagnent. La conception des nouveaux programmes a nécessité et continue de nécessiter des efforts colossaux de la part de notre personnel et un soutien indéfectible de notre conseil d’administration. Nous avons dû communiquer avec clarté, transparence et cohérence avec le gouvernement, la communauté artistique et d’autres intervenants tout en continuant d’administrer nos programmes actuels et en réduisant au minimum les perturbations.

Si la communauté artistique a d’abord manifesté du même souffle enthousiasme et méfiance, elle nous a finalement accordé sa confiance.

Une particularité de notre approche fut de partager le récit de notre transformation au fur et à mesure que nous l’écrivions. Dès juin 2015, lorsque nous avons annoncé notre intention d’apporter des changements, nous avons partagé une première ébauche, puis, à différents moments, alors que nous peaufinions le tout, nous avons donné d’autres renseignements en admettant avec honnêteté qu’il s’agissait d’un travail en pleine évolution. Si la communauté artistique a d’abord manifesté du même souffle enthousiasme et méfiance, elle nous a finalement accordé sa confiance.

On ne peut sous-estimer l’importance de cette confiance en pleine période de transition et compte tenu de l’excellente réputation acquise par le Conseil au cours de ses 60 années d’existence. Je dois aussi affirmer que le vote de confiance de notre nouveau gouvernement — tant celui du premier ministre Justin Trudeau que celui de la ministre de notre propre portefeuille, Mélanie Joly —, a été des plus précieux pour la progression rapide d’une transformation de si grande envergure.

Pour le Conseil, l’injection des nouveaux fonds accordés par le gouvernement représente plus qu’un appui financier; elle fait la end-quotepart belle à l’espoir et aux possibilités et invite tous les intervenants à faire preuve d’audace et de courage.

Financer les arts pour servir le bien commun

open-quoteCe que nous voulons tous, en tant qu’organismes de soutien aux arts, c’est que nos interventions aient un impact. En développant son nouveau modèle de financement, le Conseil des arts a, par la même occasion et souvent de concert avec d’autres partenaires, renforcé sa capacité d’agir rapidement au moment même où ses interventions peuvent contribuer à changer les choses. Au cours des deux dernières années, nous avons eu de nombreuses occasions de mettre à profit cette capacité renforcée et d’accroître le rôle des arts à des moments déterminants de notre vie collective.

[Les] arts pour guérir et approfondir la compréhension mutuelle dans un monde déchiré et divisé

À titre d’exemple, lorsque le gouvernement canadien a annoncé l’année dernière son projet d’accueillir 28 000 réfugiés syriens, nous avons été en mesure d’établir rapidement un partenariat avec la Financière Sun Life afin d’offrir un fonds appelé Bienvenue aux arts. Ce fonds visait à aider les organismes artistiques à offrir gratuitement des expériences culturelles aux réfugiés nouvellement arrivés. Nous avons été ravis de la réponse de la communauté artistique; plusieurs organismes avaient d’ailleurs déjà planifié des initiatives en ce sens. Le ministère du Patrimoine canadien avait notamment travaillé en collaboration avec des éditeurs de partout au pays pour distribuer à chacune des familles de réfugiés syriens un sac cadeau contenant des livres en français et en anglais écrits par des auteurs canadiens. Voilà une illustration du pouvoir transformateur des arts pour guérir et approfondir la compréhension mutuelle dans un monde déchiré et divisé.

L’initiative {Ré}conciliation constitue un autre exemple récent de l’impact public du Conseil des arts. Avant même la publication du rapport très attendu de la Commission de vérité et réconciliation, le Conseil a lancé cette initiative en partenariat avec le Cercle sur la philanthropie et les peuples autochtones au Canada et la Fondation de la famille J. W. McConnell. {Ré}conciliation vise à financer des projets créés par des artistes inuits, métis ou des Premières Nations afin d’établir un rapprochement entre les peuples autochtones et non autochtones.

Comment éviter que le contenu « créé au Canada » soit complètement noyé dans un flot de contenu en ligne et marginalisé par les puissants algorithmes des moteurs de recherche ?

Dans notre réflexion sur la participation culturelle du plus grand nombre, on ne peut faire abstraction de la question de l’accessibilité de l’art et de la culture à l’ère numérique. Nous devons nous demander comment éviter que le contenu « créé au Canada » soit complètement noyé dans un flot de contenu en ligne et marginalisé par les puissants algorithmes des moteurs de recherche. Le gouvernement canadien mène actuellement une vaste consultation publique à ce sujet. Le Conseil s’intéressera de près aux recommandations et décisions qui en découleront et qui pourraient toucher la communauté artistique. De plus, nous savons pertinemment que l’investissement et la mobilisation du secteur des arts dans les technologies et les approches numériques sont jusqu’à présent nettement insuffisants et que ce secteur a besoin d’un soutien réel pour s’adapter à l’ère numérique. Le Conseil analyse actuellement les résultats d’un sondagedétaillé portant également sur ce sujet et organisera un important sommet en 2017 afin de valider une stratégie visant à assurer aux artistes et organismes artistiques un accès aux ressources et au soutien dont ils ont besoin pour réussir dans l’environnement actuel.

Un dernier exemple de la flexibilité acquise par le Conseil au cours de la dernière année est la création et le lancement, en quelques semaines seulement, du programme de financement ponctuel Nouveau chapitre, à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération en 2017. Cet ambitieux programme invite les artistes et les organismes artistiques à rêver et à voir grand afin de réaliser des projets d’une envergure exceptionnelle qui laisseront un héritage artistique durable dans les années à venir. Je suis impatient de découvrir les œuvres qui seronend-quotet créées grâce à ce programme. Ces œuvres contribueront à inspirer, à éclairer, à interpréter et à imaginer l’avenir de ce pays en s’interrogeant sur ses valeurs, en engageant le public et en donnant plus de visibilité à l’art, et cela, ici et dans le monde.

Au cœur d’un dialogue, au cœur de la vie

open-quoteLe fil conducteur de toutes ces initiatives spéciales est qu’elles placent le Conseil, de même que les arts, au cœur d’un dialogue plus large ayant pour but de définir qui nous sommes en tant que société en ouvrant des perspectives sur ce que nous voulons devenir. Elles démontrent que les arts peuvent encore éclairer la condition humaine. Et c’est, selon moi, exactement là où le Conseil et les arts doivent se positionner pour demeurer pertinents et faire partie intégrante de la vie quotidienne de nos concitoyens d’ici et d’ailleurs dans ce monde.

Au cours des 2 dernières années, nous avons fait des détours, surmonté les obstacles qui se dressaient à l’horizon et emprunté des avenues inhabituelles qui nous ont permis de saisir des occasions que nous n’aurions jamais pu prévoir.

En écrivant cet article, je suis conscient que mon exposé peut donner à penser que la transformation du Conseil des arts est linéaire et bien ordonnée. Je peux toutefois vous assurer qu’il en est tout autrement. Au cours des 2 dernières années, nous avons fait des détours, surmonté les obstacles qui seDRESSAIENT à l’horizon et emprunté des avenues inhabituelles qui nous ont permis de saisir des occasions que nous n’aurions jamais pu prévoir. La volonté d’apprivoiser le changement a été la seule constante de notre parcours. Et je suis fermement convaincu qu’avec le end-quotesoutien continu de la communauté artistique et avec l’appui grandissant des citoyens, le Conseil des arts sera en mesure de gagner une pertinence accrue. En se plaçant à l’écoute des espoirs, des peurs, des rêves et des réalités des Canadiens et des citoyens du monde

Notes

  1. Cet article a été publié en anglais dans la revue américaine de Grantmakers in the Arts,Readers, vol. 23, no 3, automne 2016. Voir Shaping a Brighter Future: The Canada Council Transforms for the Next Generation.
  2. Simon Brault, Le facteur C, Les éditions voix parallèles, Montréal, 2009. Paru en anglais sous le titre No Culture, No Future, Cormorant Book, Toronto, 2010.
  3. Voir le billet de Simon Brault, « Un rendez-vous avec notre avenir », sur cet investissement historique.

Maria Volonté

12 Oct

Colombe ultime

Sur les vents qui courent

Voix en souffle intime.
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Hommage à El Kady. MAI vendredi 16 septembre 2016 à 20:00

11 Sep

RICARDO CASTRO FERNANDES était le nom officiel d’El Kady  –  nom d’artiste que sa grand-mère maternelle lui donna lorsqu’il  était encore jeune enfant.  Il utilisait aussi le nom de famille de sa mère née Pellegrin en hommage à celle-ci autant qu’à ses ancêtres de Saint-Louis du Sénégal. Lire la suite